Lectures de saison

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Photo : © DR


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Le TNP, l’occupation, la reprise et la saison à venir

Théâtre | « Temps inédits ». Jean Bellorini a pesé ces mots le 20 mai dernier pour parfaire ce numéro d’équilibre qui consistait à présenter la saison 2021-22, lancer le résidu de miettes de 2020-21 et évoquer les occupants sur le site du TNP depuis des semaines. Avec tact et conviction, il est parvenu à tout cela. Résumé de situation et détail de ce qui s’annonce.

Nadja Pobel | Mardi 25 mai 2021

Le TNP, l’occupation, la reprise et la saison à venir

Il n’y a eu au TNP que neuf levers de rideaux cette saison. Jean Bellorini lui-même, nommé à la direction de ce centre dramatique national le 1er janvier 2020, n’a jamais présenté ses créations au public villeurbannais. Il ne le connait pas, a-t-il dit à plusieurs reprises ces derniers mois, ajoutant lors de la conférence de presse de la saison 2021-22, le jeudi 20 mai, avoir « le regret de ne pas avoir mené quelque chose de plus fou et franc-tireur comme si j’avais été en terrain connu comme à Saint-Denis [au Théâtre Gérard-Philipe CDN, qu’il a dirigé de 2014 à 2019] ». Comme si le silence était asphyxiant. « Ça fait un an et demi qu’on nous balade » Car, avant de présenter sa très dense saison à venir, il est revenu sur la façon dont cette pandémie a touché son secteur, l’incompréhension face à certaines prérogatives : « des enfants allaient à la piscine sous le TNP, ils pouvaient descendre quelques marches alors pourquoi ne pouvaient-ils pas les monter pour voir un spectacle ? » Dont acte, le TNP ira dans les écoles, lycées, universités avec Onéguine. De même, si l

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Le TNP remodelé avec l'arrivée de Jean Bellorini

Mercato | Christian Schiaretti laisse sa place à Jean Bellorini à la tête du Théâtre National Populaire.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Le TNP remodelé avec l'arrivée de Jean Bellorini

En cet alignement historique des planètes où les institutions culturelles de la métropole lyonnaise changent de visages (Subsistances, Point du Jour, Célestins pour moitié à l’hiver dernier, mais aussi Villa Gillet, École des Beaux-Arts, bientôt l'Opéra…), la nouvelle direction du TNP n’est pas la moins scrutée. Au terme d’un long processus de recrutement, c’est Jean Bellorini qui prendra les manettes de ce paquebot de la décentralisation et mettra ainsi un terme à dix-huit années d’occupation des lieux par Christian Schiaretti – quoiqu’il soit encore missionné par le ministère de la Culture pour célébrer le centenaire de la création du TNP (alors parisien) en novembre prochain. Jean Bellorini, 38 ans, est depuis 2014 à la tête du CDN Gérard-Philipe de Saint-Denis. Comédien de formation, metteur en scène, créateur lumières, il est aussi scénographe (à l’instar de Marc Lainé au CDN de Valence ou Stéphane Braunschweig à l’Odéon). Au TNP, il a pour projet d’associer les artistes Joël Pommerat, Tiphaine Raffier, André Markowicz, Thierry Thieû Niang et Lilo Baur et d’en faire « un théâtre de création d’envergure, privil

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Les cinq candidats et candidates en lice pour la direction du TNP

Politique Culturelle | Cinq candidats et candidates ont été retenus pour succéder à Christian Schiaretti à la tête du TNP. Choix final : courant juin.

Nadja Pobel | Mercredi 20 mars 2019

Les cinq candidats et candidates en lice pour la direction du TNP

La short list des candidats retenus pour succéder à Christian Schiaretti à la tête du TNP est désormais connue. Tous – ou presque – dirigent actuellement d’autres centres dramatiques nationaux : - Arnaud Meunier (Comédie de Saint-Étienne) - Jean Bellorini (Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis) - Richard Brunel (Comédie de Valence) - Séverine Chavrier (CDN Orléans Val de Loire) - Élise Vigier (CDN Caen-Normandie). Elle serait rejointe par son acolyte directeur de ce CDN, Marcial Di Fonzo Bo, elle-même étant « artiste associée au projet de direction ». Le résultat définitif sera connu début juin. Dans une tribune publiée dans Libération le 3 mars, la metteure en scène Catherine Anne rappelait qu’il n’y avait « pas de candidature féminine légitime fin 2018, et [la] décision du ministre de la Culture de prolonger la possibilité de faire acte de candidature jusqu’au 17 février.

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Absence de parité dans la course au TNP

Théâtre | Le ministère de la Culture relance la consultation pour le poste de direction à la tête du TNP de Villeurbanne car, selon son communiqué, « au regard du (...)

Nadja Pobel | Vendredi 1 février 2019

Absence de parité dans la course au TNP

Le ministère de la Culture relance la consultation pour le poste de direction à la tête du TNP de Villeurbanne car, selon son communiqué, « au regard du très faible nombre de candidatures féminines reçues, l’État et les collectivités territoriales ne sont pas en mesure de proposer une pré-sélection équilibrée en termes de parité ». Et « ce déséquilibre ne reflète pas la création d’aujourd’hui dans la diversité de ses talents, et qu’un tel recrutement doit nécessairement inclure l’examen de candidatures féminines au même titre que masculines ». En conséquence, Franck Riester, ministre de la Culture, en plein accord avec Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne, Myriam Picot, vice-présidente à la culture de la Métropole de Lyon et Florence Verney-Carron, vice-présidente à la culture de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, prolongent jusqu’au 17 février le délai pendant lequel des artistes peuvent faire part de leur candidature à la direction du TNP. La première clôture des dépôts de dossiers de candidatures était fixée au 30 décembre dernier. Dix-sept personnes se sont manifestés. Quasiment aucune femme. Cependant les

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Désertions et convoitises à la tête des théâtres

Rentrée Théâtre | Étrange rentrée que celle-ci dans le domaine du théâtre. Les spectacles sont multiples, mais rien ne semble immanquable a priori, et des directeurs ou directrices quittent la Ville abruptement... Débroussaillage.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

« Cette ville est formidable, je l'adore, mais elle n'est pas dynamisante » déclarait Cathy Bouvard à nos confrères de Lyon Capitale en novembre dernier. La directrice des Subsistances quitte précipitamment mais pas tout à fait par hasard ce navire-phare qu'elle a dirigé avec rigueur et curiosité durant quinze ans et rejoint les Ateliers-Médicis à Clichy-sous-Bois. Lyon n'a pas su garder non plus Marc Lesage, qui, à la co-direction des Célestins a fait de ce théâtre le plus audacieux des mastodontes locaux. Il a désormais les rênes du théâtre (privé) de l'Atelier à Paris. Pierre-Yves Lenoir, co-créateur du Rond-Point avec Jean-Michel Ribes administrateur de l’Odéon aux côtés d’Olivier Py, Luc Bondy et Stéphane Braunschweig le remplace. Il arrive tout droit de la toute nouvelle La Scala (ouverte en septembre dernier) où il était directeur exécutif. . Plus problémat

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Le vol libre de Wajdi Mouawad

Théâtre | Il est difficile de ne pas aimer Tous des oiseaux qui signe le retour de Wajdi Mouawad au premier plan. Adulé par tout Paris pour cette création livrée (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 mars 2018

Le vol libre de Wajdi Mouawad

Il est difficile de ne pas aimer Tous des oiseaux qui signe le retour de Wajdi Mouawad au premier plan. Adulé par tout Paris pour cette création livrée à l'automne, le nouveau directeur du Théâtre de la Colline a le sens du récit. C'est indéniable. Un jeune juif annonce à ses parents que son amoureuse est une Américaine nommée Wahida. Pour ces derniers, elle n'est qu'une Arabe. Pourtant, en partant en Israël démêler les fils de son parcours bien moins monolithique qu'il n'en a l'air, Eitan se prend l'Histoire en pleine face, blessé dans un attentat. Pour faire ces voyages entre Allemagne, États-Unis et État hébreu, l'auteur et metteur en scène a la modestie de jouer avec une scénographie simple et diablement efficace (des panneaux gris modulables) et l'excellente idée de faire entendre les langues des pays de ses personnages en fonction du lieu et du contexte où ils se trouvent. De toute évidence, le spectacle perdrait beaucoup de l'émotion qu'il véhicule à être francisé et les comédiens polyglottes défendent parfaitement ce particularisme qui est autant le leur que celui de leurs rôles. Pourtant le bât blesse. Parce

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La France dans l'œil de Virginie Despentes

Littérature | Le troisième volet des aventures de Vernon Subutex vient tout juste de paraître, et Virginie Despentes en parlera à la librairie Ouvrir l'Œil ce vendredi.

Sébastien Broquet | Mardi 13 juin 2017

La France dans l'œil de Virginie Despentes

Virginie Despentes conclut sa fresque, après deux ans d'attente (le tome 2 datait de juin 2015) qui furent assez longs pour les mordus de Vernon Subutex, l'anti-héros devenu une sorte de gourou à son corps défendant. L'écriture a pris plus de temps que prévu : les événements IRL se sont enchaînés, touchant directement au cœur de la vie de ces personnages, "l'obligeant" à les intégrer. Comment ne pas parler de Charlie Hebdo et du Bataclan, quand sa bande (la vraie, comme celle du bouquin) est branchée rock et rap, a grandi en écoutant NTM et allant voir les concerts du crew indé d'Angers tournant autour de la boutique Black & Noir, ou ceux de la bande Gougnaf à Lyon ? Comment occulter Nuit Debout, qui par certains aspects pourrait presque être vue comme inspirée par les longues sessions de discussion au parc des Buttes Chaumont, où Vernon, l'ancien disquaire respecté devenu sans domicile fixe, avait posé ses fesses fatiguées ? Despentes a pris acte et a chamboulé la troisième partie de son roman, lui

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Sexe sans issue

TNP | Ils veulent tout embrasser et le font bien. Il est parfois des écritures viscérales, débordantes, qui si elles ne submergent ou n'assomment pas le lecteur, (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 février 2017

Sexe sans issue

Ils veulent tout embrasser et le font bien. Il est parfois des écritures viscérales, débordantes, qui si elles ne submergent ou n'assomment pas le lecteur, font preuve d'un bel équilibre. En 2007, Riad Gahmi, élève comédien à la précieuse école de la Comédie de Saint-Étienne, a rencontré Philippe Vincent, alors intervenant. Depuis, ils font route commune, comme avec Un arabe dans mon miroir en 2011, pièce tout en pudeur et justesse sur les rapports violents entre Occident et Orient au travers des drames et attentats de ces soixantes dernières années. Au TNP, du 7 au 11 mars, tous deux présentent les toutes premières représentations de Gonzoo, s'inspirant d'un fait réel : l'employée de l'année d'une entreprise chinoise se voit offrir une nuit avec un acteur de X. Interrogeant d'une manière différente cet éternel rapport à l'argent et aux pouvoirs, l'auteur et le metteur en scène s'appuient sur la façon très subject

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Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

De Stavisky à Lacornerie | Inchangés depuis des lustres pour la plupart, les directeurs des grandes scènes de Lyon creusent scrupuleusement leur sillon, en montant des textes attendus.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

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Un "Enlèvement au Sérail" peu enlevé

Opéra de Lyon | Mozart en été, ça semblait bon. L’Enlèvement au Sérail, longtemps resté dans l’ombre de La Flûte enchantée et de Don Giovanni, est à l’affiche de l’Opéra de Lyon dans une mise en scène de Wajdi Mouawad.

Pascale Clavel | Mardi 28 juin 2016

Un

L’Enlèvement, c’est une bouffée d’air pur, l’emblème du renouveau d’un genre, le point de bascule dans la carrière de Mozart. L’ouvrage mêle à la perfection opéra buffa et opéra seria. Sur fond de divertissement, nous sommes au cœur des grandes préoccupations contemporaines : la peur de l’autre, le droit des femmes, l’acceptation des religions… Depuis que Serge Dorny a pris les commandes de l’Opéra de Lyon, il a très intelligemment imposé que des metteurs en scène venus d’autres horizons se collent à l’univers lyrique : on se souvient du merveilleux Dialogue des Carmélites mis en scène par Christophe Honoré. Pour cet enlèvement,

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Isabelle Sadoyan : la Bonne-Âme

Portrait | Comédienne phare de Roger Planchon des années 50 à 70, Isabelle Sadoyan, 87 ans, continue à arpenter les plateaux de théâtre avec la vitalité d’une jeune fille. Rencontre chez elle, à Villeurbanne, au moment où elle lègue au Rize les archives de son immense carrière.

Nadja Pobel | Jeudi 30 juin 2016

Isabelle Sadoyan : la Bonne-Âme

À quelques encablures du TNP, Isabelle Sadoyan nous accueille dans l’appartement qu’elle occupe depuis plusieurs décennies et qui résume son existence : peu a peu, elle a fait tomber les cloisons pour en faire un espace unique peuplé de joyeux trésors (des livres essentiellement) avec partout la présence de son époux, décédé en 1989, le comédien Jean Bouise dont brille encore le César du meilleur acteur dans un second rôle reçu en 1980 pour Coup de tête. Les magnifiques meubles en bois qu’il a confectionné sont là, dont une table de couture rappelant qu’Isabelle Sadoyan ne s’est jamais départie de ce qui fut son premier métier, celui de sa mère aussi : couturière. Quand elle naît le 12 mai 1928, rien ne la prédestine à plonger dans la marmite du théâtre. «Mon premier rôle est muet, c’est l’enfant Jésus dans une pension catholique. Ça tombait bien, car je bégayais. Cela durera jusqu'à mes 45 ans» se souvient cette athée convaincue. Son père arménien brocanteur, sa maman bulgare n’ont pas la moindre idée de ce qu’est le "milieu culturel". Mais dans les pentes de la Croix-Rousse, où elle habite enfant, et où dit-on même la police n’osait pas all

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De Kateb Yacine au Printemps arabe, Riad Gahmi illumine le Point du Jour

SCENES | C’est une histoire de grands frères un peu trop sûrs d’eux, protecteurs sans que l’on ne sache qui d’eux ou des autres ils cherchent à cajoler. C’est en (...)

Nadja Pobel | Mardi 22 mars 2016

De Kateb Yacine au Printemps arabe, Riad Gahmi illumine le Point du Jour

C’est une histoire de grands frères un peu trop sûrs d’eux, protecteurs sans que l’on ne sache qui d’eux ou des autres ils cherchent à cajoler. C’est en fait l’histoire de l’Occident voulant éduquer — comme s’il en avait la légitimité — les populations d’Orient. Des manifestations anti-colonialistes du 8 mai 1945 en Algérie se terminant en massacres (et entraînant l'engagement indépendantiste de l'écrivain Kateb Yacine alors lycéen dans cette ville) jusqu'aux révolutions arabes, Riad Gahmi et Philippe Vincent écrivent en pointillés, élaborent un enchaînement de séquences qui sont autant d’événements ayant émaillé ce récit croisé. Avec seulement quelques cartons — objet figurant le déplacement et l'exil — Philippe Vincent dessine une scénographie laissant libre cours aux mouvements, parfois chorégraphiés grâce à Florence Girardon, acolyte de Maguy Marin. Durant 1h20, dans ce spectacle créé en 2011, la diplomatie française «s’égare» en Égypte et en Tunisie ; l’immolation du vendeur à la sauvette à Sidi Bouzid, qui déclencha le Printemps arabe en décembre 2010, est particulièrement poignante sans allumer qu'aucun feu ne soit montré. La place Tahrir, Sab

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Louis Calaferte : De la zone à la jungle

CONNAITRE | Dans le cadre d’une carte blanche accordée par la Fête du Livre, Virginie Despentes retrouve ses amis de Zëro pour une lecture-concert du Requiem des (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 2 mars 2016

Louis Calaferte : De la zone à la jungle

Dans le cadre d’une carte blanche accordée par la Fête du Livre, Virginie Despentes retrouve ses amis de Zëro pour une lecture-concert du Requiem des Innocents, de Louis Calaferte, dont elle nous conte la genèse : « Je suis entrée dans Calaferte par le Septentrion. Il y a plus de vingt ans… À l’époque j’ai fait plusieurs lectures avec Bästard (deux musiciens des Bästard sont aujourd’hui dans Zëro) : je lisais des nouvelles que j’avais écrites – mais aussi Calaferte. Quand Arnaud Cathrine – qui travaille à la Maison de la Poésie – m’a proposé de faire une lecture chez eux, je venais de voir Zëro en concert, et du coup j’ai tout de suite pensé – Zëro et Calaferte. Il a été d’accord. » « Je suis partie sur le Requiem de Calaferte parce que je l’ai lu récemment. C’est le plus grand livre sur la précarité que j’ai jamais lu. Il y a tout, dedans : beaucoup d’humour et de la tendresse, mais aussi ce que ça implique, vivre dans une jungle – ce qu’on appelait “la zone” à l’époque de Calaferte ressemblant de façon troublante à ce que l’on appelle “la jungle” aujourd’hui. » Lecture musicale du Requiem des Innocen

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Virginie Despentes : la Voix du peuple

CONNAITRE | À Bron, Virginie Despentes dialoguera ce week-end avec Edouard Louis. Et donnera une lecture-concert autour de Louis Calaferte, accompagnée du groupe Zëro. Dotée d’un talent certain pour peindre en quelques phrases le portrait de ses contemporains, celle qui doit son pseudonyme aux pentes de la Croix-Rousse est l’une des voix les plus passionnantes de la littérature populaire contemporaine.

Sébastien Broquet | Mercredi 2 mars 2016

Virginie Despentes : la Voix du peuple

Vernon Subutex est une parfaite photographie de l’époque, des débats qui l’animent, des trajectoires parfois contradictoires d’individus. Comment avez-vous créé cette fresque du temps présent ? Virginie Despentes : J’avais comme point de départ l’idée d’un presque quinquagénaire qui perd son appartement. Ensuite est venue l’idée qu’il ait été disquaire. Ça devait être un livre très court. Et puis c’est devenu Subutex. Je ne me suis pas dit que j’allais faire une photographie de l’époque, mais une fois qu’on prend le rock comme moteur, on se retrouve vite à brasser beaucoup de gens différents… Ce n’était pas prémédité, mais c’est un vrai centre de tri, ce truc ! En le lisant, on sent un vrai plaisir à l’écrire. Baise-moi était un cri sorti en quelques jours, là, il y a une maîtrise nouvelle dans l’écriture, une sorte de confiance à toute épreuve. Et aussi, une tendresse différente pour les personnages, surtout dans le volume 2. Je ne suis pas bien placée pour me rendre compte de ça. Je sais que j’avais plus de temps, plus les moyens de prendre ce temps pour écrire, parce qu’Apocalypse Bébé

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Zëro dëfaut

MUSIQUES | Zëro. Avec un tréma autant qu'un trauma, le même qui trônait par dessus l'ancien avatar qu'était Bästard. L'un succédant à l'autre sont deux légendes de la noise (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 2 mars 2016

Zëro dëfaut

Zëro. Avec un tréma autant qu'un trauma, le même qui trônait par dessus l'ancien avatar qu'était Bästard. L'un succédant à l'autre sont deux légendes de la noise lyonnaise. Lyonnaise, mais pas que. Noise, mais pas que. En quatre ans d'existence (si l'on occulte leur vie passée sous le nom de Deity Guns) Bästard a creusé le sillon de tout un pan du rock expérimental français (noise, jazz bruitiste, no wave, indus) au fil de nombreux disques dont l'un fameux, produit par Lee Ranaldo de Sonic Youth. Séparé en 1997, après une éclipse de dix ans et épuré de quelques membres, le groupe repart à Zëro et la machine aussi, résolument tournée vers le post rock. Depuis un moment associés aux lectures toute en tension de Virginie Despentes, il se dit que l'expérience a quelque peu joué sur la conception de leur cinquième album, San Francisco, tout juste paru. Un album qui sonnerait presque plus "pop", avec tous les guillemets qu'une telle mention nécessite (on pense aux morceaux Ich... Ein Groupie ou Cheap Dream Generator). Zëro ou un groupe qui ne souffrira pas de la disparition de l'accent circonflexe mais ne débarrassera jamais l'auditeur,

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La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

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Étoiles noires sur Quais du Polar

CONNAITRE | Un an après la venue exceptionnelle et fort réussie de l'immense James Ellroy, Quais du Polar revient avec une édition 2015 non moins riche en figures importantes et en questionnements de fond sur l'état de l'art noir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mars 2015

Étoiles noires sur Quais du Polar

Le public n'est semble-t-il plus le seul à se bousculer pour assister au festival Quais du polar – et participer à sa désormais célèbre enquête grandeur nature dans la ville. Même les auteurs, y compris les plus prestigieux, feraient des pieds et des mains pour s'y montrer. Ceci explique sans doute pourquoi Quais du Polar est chaque année aussi bien fréquenté – même s'il faut bien admettre que l'édition 2014 a placé la barre à une hauteur quasi inatteignable. Aucun Michael Connelly ou John Grisham, pour parler des principales têtes d'affiches, ne s'est ainsi fait prier pour rejoindre la toujours impressionnante cohorte d'auteurs de cette édition 2015 – les deux rois du procedural sont d'ailleurs conviés à régaler les fans autour d'une rencontre front contre front. Nord/Sud On imagine qu'il n'a guère été plus difficile de convaincre Luis Sepùlveda, Paco Ignacio Taïbo II (Mexique), Santiago Gamboa (Colombie) ou Leonardo Padura (Cuba) – l'accent étant mis cette année, on l'aura compris, sur l'Amérique latine, notamment lors d'une alléchante rencontre "Nord/Sud", ainsi que d'incontournables évocations de cartels et de dictatures qui ont au mo

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Yasmina Reza, poids plume

SCENES | Il y a chez Yasmina Reza un goût pour l’infime et le ténu qui parfois frôle le rien. C’est là, dans cette mini-frontière, qu’elle situe ses textes, lesquels (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 janvier 2015

Yasmina Reza, poids plume

Il y a chez Yasmina Reza un goût pour l’infime et le ténu qui parfois frôle le rien. C’est là, dans cette mini-frontière, qu’elle situe ses textes, lesquels laissent autant perplexes qu’ils paraissent habiles. A l'instar du tableau blanc à 200 000 francs de Art, sa pièce phare, que ses trois protagonistent décrivaient ainsi : «Je n’ai pas aimé mais je n’ai pas détesté ce tableau – Mais évidemment, on ne peut pas détester l’invisible, on ne déteste pas le rien – Non, non y a quelque chose – Qu’est-ce qu’il y a ? – Y a quelque chose, ce n’est pas rien». Cette pièce qui l’a mise en orbite en 1994 était déjà une satire de son propre milieu, bourgeois et mondain. Elle la prolonge avec Comment vous racontez la partie, écrit en 2011 mais dont elle signe ici la première mise en scène française. Cette fois, elle se crée un double écrivain, invité à répondre aux questions d’une journaliste pédante et détestable dans un bled de province dont les ploucs ne sont autre que les spectateurs, autant public de la pièce que de cette rencontre. Dans ce théâtre de canapé (la première partie tire à ligne) et aux décors qui transpirent l’argent, Reza parvien

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Les élans du cœur

SCENES | Toujours faire fi des a priori. Même si l’écriture de Wajdi Mouawad s'avère souvent ampoulée, même si la forme du monologue effraie toujours un peu, il faut (...)

Nadja Pobel | Mardi 25 novembre 2014

Les élans du cœur

Toujours faire fi des a priori. Même si l’écriture de Wajdi Mouawad s'avère souvent ampoulée, même si la forme du monologue effraie toujours un peu, il faut aller voir cet Obus dans le cœur. Précisément parce qu'il ne se résume pas à cela. Wahad, 19 ans, doit rejoindre urgemment le service de soins palliatifs où va s’éteindre sa mère. Dans la froideur de l’hiver, on le voit monter dans un bus, s’engueuler avec le conducteur puis maudire la salle d’attente de l’hôpital, avant de s’assoir sur le bord du lit de celle qui l’a mis au monde (et avec laquelle il n’a d’ailleurs pas que des souvenirs heureux). Pourtant, le plateau est nu, n'était la présence d'un mur mobile, d'une chaise et de deux-trois morceaux de bois posés au sol pour délimiter un espace. Le mérite de cette force d'évocation revient essentiellement à Loïc Puissant (cie Autochtone), excellent comédien issu de l’ENSATT qui, de surcroît, s’est lui-même mis en scène. Maîtrisant parfaitement les changements de rythme et de tonalité, il parvient même à incarner un gamin, exercice trop souvent irritant, à l'aide d'un simple élément de décor vaguement réaliste (des vêtements séchant sur un f

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Le tourbillon de la vie

SCENES | La journée de deux enfants confrontés à la vie, la vraie : "Ma mère qui chantait sur un phare" est un agréable spectacle de François Rancillac, porté par deux comédiens épatants. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mercredi 3 avril 2013

Le tourbillon de la vie

Le théâtre a plusieurs buts. Il peut questionner, alerter, dénoncer... Il peut aussi amuser, enchanter, voire divertir (un gros mot pour certains puristes). Le metteur en scène François Rancillac et l’auteur Gilles Granouillet ont, eux, pris le parti de se contenter de faire du théâtre, avec des outils tout simples : un texte, quelques éléments scéniques et une poignée d’acteurs. Un alliage léger qui suffit à embarquer le public dans une aventure familiale drôle, touchante et amère à la fois, racontée du point de vue de deux gamins contraints de rentrer de plein fouet dans le monde des adultes. Car leur mère, quittée par leur père, n’a plus la force de continuer à vivre, préférant s’abandonner à son chagrin, là-haut, sur le phare. Finis alors les jeux avec les grenouilles et les tentatives pour noyer les chiots, il faut aller la secourir. Mais que peuvent bien faire deux petits êtres face au tourbillon de la vie que personne, pas même les grands autour d’eux, ne semble pouvoir contrôler ? Mon frère L’écriture de Gilles Granouillet, simple et imagée, ne s’interdit rien, allant

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Bye Bye Blondie

ECRANS | De Virginie Despentes (Fr, 1h37) avec Béatrice Dalle, Emmanuelle Béart, Pascal Greggory...

Jerôme Dittmar | Vendredi 16 mars 2012

Bye Bye Blondie

Bloquée dans les 80's, ses années rebelles, Virginie Despentes continue de brandir le drapeau usé d'un féminisme baddass. Pour preuve Bye Bye Blondie, chronique sentimentale d'un couple de filles sous la forme vertigineuse et balourde d'un avant (l'adolescence et les années no future) après (l'embourgeoisement et l'âge adulte). Adaptation par elle-même de son roman, Despentes filme donc Gloria la punkette fan des Bérus devenue artiste au RSA, et Frances, son amoureuse en Fred Perry, qui deviendra star de la télé, mariée à un romancier gay pour une union libre. En se réunissant à quarante ans pour le grand amour, c'est évidemment plus que les sentiments qui sont mis à l'épreuve, mais les rêves de jeunesse au travers de la sexualité. Despentes se penche ainsi sur la fin des utopies, qu'elle découvre après tout le monde, pour un film nostalgique et utopique où l'âme punk (à choyer) fait un peu de peine. Depuis Baise moi, la mise en scène est devenue insipide et conformiste. Tout s'explique.Jérôme Dittmar

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La déesse du Carnage

CONNAITRE | Livre / En mai dernier, Yasmina Reza était invitée aux Assises internationales du roman organisées par la Villa Gillet à Lyon. Elle y avait dialogué avec la (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 2 décembre 2011

La déesse du Carnage

Livre / En mai dernier, Yasmina Reza était invitée aux Assises internationales du roman organisées par la Villa Gillet à Lyon. Elle y avait dialogué avec la romancière Marie Desplechin, et la conversation a glissé à un moment sur Le Dieu du carnage, la pièce écrite par Reza et adaptée par Roman Polanski. Le texte de cette rencontre est désormais disponible (avec les autres rencontres des Assises) dans un opuscule qui vient de paraître. En voici un extrait : «Dans Le Dieu du carnage, je voulais exprimer une chose qui m’énervait dans la vie, c’est la contradiction permanente entre le discours idéologique, la volonté d’être exemplaire dans le discours et la réalité des sens, la réalité des nerfs. Par exemple, je me souviens que j’avais été très hostile à ces premières manifestations antiracistes qui consistaient à porter un badge «Touche pas à mon pote». Parce que ça consistait à acheter de la sagesse à très bas prix. Et qu’accepter que l’homme différent soit votre ami est un très long chemin, très difficile. Ça ne se fait pas par une volonté bien-pensante et le port d’un badge. (…) Et dans Le Dieu du carnage, ce qui m’amusait, c’est que les

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Sophocle on the rocks

SCENES | Théâtre / Wajdi Mouawad adapte Sophocle dans sa trilogie "Des terres" sans grands risques artistiques, hormis celui d’avoir confié à Bertrand Cantat la mise en musique rock des chœurs. Une idée discutable. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 13 novembre 2011

Sophocle on the rocks

Dramaturge boulimique remettant dans ses propres textes la tragédie au goût du jour, Wajdi Mouawad s’est lancé dans un projet ambitieux d’adaptation des sept pièces de son idole, Sophocle. Une première "fournée" est présentée aux Célestins qu’il est possible de voir d’affilée (6h30 au total) ou non : Les Trachiniennes, Antigone et Electre. Soit successivement les démêlés de trois femmes aux prises avec l’amour et la mort, le désir et la justice, la vengeance et le chaos. L’une des innovations les plus marquantes de Mouawad, et qui a fait couler beaucoup d’encre, est d’avoir confié la mise en musique et en chants du chœur à Bertrand Cantat (qu’il interprète avec trois autres musiciens sur scène, mais la distribution change cette semaine). Cette idée d’un coryphée rock est sympathique, donne leur rythme aux pièces, et l’on assiste à des passages assez saisissants, comme celui où Antigone "pète les plombs", danse et rugit sur un morceau très rock et noir-désien. Il y a d’autres séquences fortes, d’autres beaucoup plus discutables musicalement et certaines totalement ridicules, dans Les Trachniennes par exemple où Cantat chante a capella du Sophocle comme

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Le Palais du travail

ARTS | Autres lieux / La Ville de Villeurbanne a de la suite dans les idées. Pendant que le TNP flambant neuf va être inauguré ce week-end du 11 novembre, le Rize, (...)

Nadja Pobel | Vendredi 4 novembre 2011

Le Palais du travail

Autres lieux / La Ville de Villeurbanne a de la suite dans les idées. Pendant que le TNP flambant neuf va être inauguré ce week-end du 11 novembre, le Rize, espace culturel “mémoires et société”, rappelle dans une sobre et belle exposition (jusqu’au 25 février) que ce lieu ne fut pas qu’un théâtre mais un Palais du travail aux multiples fonctions né en 1934 en même temps que les Gratte-ciels et la colossale mairie. Vaste projet architectural, proche des maisons du peuple (celles de Pierre-Bénite et Vénissieux voient le jour en 1934 aussi), le Palais du travail répond aux idées politiques claires du maire Lazare-Goujon : offrir un lieu pratique et festif aux ouvriers et développer l’éducation populaire. Dans ce bâtiment, construit selon les plans de Morice Leroux, se trouvent donc un dispensaire hygiéniste (pour faciliter l’accès aux soins), une salle de spectacle (des opérettes essentiellement), une brasserie, des bureaux pour les syndicats et même une piscine au sous-sol qui existent toujours. D’admirables photos noir et blanc, des plans, des affiches bigarrées de spectacles et des extraits vidéo de pièces retracent cette fascinante

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L’art populaire du théâtre

ACTUS | Story / Ce n’est pas une superstition qui se cache derrière le 11.11.11, date de réouverture du TNP de Villeurbanne, mais un hommage à son passé : le lieu a été inauguré le 11 novembre 1920 au Trocadéro, à Paris. Depuis 1972, l’un des plus importants théâtres français est implanté à Villeurbanne. Récit de ce «défi en province». Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 novembre 2011

L’art populaire du théâtre

Il y a plusieurs histoires du Théâtre National Populaire. Celle de cette appellation-même née à Paris au Trocadéro et confiée à Firmin Gémier, acteur et metteur en scène. Au sortir de la guerre, après bien des changements de noms, le TNP est aussi l’histoire de Jean Vilar, qui en prend la direction de 1951 à 1963, toujours à Chaillot, puis de Bob Wilson. Parallèlement, à Lyon, un jeune metteur en scène-acteur-auteur crée le théâtre de la Comédie en 1952 (aujourd'hui théâtre des Marronniers). Rapidement à l’étroit dans cette salle de cent places, il veut plus grand mais Lyon ne lui offre rien (Pradel est moins accommodant qu’Herriot) et c’est chez le voisin villeurbannais qu’il trouve hospitalité. Le maire Étienne Gagnaire lui permet de diriger (à 26 ans !) le Théâtre municipal de la Cité. Contrairement à ses missions, Roger Planchon ne poursuit pas la programmation d’opérettes, mais continue à faire ses spectacles dans un lieu de mille places au cœur du Palais du travail. En quinze ans, après avoir monté des classiques, des contemporains (Vinaver dès son premier texte, Aujourd’hui ou les coréens), après des anicroches avec le maire SFIO qui prend Planchon pour un «g

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Ciel, mon théâtre !

SCENES | Changements de direction à la tête des théâtres, nouvelles infrastructures, orientations artistiques différentes pour les lieux existants… Ces bouleversements vont-ils modifier en profondeur le paysage théâtral lyonnais ? Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 5 septembre 2011

Ciel, mon théâtre !

Rarement les institutions culturelles lyonnaises, et notamment les théâtres, auront connu de tels bouleversements. Dans un milieu dans lequel les directeurs ont la réputation (et souvent l’habitude) de rester en fonction autant que faire ce peut, parfois bien au-delà du raisonnable, on a assisté la saison dernière à des changements profonds. À l’échelle locale, le plus médiatique fut sans doute celui occasionné, en juillet 2010, par le décès de Philippe Faure, directeur du Théâtre de la Croix-Rousse depuis 1994 et dont la succession a été le révélateur d’un malaise profond chez les metteurs en scène de la région. Dans les semaines qui ont suivi l’annonce de la disparition de Philippe Faure, dix-sept candidats ont fait connaître leur volonté de prendre la direction du lieu. Une grande partie d’entre eux était composée de metteurs en scène à la recherche d’un lieu dans lequel établir leur compagnie, un lieu dans lequel créer leurs spectacles et, finalement, un moyen de sortir d’une forme de précarité. Et le tollé provoqué par la décision de la Ville de Lyon (propriétaire du théâtre) de ne pas lancer d’appel à candidatures pour le recrutement d’un nouveau directeur ne dit pas autre ch

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Max Schoendorff

ARTS | Artiste, fondateur de l'URDLA, participant aux débuts du Théâtre national populaire. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 décembre 2010

Max Schoendorff

Petit Bulletin : Depuis 1997, qu'est-ce qui vous a marqué dans la vie culturelle à Lyon ?Max Schoendorff : J'ai l'impression qu'elle va s'appauvrissant plutôt que s'enrichissant. Aucun événement particulier ne me vient spontanément à l'esprit. Il se passe beaucoup d'événements ponctuels ici et là (telle biennale, tel défilé...) mais je ne perçois plus d'effervescence de groupe. L'une des choses positives depuis 97 c'est la nouvelle direction du Musée des beaux-arts qui fait référence en Europe. Je me réjouis moins des rétrospectives Keith Haring, Warhol ou Ben au Musée d’art contemporain. Qu'est-ce qui a changé par rapport au passé ?Dans les années 1950, 60, 70, on a inventé quelque chose. Lyon était un trou de province qui a accédé à la modernité. On croyait alors à la modernité, c'est-à-dire à la nouveauté, à la transgression. Cette modernité a été jetée aux oubliettes au profit d'une gestion d'événements pulvérulents. Depuis 97, je ne vois pas d'événement du calibre des premières du Berliner Ensemble, de Bob Wilson, de nos débuts au TNP avec Planchon, Chéreau, Bataillon... Quels sont les atouts et les défauts de Lyon ?Ses atouts sont imm

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Chicas

ECRANS | De Yasmina Reza (Fr, 1h24) avec André Dussollier, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Chicas

Quand on laisse huit secondes de silence en moyenne entre chaque réplique, on a intérêt à s’appeler Bergman. Ce n’est pas le cas de Yasmina Reza, et "Chicas" n’est pas, mais alors pas du tout, un "Cris et chuchotements" moderne. C’est un grand vide prétentieux, une sorte de robinet d’eau tiède très mal écrit — dialogues et structure renvoient irrémédiablement aux racines théâtrales de la réalisatrice, à peine mis en scène, se voulant sociologique et mordant mais très complaisant envers le milieu d’où il vient… Face à cette purge qui laisse du temps de cerveau disponible pour la cogitation, un point revient à l’esprit du spectateur : peut-on aujourd’hui refuser quelque chose à Yasmina Reza, auteur de l’hagiographique portrait de campagne "L’Aube, le soir ou la nuit" ? CC

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Et revoilà Wajdi !

SCENES | Théâtre / Il a été la star du dernier festival d’Avignon. Il revient à Lyon ce mois-ci, avec un programme chargé : la reprise d’’Incendies’ (l’un de ses plus gros succès), la présentation de sa trilogie inégale ‘Le Sang des promesses’ (dix heures de spectacle tout de même) et surtout le dévoilement de sa dernière création ‘Ciels’ (dans l’ensemble assez réussie). Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Mardi 3 novembre 2009

Et revoilà Wajdi !

Depuis maintenant une dizaine d’années, critiques et public adressent des louanges ininterrompues à Wajdi Mouawad, ayant trouvé en lui l’homme de théâtre capable ni plus ni moins de redonner un sens à la notion de récit. Si on n’a pas toujours partagé cet enthousiasme délirant – à la limite de la vénération –, force est de reconnaître que Mouawad est un artiste passionnant – aussi irritant que subjuguant –, et surtout généreux. À une époque où le théâtre se pose de nombreuses questions sur son rapport au monde et où des metteurs en scène semblent chercher dans l’extrême certaines réponses en secouant le public au maximum par divers moyens (voir les polémiques qui ont secoué les précédentes éditions d’Avignon), le travail de Mouawad a quelque chose de rassurant : oui, il s’adresse ouvertement au public, en choisissant les mots appropriés, en faisant appel à ses émotions, sans trop le brusquer. À ce titre, redécouvrir ‘Incendies’(rejouée en ce moment aux Célestins) permet de saisir le talent indéniable du bonhomme. Exil, famille, héritage, mort… : avec un sens aigu de la narration, il brasse ici les thèmes qui émaille l’ensemble de son travail, lui, le Libanais contraint à l’exil dan

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La nouvelle Nada

SCENES | Après avoir frôlé la mort sur scène lorsqu'elle chantait Brecht l'an dernier, la comédienne Nada Strancar revient au théâtre et inaugure le petit théâtre du TNP avec une mise en scène de 'La Fable du fils substitué' de Pirandello. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 octobre 2009

La nouvelle Nada

Elle dit avoir eu une passion à l'adolescence pour «La» Callas, elle pourrait bien un jour être nommée «La» Strancar. Comme la diva, Nada Strancar est reconnaissable entre toutes : une voix grave, une silhouette élancée, les pieds bien arrimés au plancher des théâtres depuis qu'elle a croisé la route d'Antoine Vitez. Née à Ljubjana, elle quitte à l’âge de sept ans ce qui est encore la Yougoslavie unifiée pour Paris et adopte le français si bien qu'elle a aujourd'hui oublié le slovène. Avec une mère ouvrière et un beau-père boucher, elle ne baigne pas dans un environnement culturel, mais aime l'école, s'inscrit au club d'art dramatique de son collège. Le premier rôle qui lui est confié est celui... d'un garçon ! Elle est Arnolphe de ‘L'École des femmes’. Au lycée, Nada Strancar poursuit son apprentissage, découvre le chant lyrique mais, après le bac, faute de pouvoir suivre des cours de chant trop onéreux, elle entre au Conservatoire d'art dramatique et rencontre Antoine Vitez, son professeur qui la dirigera dans une dizaine de pièces. «Il a été un révélateur, dit-elle. J'ai découvert un espace où le corps et la voix étaient en liberté, je n'avais jamais vu cela ailleurs. J'étais su

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Le TNP nouveau-né

CONNAITRE | Lundi 12 octobre dernier, Isabelle Sadoyan était très émue d'essuyer les plâtres du petit théâtre du Théâtre National Populaire qui porte le nom de son époux, le (...)

Nadja Pobel | Lundi 19 octobre 2009

Le TNP nouveau-né

Lundi 12 octobre dernier, Isabelle Sadoyan était très émue d'essuyer les plâtres du petit théâtre du Théâtre National Populaire qui porte le nom de son époux, le comédien Jean Bouise. Situé juste derrière la salle historique du TNP qui sera flambant neuf début 2011, ce nouveau lieu comprend une salle de spectacle de 250 places et deux salles de répétitions. Jusqu'au 1er novembre, Nada Strancar y présente une adaptation radicale et très picturale de 'La Fable du fils substitué' de Pirandello.

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Le nouveau-né du TNP

SCENES | Lundi 12 octobre, Christian Schiaretti, directeur du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, a inauguré le petit théâtre Jean Bouise, en attendant la fin des travaux de la grande salle en 2011. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2009

Le nouveau-né du TNP

À la mi-temps des travaux, le Théâtre National Populaire renaît déjà avec l'ouverture d'une salle flambant neuve, rue Louis Becker, au dos de la grande salle encore éventrée. Sous terre, un espace de présentation pouvant accueillir jusqu'à 250 spectateurs a été aménagé et servira de lieu de jeu dès ce jeudi pour la création de ‘La Fable du fils substitué’ mis en scène par Nada Strancar. Dans les étages, plusieurs salles de répétitions et de formations ont été conçues pour que les artistes puissent résider sur de longues périodes au TNP. Les représentants de la Région, du département, de la Ville de Villeurbanne et l'État, via le directeur de la DRAC Rhône-Alpes, étaient tous présents à cette inauguration rappelant leurs souvenirs et anecdotes de spectateurs au théâtre de la Cité puis du TNP. Ces quatre contributeurs publics ont financé les 7, 2 millions d'euros de coûts de cet ouvrage et subventionnent aussi les 17, 3 millions d'euros de la refonte de la grande salle qui devrait être livrée en janvier 2011. Pour cette remise des clés symbolique à Christian Schiaretti, Isabelle Sadoyan et Didier Bezace se sont livrés à l'exercice de la lecture d'une pièce qu'ils ont joué 150 fois :

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Wajdi non !

SCENES | Il nous a assommés avec Forêts, il y a deux ans. Posé ses valises à la Croix-Rousse et aux Célestins la saison passée. A été l’artiste associé du festival d’Avignon (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 4 septembre 2009

Wajdi non !

Il nous a assommés avec Forêts, il y a deux ans. Posé ses valises à la Croix-Rousse et aux Célestins la saison passée. A été l’artiste associé du festival d’Avignon 2009. Vous en voulez encore ? Cette année, c’est d’abord avec "Incendies" aux Célestins, "Ciels" à l’Ensatt puis avec "Littoral", "Incendies" et "Forêts", les trois premières parties du "Sang des promesses" (présentées aux Célestins les 14 et 15 novembre) que Wajdi Mouawad revient. Une chose est d’ores et déjà promise : 9h30 de Mouawad, c’est long.

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Mouawad se la joue sobre

SCENES | THÉÂTRE / Le destin de trois figures légendaires raconté par l’auteur franco-libanais Wajdi Mouawad, ça donne Le Soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face. Une bonne surprise à découvrir cette semaine à l’Hexagone. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Jeudi 9 octobre 2008

Mouawad se la joue sobre

Wajdi Mouawad est un auteur bankable : son nom sur une affiche est gage d’un succès tant critique que public. L’homme est ainsi adulé - limité vénéré - par une partie du milieu théâtral voyant dans sa prose et son approche du monde contemporain si ce n’est une révolution, du moins une nouvelle dimension. Quitte à être catalogués de ringards par le premier fan de Mouawad qui passerait par là, nous n’avons pas toujours partagé cet enthousiasme délirant (fanatique ?), notamment sur certaines de ses pièces foisonnantes et indigestes. Quelle ne fut donc pas notre surprise à la découverte du Soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face. Certes, Wajdi Mouawad n’est intervenu que sur le texte, laissant la mise en scène dans les mains de Dominique Pitoiset, directeur du Théâtre national de Bordeaux. Mais tout de même… Puzzle mythologiqueConflits, héritage, transgressions, exil : la mythologie fascine Mouawad. Sa pièce traite donc de ce thème, à travers le destin de trois figures légendaires de la lignée de Thèbes : Cadmos, Laïos et Œdipe. Le premier est contraint de fuir sa Phénicie natale – aujourd’hui le Liban, lieu de naissance de l’artiste – pour partir à la recherche de

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Le mystère de Forêts

SCENES | Théâtre / Une presse nationale unanime, un metteur en scène qui présente son projet avec la modestie du président de la SNCF annonçant son bilan pour l'année (...)

Dorotée Aznar | Lundi 7 avril 2008

Le mystère de Forêts

Théâtre / Une presse nationale unanime, un metteur en scène qui présente son projet avec la modestie du président de la SNCF annonçant son bilan pour l'année 2007, on s'attendait à ce que Forêts soit l'un des grands spectacles de la saison. Notre incompréhension est à la hauteur des attentes suscitées. Wajdi Mouawad se lance, nous dit-on, dans «une grande aventure épique qui traverse sept générations d'une même famille, du Canada jusqu'aux sources européennes, depuis la guerre de 1870 à la chute du mur de Berlin en passant par les guerres et les camps de concentration». Évoquer la grande histoire à travers les petites, certes on nous l'a déjà fait, mais là n'est pas vraiment la question. Outre le caractère éminemment scolaire de la pièce de Wajdi Mouawad qui avance avec de très gros sabots (un petit coup d'inconscient par ci, une bête immonde par là), l'interprétation discutable (la plus jeune des cinq femmes est une adolescente, donc une rebelle, qui passe logiquement son temps à hurler en arpentant la scène de long en large), il y a l'objet même de l'enquête, crédible et passionnante comme un épisode d'X Files. Un paléontologue (ne nous demandez pas pourquoi un paléontologue...)

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Changement de décor

SCENES | En chantier / Si vous n'avez jamais mis un pied au Théâtre National Populaire de Villeurbanne, cette saison est celle de la dernière chance pour le voir en l'état. Dès le printemps 2008, le TNP déménagera pour retrouver un théâtre plus neuf, plus beau, plus grand. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 12 septembre 2007

Changement de décor

Un goût certain pour les assertions tragiques pourrait nous inciter à parler de la «dernière saison du Théâtre National Populaire», mais économisons-nous. Il s'agit certes de la dernière saison dans le théâtre tel qu'on a pu le connaître jusqu'ici, mais le TNP ne cessera pas de programmer jusqu'à la fin des travaux, prévue en 2010. Le chantier ne devrait en effet pas entraîner d'interruption des spectacles, grâce à une seconde salle-relais de 250 places, construite à l'arrière du TNP, rue Louis-Becker qui accueillera les activités du théâtre et des ateliers de répétition à partir du printemps 2008. Une fois le grand plateau rouvert, cette salle permettra, selon Christian Schiaretti, «de présenter des travaux plus alternatifs et des longues séries». Les problèmes actuels que connaît le théâtre, pointés du doigt par le directeur du TNP (concentration de l'outil sur le grand plateau, absence d'une petite salle, de lieux de répétition et d'espaces alternatifs), devraient tous être résolus grâce à un investissement de plus de 18 millions d'euros (financé par la Ville de Villeurbanne, l'État, la Région et la Communauté urbaine). Le TNP pourra alors affirmer son «ambition internationale»,

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