Un peintre, Arcabas, et des merveilles de l'art sacré

église Saint-Hugues-de-Chartreuse | Au cœur du massif de la Chartreuse, en plein dans l’église Saint-Hugues-de-Chartreuse, se cache un musée d’art sacré contemporain. Et c’est Arcabas, un artiste aujourd’hui âgé de 90 ans, qui l’a magnifiquement rénové au fil des ans. Visite guidée.

Tiphaine Lachaise | Mercredi 6 juillet 2016

Photo : © DR


Pour accéder à l'église Saint-Hugues-de-Chartreuse qui abrite le musée d'art sacré contemporain, il faut le mériter ! Mais Christine Julien, la directrice des lieux, est aussi enthousiaste que nous. « Quand on arrive ici, on ne sait pas trop par où regarder ! » 111 œuvres se repartissent ainsi dans cette petite église de montagne, créant un espace proche du sublime. 111 œuvres qui viennent toutes des mêmes mains : celle de Jean-Marie Pirot dit Arcabas.

En 1953, le peintre et sculpteur français né en 1926 en Lorraine, formé ensuite aux Beaux-Arts de Paris avant d'enseigner à ceux de Grenoble, demande au curé Truffot (« un prêtre ouvrier que l'évêque avait envoyé un peu en exil en montagne pour qu'il ne pollue pas la population des villes » dixit Christine Julien) de repeindre gratuitement le bâtiment religieux alors laissé à l'abandon. Truffot accepte, de même qu'Auguste Villard, maire de Saint-Pierre-de-Chartreuse dont le surnom était « le préfet de Chartreuse ». C'est le début d'une longue histoire d'amour entre Arcabas, ce lieu et Dieu.

Trois périodes

Les vitraux et les larges peintures sur toile de jute exposés aujourd'hui datent de cette première époque. Si le choix du support intrigue, il faut se souvenir que l'homme offrait gratuitement cette décoration. « Cela correspond aussi à un moyen financier d'un jeune prof de 26 ans. »

Le couronnement, seconde grande période, advient en 1972. Regrettant le côté austère de ses premières productions, Arcabas revient avec l'envie de rajouter un peu de vie et de joie à l'église. Il s'agit surtout de peintures colorées et pleines d'émotions. Ses moyens économiques ayant augmenté, il crée beaucoup à partir de feuilles d'or.

La troisième période arrive en 1986 ; l'œuvre s'appelle Le Prédelle et se compose de 53 toiles. « C'est sa lecture des évangiles via des textes très connus. » Quant aux dernières créations, elles sont de 1992 : un baptistère et la sculpture d'un christ apaisé en hommage au curé Truffot. Et même si l'église semble aujourd'hui bien remplie, Arcabas, 90 ans cette année, ne s'interdit pas de revenir déposer de nouvelles œuvres.

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Le religieux droit dans les yeux

ARTS | Né en 1926 en Lorraine, Jean-Marie Pirot dit "Arcabas" a choisi, un peu par hasard au début, de peindre quasi uniquement des scènes religieuses. Un genre (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 15 mars 2012

Le religieux droit dans les yeux

Né en 1926 en Lorraine, Jean-Marie Pirot dit "Arcabas" a choisi, un peu par hasard au début, de peindre quasi uniquement des scènes religieuses. Un genre qui rejoint ses convictions catholiques personnelles et sa lecture régulière des Évangiles, mais un genre aussi qui est prétexte à travailler la forme, la matière et la représentation comme n'importe quel peintre. Ses résurrections, maternités, réconciliations ou passions ont quelque chose de la naïveté figurative du Douanier Rousseau, et frôlent aussi par moments l'abstraction cubiste d'un Braque ou d'un Picasso. L'exposition qui lui est consacrée au Musée de Fourvière (jusqu'au 1er juillet) rassemble une cinquantaine de tableaux, où l'humour est souvent présent (un ange par exemple marquant une pause cigarette au bord d'une route), et les critiques contre les dérives de l'Église parfois cinglantes (un prélat sud-américain excusant la torture représenté en cyclope). On y verra aussi un immense polyptyque en hommage à l’œuvre de Bernanos. Certaines scènes sont à «charge contre les évêques parce qu'ils ne le sont pas assez», selon la formule de l'artiste. Une œuvre impressionnante plastiqueme

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