Unipop : La liberté par la contrainte

CONNAITRE | Le cycle de conférences Unipop consacrées à la musique se poursuit au Périscope avec la venue de Vincent Cotro, musicologue s’attachant à l’influence des supports enregistrés sur l’évolution formelle et stylistique du jazz. Pointu, mais passionnant.

Sébastien Broquet | Mardi 26 janvier 2016

Photo : Miles Davis, pochette de l'album Tutu © DR


De tous temps, l'évolution des supports enregistrés a fait évoluer la musique, en terme de composition comme de son. D'un 33t en vinyle à une écoute en streaming sur un site dédié auquel nous sommes abonnés, de toute évidence, une chanson, un solo de guitare, une voix ne s'écoutent pas tout à fait de la même façon ; et ne s'enregistrent pas de la même manière non plus. On ne produit pas de façon similaire pour un maxi 45t ou un MP3 : ce dernier privilégie les médiums et occulte les basses. Lesquelles prennent toute leur ampleur sur un maxi vinyle, de par l'espacement des sillons ; une découverte que nous devons à Tom Moulton, remixeur et DJ, qui n'avait plus de format 45t pour faire un test-pressing d'un single qu'il venait de produire. Il a dû se rabattre sur un 33t, ce qui révolutionna l'histoire de la dance music. De la rondeur et de l'ampleur pour les basses, une durée de plus de 20 minutes : Donna Summer et ses orgasmes sonores de 15 minutes lui doivent beaucoup, le hip hop et la techno aussi…

De la durée

C'est tout le sujet de la conférence de Vincent Cotro (l'influence du format sur la forme, pas l'orgasme), ce vendredi au Périscope. Le chroniqueur de Jazz Magazine auscultera les mutations opérées dans un genre ciblé qu'il maîtrise parfaitement, le jazz, par ces changement de supports lors de ce troisième rendez-vous des Boîtes à musique de Unipop, baptisé Brièveté ou longueur... A propos de la forme et du format dans le jazz enregistré. Seront expliquées les contraintes induites par ces changements de format, de durée en particulier : les premiers swings sont enregistrés en 78 tours, très fragiles, et sont limités à cinq minutes par face. Pas de place pour les longues improvisations de John Coltrane (qui pour l'anecdote demanda un jour à Miles Davis, en substance, comment celui-ci mettait un point final à ses compositions ; l'amant de Juliette Gréco lui répondit : « en ôtant l'embout de ma bouche »).

Ces magnifiques plages à rallonge de Coltrane et de ses contemporains, Miles en tête, trouvèrent support à leur mesure quand dans les années 50 le microsillon, où 33t, se répandit : inventé en 1946, il fut commercialisé deux ans plus tard (Mendelssohn et Tchaïkovski eurent les honneurs d'être les premiers gravés). Le grain du vinyle étant plus fin, la qualité du son s'en ressentit : moins de souffle, plus de dynamique (ce qui en fait toujours le chouchou de beaucoup de DJs), plus de durée… C'est alors plus de 30 minutes par face qui peuvent être gravées. Autant de place pour laisser libre l'inspiration menant à A Love Supreme ou Bitches Brew. Vint le CD, en 1982, que Vincent Cotro juge particulièrement intéressant, ayant « suscité le très long format, comme le très court ». Pour aller plus loin, conseillons aussi la lecture de l'ouvrage de Jonathan Sterne, Une Histoire de la modernité sonore, traduit l'an dernier par les éditions La Découverte : car si le format change la musique, alors il change aussi l'Homme et ce livre s'attelle à l'expliquer.

Unipop : Vincent Cotro
Au Périscope vendredi 29 janvier


La forme courte dans le jazz

Par Vincent Cotro
Le Périscope 13 rue Delandine Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Menée tambour battant par Françoise Bressat-Blum, l’université populaire de Lyon, dite UniPop, démarre sa dixième saison ce lundi 6 octobre (sur réservation !) dans la grande salle du TNP avec Edwy Plenel, invité à débattre sur les «médias indépendants et participatifs, esprit des universités populaires et avenir de la démocratie». Vaste programme pour le co-fondateur et président du site Médiapart. Les sujet abordés par la suite s'avèreront tout aussi passionnants et politiquement incorrects, à l'image des séries de conférences consacrées au «genre dans tous ses états», aux «numérisations du corps», à la biocritique ou au (mal-)logement – par le prisme de la précieuse et indispensable Fondation Abbé Pierre. Des champs plus directement liés à la culture comme la trace du corps dans le texte ou l’histoire du blues ou du free-jazz sont aussi au programme cette année. Des Archives municipales au Périscope en passant par le TNP donc, ce sont plus de cinquante rendez-vous qui sont proposés, gratuitement, sans adhésion, avec des professeurs d’université qui s’engagent bénévolement. U

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