Livraisons : Les mille et un visages de la revue

Festival | Le festival "Livraisons" poursuit son cheminement parmi le monde prolifique et hétéroclite des revues. Sa troisième édition nous emmène en Suisse, sur les rives du Danube ou encore au plus proche d'expérimentations artistiques singulières.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 mai 2017

Photo : Michel Crépu © DRZsuzsanna Gahse pour la Revue De Belles-Lettres © DR


Bibliothèque de la Part-Dieu, Musée Gadagne, Musée d'art contemporain... La nouvelle édition du festival de la revue Livraisons diversifie ses lieux d'implantations, en écho à ce drôle d'objet qui, selon les mots de Gwilherm Perthuis et Paul Ruellan (responsables de l'événement), « s'incarne de mille manières : le papier, bien sûr ; la toile numérique, plus que jamais ; l'enregistrement sous toutes ses formes ; les recherches graphiques les plus abouties ; les regroupements, les mises en commun, les délibérations de toutes sortes. Livraisons s'en fait l'écho : littérature, art et pensée sont à l'honneur par l'écriture et la parole, l'affiche et la radio, le livre d'artiste, la performance. »

C'est au Musée des Beaux-Arts que s'ouvrira, comme à l'accoutumée, Livraisons, avec un grand témoin du monde des revues, Michel Crépu. Écrivain et critique littéraire, il est actuellement rédacteur en chef de la NRF (la revue historique des éditions Gallimard, marquée par les figures d'André Gide, Jacques Rivière et Jean Paulhan), et ancien directeur de la désormais médiatiquement célèbre Revue des deux mondes entre 2010 et 2014.

De la poésie à la mode

Chaque journée du festival déclinera ensuite une thématique dominante. Au Musée d'art contemporain, le festival présentera plusieurs aspects artistiques de l'objet-revue avec notamment une conférence de Marie Boivent sur l'histoire de "la revue comme pratique artistique", une carte blanche au collectif lyonnais Broadcast Posters (revue sous forme de grands posters dépliables), ou encore la présentation de Infermental (en écho avec l'exposition du MAC consacrée au collectif Frigo), étonnante revue sous forme de cassettes vidéo initiée dans les années 1980...

À la Bibliothèque de la Part-Dieu, il sera question davantage de littérature avec un focus sur les revues de nos voisins suisses et, en particulier, via La Revue de Belles-Lettres, avec un temps dédié aux poètes du Danube (Denis de Rougemont, Claudio Magris, Peter Esterhazy...), fleuve qui paradoxalement ne traverse pas la Suisse...

Le festival se permet aussi quelques excursions "exotiques" du côté de la mode (Modes pratiques. Revue d'histoire du vêtement et de la mode) et s'ouvre à des initiatives étudiantes : la Revue parlante de la station d'arts poétiques de l'École Nationale des Beaux-Arts, le lancement du premier numéro de Seuils concocté par des étudiants en classes préparatoires au Lycée Herriot...

3e Festival de la revue Livraisons
À Lyon du 11 au 14 mai


Inauguration avec Michel Crépu


Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Sauvage innocence aux Halles du Faubourg

Art | Réunissant plusieurs structures artistiques et des plasticiens de tous horizons, Les Nouveaux Sauvages investissent les Halles du Faubourg, une ancienne usine lyonnaise. Retour sur la soirée d'inauguration et notre regard sur l'expo.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 8 octobre 2018

Sauvage innocence aux Halles du Faubourg

Vendredi 5 octobre dans le septième arrondissement, 19h30. L'atmosphère est douce, presque estivale, sereine et bon enfant... Une longue file d'indiennes et d'indiens lyonnais s'étend depuis l'Impasse des Chalets pour déboucher dans le grand tipi de 1200 m² des Halles du Faubourg qui accueille l'exposition-événement Les Nouveaux sauvages. Avant de pouvoir y pénétrer, deux cow-boys sympathiques et bonhommes, en des gestes aujourd'hui ritualisés, fouillent les sacs des peaux rouges amateurs d'art. Si l'on avait laissé chez soi flèches et tomahawks, il devenait alors possible de découvrir une ancienne usine retoquée avec goût par quelques jeunes architectes d'intérieur et scénographes, espace rythmé par des éléments métalliques repeints en bleu. Au sein de ce beau volume, voué à une existence artistique éphémère avant projet immobilier, d'autres tipis sont dressés : une grande tente d'aspect militaire où le collectif lyonnais Frigo&Co présente une installation vidéo démultipliant des yeux borgnes autour du spectateur ;

Continuer à lire

Serge Boissat, patron de Boul'Dingue, est décédé

Disparition | Figure emblématique de la scène rock lyonnaise, érudit des contre-cultures, féru de bandes dessinées, Serge Boissat est décédé dans la nuit du mercredi (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 2 août 2018

Serge Boissat, patron de Boul'Dingue, est décédé

Figure emblématique de la scène rock lyonnaise, érudit des contre-cultures, féru de bandes dessinées, Serge Boissat est décédé dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 août à l'âge de 66 ans, vaincu par le cancer. Il était l'un des plus anciens bouquinistes de la ville, ayant lancé sa boutique Boul'Dingue en 1974, où l'on peut dénicher raretés et occasions. Mémoire de la scène musicale lyonnaise, ami de Choron et Cavanna, il avait marqué durablement les esprits mélomanes de la ville en assurant la direction d'antenne de Radio Bellevue de 1981 à 1986, recrutant des animateurs qui deviendront célèbres (tels Rachid Taha ou Philippe Vecchi) et donnant à la radio sa couleur musicale exigeante, curieuse et plurielle : Serge avait mis les 20 000 disques de sa collect

Continuer à lire

Frigo : complètement givrés !

Avant-Garde | Le Musée d'art contemporain ouvre ses cimaises au collectif d'artistes Frigo, qui officia à Lyon de 1978 jusqu'au début des années 1990. Une exposition réussie où l'on retrouve, presque palpable, l'électricité de ce groupe avant-gardiste.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 21 mars 2017

Frigo : complètement givrés !

1978 : Valéry Giscard d'Estaing appuie sur les touches de son accordéon dans les palais de l'Élysée. Le baron Empain est enlevé, Claude François s'éteint dans sa baignoire et la légion saute sur Kolweizi... À Lyon, Collomb (Francisque de son prénom) entame son premier mandat à l'Hôtel de Ville. Bref, rien de bien folichon quand on a une vingtaine d'années et qu'on sort de l’École des Beaux-Arts. Mais si le contexte ne porte ni n'enthousiasme, alors autant essayer de le changer, histoire au moins d'affirmer son arrogance et d'attirer le regard des filles... « Quelques-uns de ces jeunes gens modernes refont le monde en ouvrant une galerie expérimentale. Les cours d'histoire de l'art leur ont appris que chaque génération depuis la Renaissance, existe en tournant le dos à celle qui lui a précédé. » écrit Alain Garlan dans

Continuer à lire

Le rock au Frigo : dans le sillage d'Electric Callas

Capitale du rock | C'est une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître et à vrai dire les moins de 60 ans non plus. Il fallait sans doute avoir 20 ans en 1978 (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 21 mars 2017

Le rock au Frigo : dans le sillage d'Electric Callas

C'est une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître et à vrai dire les moins de 60 ans non plus. Il fallait sans doute avoir 20 ans en 1978 pour avoir vécu la chose autrement que par la légende. À savoir l'ébullition musicale qui secoua Lyon dans les années 70 et 80, avant et pendant l'ère Frigo. Ainsi lorsque Libération titre : "Lyon Capitale du rock en 1978", le quotidien ne croit pas si bien dire. Depuis quelques années, s'y ébat rageusement une poignée de groupes qui connaîtront leur heure de gloire une nuit de juillet 78, lors d'un concert baptisé New Wave French Connection à Fourvière qui verra se produire, outre Téléphone, Bijou ou Au bonheur des Dames, les Lyonnais de Starshooter (menés par Kent), Electric Callas, Ganafoul et Marie et les Garçons. Ces derniers viennent d'enregistrer à New York avec John Cale et se sont produits en première partie des Talking Heads et de Patti Smith. Opérant alors un léger virage disco, Marie et ses boys reçoivent ce soir là non pas une pluie de coussins mais de canettes. C'est le point culminant de cette

Continuer à lire

Alain Garlan, l'initiateur

Portrait | Cet homme a participé au culte collectif Frigo, à l'honneur en ce moment au Musée d'Art Contemporain. Mais aussi aux lancements, dans le désordre, de : TLM, Radio Bellevue, Symposium d'Art Performance, Zap FM, Couleur 3, le Truck et bien plus encore. Mais il faudrait un livre pour tout raconter. Ça tombe bien, il existe et se nomme Rois de la forêt, tout juste paru. Voici (une partie de) l'histoire d'Alain Garlan.

Sébastien Broquet | Mardi 14 mars 2017

Alain Garlan, l'initiateur

Fracassant, le retour ! Il faut croire que les vieux rebelles ont le cuir épais. Oh, pas tous... Mais Alain Garlan, l'œil toujours alerte, le regard un brin taquin, oui, c'est certain. L'homme a déjà marqué en profondeur l'underground lyonnais, il y a bien longtemps. Et a continué à naviguer dans l'overground, les années suivantes. Laissant infuser dans la ville un feeling mödern qui aujourd'hui porte son empreinte : pas pour rien que Christophe Mahé, le boss de Radio Espace, accueille de nouveau Garlan et sa bande dans son groupe audiovisuel avec Radio Bellevue Web. Que Vincent Carry, directeur de Arty Farty, les suit de près et pense encore à eux pour son futur incubateur, les renommant « la start-up de vieux »... Comme Cyrille Bonin le boss du Transbordeur, ils ont tous grandi en écoutant Bellevue ou Zap sur leur transistor dans les années 80 ! Et Thierry Rasp

Continuer à lire

Radio Bellevue Web, start-up de vieux (punks)

Des radios libres à la webradio | « Les webradios sont les nouvelles radios libres ! » Pour apprécier la pertinence du propos, signé Alain Garlan et Robert Lapassade, il faut remonter aux (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 13 décembre 2016

Radio Bellevue Web, start-up de vieux (punks)

« Les webradios sont les nouvelles radios libres ! » Pour apprécier la pertinence du propos, signé Alain Garlan et Robert Lapassade, il faut remonter aux sources de Radio Bellevue dans les années 1980, née radio pirate au sein du collectif Frigo. Pan essentiel de l’underground artistique des eighties, ce collectif d’artistes touche alors à tout : la musique et notamment le rock, la BD (deux disciplines encore peu respectées), la danse contemporaine, la performance, l’art vidéo. Frigo s'impose même leader de l’art vidéo : c’était le début des clips et « on montait des images sur la musique » soit tout le contraire de ce qui se faisait jusqu’alors côté cinéma. En passant, la paire a ressuscité Radio Bellevue qui devient RBW (Radio Bellevue Web)

Continuer à lire

Rafraichissement

SCENES | Théâtre / Le spectacle n'est même pas commencé qu'il a déjà absorbé le spectateur avec cette diva blonde platine parée de rouge et de lunettes façon Lolita de (...)

Nadja Pobel | Jeudi 11 juin 2009

Rafraichissement

Théâtre / Le spectacle n'est même pas commencé qu'il a déjà absorbé le spectateur avec cette diva blonde platine parée de rouge et de lunettes façon Lolita de Kubrick qui occupe la scène. Assise sur des cuvettes de WC avec classe et une certaine arrogance, elle rappelle en une fraction de seconde que pénétrer dans l'univers de Copi n'est pas anodin. L'écrivain argentin est réputé pour être déjanté, mais il est plus exactement un disséqueur du genre humain. Interrogeant constamment la sexualité, il joue avec les codes, à commencer par les plus évidents : l'apparence physique. Le jeune metteur scène grenoblois François Jaulin s'engouffre dans cet appel d'air en parvenant à garder une conduite. Les textes de Copi donnent parfois lieu à des mises en scène débridées et hallucinées et in fine peu communicatives. Ici, glissé dans des habits féminins taille 36, Fabien Albanese est à son aise pour transmettre le mal-être de son personnage. Il est L., mannequin homosexuel et aspirant écrivain qui enchaîne les viols dans les couloirs et les rails de coke à la farine. Le comédien endosse avec brio les rôles de sa majordome assassine, de son mère envahissante, de sa psy «Fraulein Freud» et de s

Continuer à lire