Je est un migrant : Patrick Chamoiseau dialogue avec Michel Lussault

Littérature | Le géographe Michel Lussault, dont nous vous avons parlé avec enthousiasme dans ces colonnes, s'entretiendra à Bron avec l'écrivain Patrick Chamoiseau qui vient de publier un essai revigorant, "Frères migrants".

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 mai 2017

Photo : © DR


« L'Europe envisagée comme solitude au monde ! » Rien ne saurait plus indigner l'écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, penseur avec Édouard Glissant du concept de "Tout monde". Contre la mondialisation capitaliste et financière (la « barbarie » dit-il), Patrick Chamoiseau rappelle, dans Frères migrants, que « la planète n'est pas seulement globalisée par l'appétit capitaliste. Elle est par nature une. Un seul lieu où l'horizon ne s'ouvre que sur lui-même, où la perspective se renouvelle autour d'un cœur unique. Les mondes multiples se percevant autonomes et se croyant étanches n'existent que dans les stases de nos imaginaires. »

Cette globalité des multitudes, cette humanité transversale faite de pluralité, Patrick Chamoiseau lui donne une figure, une existence concrète à travers la richesse, la beauté et la matérialité de sa langue. Celle-ci prend en écharpe lyrique (c'est-à-dire : en sonorités, en couleurs, en parfums) les rêves comme les cauchemars du monde contemporain.

Poétique de la relation

Dans Frères migrants, livre-cri poussé et écrit en réaction à l'inacceptable de l'attitude occidentale face aux migrations, Patrick Chamoiseau défend notamment une éthique et une poétique de la relation (partagées avec Édouard Glissant) qui se décalent de l'humanisme monolithique traditionnel, pour s'ouvrir aux différences, aux oppositions, aux forces contraires, à la rencontre et à la créativité.

Le livre se termine sur une stimulante "Déclaration des poètes" en seize points, et rappelle qu' « Homo sapiens est aussi et surtout un Homo migrator. Dès lors, l'homme campé sur son seuil qui ne reconnaît pas l'homme qui vient, qui s'en inquiète seulement, qui en a peur sans pouvoir s'enrichir de cette peur, et qui voudrait le faire mourir ou le faire disparaître, est déjà mort à lui-même. »

Rêver la ville, rêver le monde, rencontre avec Patrick Chamoiseau et Michel Lussault
À la médiathèque Jean Prévost à Bron jeudi 18 mai à 18h30

Dans le cadre des Rencontres Scientifiques Nationales de Bron les 17 et 18 mai


Rêver la ville, rêver le monde

Avec Patrick Chamoiseau et Michel Lussault
Médiathèque Jean Prévost 2 place Cumbernauld Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Anthropocène : à l’école de la vie

Penser | La croissance, le réchauffement climatique, le féminisme, la biodiversité, l’urbanisme… À l’École de l’Anthropocène nous invite à repenser ces notions pour construire un avenir meilleur.

Lisa Dumoulin | Mardi 22 janvier 2019

Anthropocène : à l’école de la vie

L’ère de l’Humain : c’est la définition littérale de l’anthropocène. Un terme de chronologie géologique partant du principe que « L'Homme est devenu une force telle qu'il modifie la planète ». Ce sont les mots de Catherine Jeandel, directrice de recherche au Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales au CNRS, membre des experts réunis au Congrès géologique international de 2016 qui a reconnu officiellement le terme “Anthropocène”... L’École Urbaine de Lyon, dirigée par le géographe Michel Lussault, tente de répondre aux questions posées par ces enjeux avec ce premier rendez-vous intitulé À l’école de l’Anthropocène qui prend place aux Halles du Faubourg. Au travers des nombreux rendez-vous prévus tout au long de la semaine, tout un chacun est invité à découvrir, réfléchir, échanger avec des scientifiques, des penseurs, des artistes, des associations, pour tenter de dessiner ensemble les pistes d’un futur possible. Parmi les invités, notons la présence de l'ancienne ministre Delphine Batho (le vendredi 25) pour une rencontre intitulée "vers une nouvelle Terr

Continuer à lire

La ville anthropocène, exploration

Réflexion | Toute une soirée et même un peu plus pour « entrevoir les possibles », comme l'écrit le géographe Michel Lussault dans la présentation de cette Nuit des Idées (...)

Sébastien Broquet | Mardi 23 janvier 2018

La ville anthropocène, exploration

Toute une soirée et même un peu plus pour « entrevoir les possibles », comme l'écrit le géographe Michel Lussault dans la présentation de cette Nuit des Idées conçue par l'École Urbaine de Lyon, dont il est le directeur : voici le programme, articulé autour de l'idée « d'imaginer la ville anthropocène ». On notera parmi les ateliers et rencontres celle entre le susnommé Michel Lussault et la philosophe Catherine Larrère, qui œuvre sur les questions de justice climatique, d'écologie politique et d'agentivité humaine. La crise migratoire sera au centre des attentions : par une rencontre (réunissant la photographe Anne A-R, François Gemenne, l'architecte Cyrille Hanappe et la juriste Claire Rodier) mais aussi l'intervention de deux plasticiens afghans, Kabir Mokamel et Omaid Sharifi. Un atelier d'écriture queer (animé par Émilie Notéris) et une rencontre "grand témoin" avec la journaliste Marie-Monique Robin, réceptrice du prix Albert-Londres en 1995, auteure du Monde selon Monsanto sont aussi prévus. On guettera aussi le lendemain les

Continuer à lire

Remettre le monde à l'endroit

Villa Gillet | Michel Lussault vient débattre à la Villa Gillet de son regard de géographe singulier sur le monde contemporain et de son dernier ouvrage explorant en particulier les hyper-lieux.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 31 janvier 2017

Remettre le monde à l'endroit

Depuis le début des années 2000, Michel Lussault met au centre des sciences sociales la géographie, une géographie très humaine en l'occurrence. Après les philosophies de l'histoire du 19e siècle, l'objectivité anti-humaniste et structurale des sciences humaines au 20e siècle (psychanalyse, sociologie, anthropologie...), le géographe défend une approche du contemporain à partir des vécus physiques, de la subjectivité des expériences individuelles ou collectives au sein d'espaces et de lieux particuliers. « Avec l'anthropologue Tim Ingold, l'historien Patrick Boucheron, le philosophe Guillaume Leblanc, le sociologue Richard Sennett, Peter Sloterdijk et bien d'autres, on pense que l'espace n'est pas seulement un décor, un théâtre, mais une dimension explicative de la vie. Il y a là peut-être même un tournant spatial des sciences sociales. » nous confiait Michel Lussault dans un entretien.

Continuer à lire

De la suite dans les idées

CONNAITRE | Nuire à la bêtise. Tel est le stimulant projet du festival Mode d'emploi. Sa deuxième édition réunit philosophes et spécialistes des sciences sociales internationaux, afin de débattre, dans le cadre de tables rondes et de spectacles, du monde contemporain dans toute sa complexité. Michel Lussault, géographe et directeur adjoint du festival, nous éclaire sur ses grands axes et revient sur les fondamentaux de sa propre pensée singulière. Propos recueillis par Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 7 novembre 2013

De la suite dans les idées

A quelle(s) nécessité(s) répond le «festival des idées» Mode d'emploi ? 
Michel Lussault : Avec Guy Walter, nous avons voulu trouver les moyens de redonner de l'ampleur aux débats en sciences sociales et en philosophie. Il existe une grande tradition française dans ce domaine avec de grands noms - dans les années 1970, tout le monde lisait Barthes, Lacan, Foucault, Bourdieu... Mais depuis une quinzaine d'années, on observe un repli des sciences humaines, alors même que l'activité universitaire n'a jamais été aussi riche ! En tant qu'universitaire, je cherche à ce que les sciences sociales soient présentes dans l'espace public. J'écris pour une part des ouvrages un peu "chiants" et académiques - attention, je précise que le jargon est aussi une nécessité des sciences sociales - et pour une autre part des livres plus écrits et ouverts avec ma trilogie L'Homme spatial, De la lutte des classes à la lutte des places, L'Avènement du Monde. On ne s'intéresserait donc plus aux sciences sociales ?

Continuer à lire

Espace en voie de réapparition

ARTS | Que sculpture et peinture soient par définition liées à des problèmes d'espace paraît une évidence. Que l'art contemporain reprenne la question à nouveaux frais est plus excitant et essentiel. Quelques-unes des expositions de la saison 2013-14 entament le sujet... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 13 septembre 2013

Espace en voie de réapparition

C'est en général lorsqu'on perd quelque chose qu'on lui reconnaît sa pleine importance... Ainsi de l'espace qui, avec l'accélération et la vitesse chez Paul Virilio et le simulacre chez Jean Baudrillard, se serait, sous nos yeux contemporains, réduit à la portion congrue du pixel à la surface d'un écran. À l'heure de cette disparition problématique, l'Institut d'Art Contemporain axe toutes ses expositions et événements sur l'espace : Fabricateurs d'espaces, une exposition récente, son Laboratoire Espace Cerveau, la prochaine exposition consacrée à Manfred Pernice du 6 décembre au 16 février, artiste allemand interrogeant l'espace urbain. L'occasion de saisir les enjeux du travail philosophique de Peter Sloterdijk, qui ne pose plus les traditionnelles questions «Qui  ? Comment  ?  Quand  ?» mais se demande «Où ?» se trouve l'individu humain. Et traque dans sa trilogie Sphères les espaces relationnels, les résonances, les lieux, les contacts, les espaces fragiles et poreux. Qui nous sont essentiels.

Continuer à lire

Anthony King

MUSIQUES | Si chaque année Anthony Joseph écume les festival en tous genres et de tous genres, c'est d'abord sûrement parce qu'il a du talent mais aussi parce que sa (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 1 mars 2012

Anthony King

Si chaque année Anthony Joseph écume les festival en tous genres et de tous genres, c'est d'abord sûrement parce qu'il a du talent mais aussi parce que sa musique protéiforme s'intègre dans n'importe quelle programmation. Soul king assumé, Anthony Joseph et son bien nommé Spasm Band naviguent essentiellement là où se rencontrent dans un grand fracas les puissants océans musicaux : Cap de Bonne Espérance Afro-funk, Cap Horn soul-caribéen. Ce Trinidadien installé à Londres, poète reconnu avant d'être chanteur, est un prêcheur héritier des beatniks converti par la transe des mots à celle de la scène. À elle toute seule, la musique de celui qui fantasme le Trinidad d'avant l'esclavage, faite d'incantations et de rythmes métisses est l'illustration des théories de l'écrivain Edouard Glissant. D'abord celle de «l'antillanité» qui revendique une identité caribéenne non exclusivement réductible à ses racines africaines. Puis celle de la créolisation du monde : ce «métissage qui produit de l'imprévisible», ce «mouvement perpétuel

Continuer à lire

Le monde selon Glissant

CONNAITRE | L’écrivain martiniquais Edouard Glissant sera présent mercredi 13 mai à 18h à La Maison des Passages pour présenter son dernier livre, Philosophie de la (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 7 mai 2009

Le monde selon Glissant

L’écrivain martiniquais Edouard Glissant sera présent mercredi 13 mai à 18h à La Maison des Passages pour présenter son dernier livre, Philosophie de la relation : poésie en étendue, dans lequel l’auteur de La Lézarde poursuit son interrogation sur le monde contemporain en mêlant, comme à son habitude, la poésie, la politique et la philosophie.

Continuer à lire