Penser le monde

Sciences Humaines | Du côté des sciences humaines et de la philosophie, quelques rencontres aussi peu médiatiques que fort intéressantes.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 septembre 2017

Photo : Thaïva Ouaki, Supervision (exposition à la Galerie Françoise Besson)


À la Villa Gillet

L'incontournable historienne française de la psychanalyse, Élisabeth Roudinesco, viendra à la Villa Gillet présenter, le 18 octobre, son dernier ouvrage au titre prometteur : Dictionnaire amoureux de la psychanalyse (Plon-Seuil), qui ouvre la découverte de Freud au cinéma, à la littérature, aux œuvres d'art...

Et le jeudi 9 novembre à Sciences-Po (en partenariat avec la Villa Gillet), les sociologues Marc Joly et Gérald Bonner poseront une question simplissime : à quoi sert la sociologie ? Espérons que la réponse soit « à rien », tant notre époque est dominée par l'idéologie utilitariste !

À la fac et en galerie

Parallèlement à l'exposition réunissant quatre plasticiens qu'il organise à la galerie Françoise Besson (Des pouvoirs et des écrans, jusqu'au 15 octobre), le philosophe Mauro Carbone (auteur de Philosophie-écrans chez Vrin) fera une conférence grand public au titre explicite : Au jour de nos écrans : du cinéma à la révolution numérique, le 10 octobre à 17h30 à l'Amphithéâtre de l'Université de Lyon.

Au Couvent de La Tourette

Le programme 2017-2018 de La Tourette fourmille de rencontres et de conférences passionnantes. Parmi elles, une journée (le samedi 10 mars) consacrée au dernier Michel Foucault, celui de la réflexion sur le sujet et l'éthique dans Le Souci de soi. Et tout un week-end (les 5 et 6 mai) sera consacré à la sublimation et au sublime en psychanalyse, sous la houlette du grand transmetteur de la psychanalyse, Paul-Laurent Assoun.

Au Collège Supérieur

Spécialiste de la pensée chinoise, croisant les cultures et philosophe de l'entre-deux, François Jullien (qui vient de sortir le tonifiant ouvrage Une seconde vie chez Grasset) sera au Collège Supérieur de Lyon le mardi 20 mars. Lui succédera l'empêcheur de penser en rond et philosophe des technologies contemporaines, Bernard Stiegler, le mercredi 30 mai, pour répondre à cette question : « Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? »


Des pouvoirs des écrans

Exposition collective
Galerie Françoise Besson 10 rue de Crimée Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Élisabeth Roudinesco : « Freud était un grand romantique »

Psychanalyse | Historienne de la psychanalyse, Élisabeth Roudinesco voyage librement, dans son dernier livre, à travers le temps, l'espace et les thématiques les plus inattendues ayant trait à la psychanalyse. Elle vient à la Villa Gillet présenter son savoureux Dictionnaire amoureux de la psychanalyse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 octobre 2017

Élisabeth Roudinesco : « Freud était un grand romantique »

Êtes-vous amoureuse de la psychanalyse ? Élisabeth Roudinesco : Je ne défends pas la psychanalyse avec un grand P, mais j'enseigne l'histoire de la psychanalyse en me situant un peu en dehors d'elle, et je défends ses différentes dimensions culturelles, scientifiques, internationales, la grande richesse d'une discipline qui a toujours été un peu en marge des autres... Pour ce livre, ce qui m'a intéressée, c'est non pas d'être amoureuse de la psychanalyse, mais d'écrire un "dictionnaire amoureux de la psychanalyse", c'est-à-dire une sorte de contre-dictionnaire, pensé comme une leçon de choses avec des listes et des entrées par des personnages de romans, des villes, des cinéastes... Comme un exercice de style alors ? Oui, j'adore les exercices formels et je me suis pliée avec plaisir aux contraintes du dictionnaire amoureux de l'éditeur : écrire à la première personne, abandonner l'approche conceptuelle propre aux dictionnaires scientifiques (chose que j'ai réalisée auparavant avec Michel Plon). C'est une sor

Continuer à lire

Éric Rondepierre, l'archiviste de soi-même

Art Contemporain | L'artiste Éric Rondepierre, connu pour ses détournements d'images, présente à Lyon une singulière exposition dont l'objet n'est autre que lui-même et son adolescence tragique.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mars 2017

Éric Rondepierre, l'archiviste de soi-même

Partons d'un axiome imaginaire : toute surface rectangle est un espace d'apparition ou de disparition, toute surface rectangle est aussi un espace de pensée... Et c'est à partir d'un certain nombre de rectangles qu'Éric Rondepierre retrace au Bleu du Ciel une partie de son autobiographie, celle de son adolescence. Un premier rectangle de papier du Tribunal pour enfants de la Seine, datant de 1963, bouleverse sa vie en l'arrachant à sa mère et en le plaçant en institution. La vie y est dure, isolée, rythmée de marches forcées et de quelques voyages scolaires... Le dimanche, l'adolescent découvre un nouvel espace : celui des écrans de cinéma, expérience qui, beaucoup plus tard (dans les années 1990), donnera l'idée à Rondepierre de fouiller les archives cinématographiques pour en extraire des photogrammes incongrus, corrodés par le temps, brûlés, et les tirer en grand format. Son œuvre artistique s'ouvre alors sur ce geste : montrer ce qui ne se voit pas, dévoiler l'insu et l'invisible...

Continuer à lire

Nous sommes des rigolos

Ramdam | En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Nous sommes des rigolos

En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de musiciens, sept danseurs assis et vêtus de costumes idoines entonnaient des partitions ininterrompues de blagues pourries, de mots d'humour stéréotypé, entrecoupés de grands éclats de rire... À proximité, dans l'obscurité et la plus grande indifférence, des mannequins de spectateurs à l'échelle 1 s'effondraient à intervalles réguliers. Dix ans plus tard, la chorégraphe reprend cette pièce en se concentrant sur le dispositif des danseurs et en le plaçant face au public, tel un oratorio représentant une soirée entre amis, un repas trop arrosé, un lâchage dans l'intimité de l'entre-nous... Et par là, Maguy Marin fait entendre dans les mots, comme dans la prosodie et le souffle des voix, dans les corps convulsés et secoués de rires, ce que Michel Foucault a appelé : « l'ordre du discours ». Soit tout cet impensé (cette pensée « toute faite

Continuer à lire

La rentrée lyonnaise des sciences humaines

À paraître du côté des Sciences Humaines | En novembre prochain, aurait dû avoir lieu la 5e édition du festival Mode d'emploi. On regrette d'autant plus la disparition de cette manifestation qu'elle touchait un champ rare dans le secteur des festivals culturels : celui des sciences humaines ! Pour faire un peu de résistance, nous vous présentons ici quelques publications à venir.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 septembre 2016

La rentrée lyonnaise des sciences humaines

#Anthropologie Malgré la disparition de Mode d'emploi, les Presses Universitaires de Lyon poursuivent leurs publications de certains grands entretiens issus du festival. La prochaine parution s'annonce passionnante avec l'un des grands anthropologues français, Maurice Godelier (né en 1934). L'auteur des Métamorphoses de la parenté ou de L’Énigme du don revient sur son passé, ses outils théoriques, et les effets possibles de ses conceptions sur les débats socio-politiques d'aujourd'hui. Maurice Godelier, La pratique de l'anthropologie (PUL / Collection Grands débats : mode d'emploi). Parution en novembre 2016. #Philosophie Philosophe italien enseignant à l'Université Lyon 3, Mauro Carbone est un spécialiste de l'esthétique et de l'image (Proust et les idées sensibles, La chair des images : Merleau-Ponty entre peinture et cinéma...). Il dirige u

Continuer à lire

Freud par Elisabeth Roudinesco, ou l'aube d'une idole

CONNAITRE | On a beaucoup écrit sur ou autour de la vie de Sigmund Freud, mais aucune biographie complète n'avait été publiée en français depuis celle de Peter Gay en 1991. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 septembre 2014

Freud par Elisabeth Roudinesco, ou l'aube d'une idole

On a beaucoup écrit sur ou autour de la vie de Sigmund Freud, mais aucune biographie complète n'avait été publiée en français depuis celle de Peter Gay en 1991. L'historienne et psychanalyste Elisabeth Roudinesco a eu la chance, pour son projet, de pouvoir exploiter des archives et des documents inédits. Son Sigmund Freud, dans son temps et dans le nôtre (Editions du Seuil) replonge la vie et l’œuvre de Freud dans son contexte historique (la crise économique, la Grande Guerre, la montée du nazisme) et se lit (presque) comme un roman. On y apprend un tas de choses inutiles (la passion de Freud pour les chiens ou l'occultisme par exemple), bien des faits nouveaux sur ses différents patients, et le profane pourra encore y picorer quelques éléments faciles d'accès sur les grands concepts freudiens. Le livre n'a par ailleurs rien d'une hagiographie et aborde de front les paradoxes et les ambiguïtés de Freud (un homme accroc un temps à la cocaïne et à certains préjugés de son époque...) et se pose aussi comme un démenti à nombre d'attaques virulentes (dont la bouillie pseudo-biographique de Michel Onfray). L'aute

Continuer à lire

Lacan, 30 ans plus tard

CONNAITRE | Contrariée par un gouvernement qui voudrait contrôler sa pratique, mise à la corbeille par les influentes neurosciences ou les nouvelles psychothérapies (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 15 septembre 2011

Lacan, 30 ans plus tard

Contrariée par un gouvernement qui voudrait contrôler sa pratique, mise à la corbeille par les influentes neurosciences ou les nouvelles psychothérapies comportementales qui la trouvent inefficace, attaquée en dessous de la ceinture par le philosophe Michel Onfray qui fait de Freud une sorte de cocaïnomane frustré et réactionnaire, la psychanalyse traverse une période pour le moins difficile, loin de sa prééminence théorique et institutionnelle dans les années 1970-80. Sans oublier qu’elle est elle-même souvent son meilleur ennemi avec ses guéguerres intestines et ses subdivisions ésotériques… En 1981 mourait Jacques Lacan, dernier grand théoricien en date ayant renouvelé et revivifié la pensée psychanalytique à l’aide de la linguistique, de la philosophie et de la topologie. L’incontournable historienne Elisabeth Roudinesco retrace de manière condensée cette aventure intellectuelle dans son livre Lacan, envers et contre tout (synthèse actualisée de sa biographie de Lacan, avec ici et là quelques copiés-collés flemmards). Le linguiste et philosophe Jean-Claude Milner revient quant à lui sur l’ensemble de son œuvre hétéroclite, très influencée par Lacan, dans un passionnant livre d’

Continuer à lire

La question reste entière

CONNAITRE | Rencontre / L’historienne Elisabeth Roudinesco est l’invitée de la Villa Gillet pour une rencontre qui s’annonce passionnante autour de son dernier ouvrage, Retour sur la question juive. Un livre à mettre entre toutes les mains… Yann Nicol

Aurélien Martinez | Lundi 30 novembre 2009

La question reste entière

En 1946, au lendemain d’une guerre qui aura vu l’extermination de plus de cinq millions de Juifs par les nazis, Jean-Paul Sartre publiait un ouvrage, intitulé ‘Réflexions sur la question juive’, dans lequel le philosophe tentait une définition de l’antisémite et du démocrate, en faisant du regard d’autrui l’origine principale d’une « identité juive » : «C’est l’antisémite qui fait le Juif», écrivait-il notamment dans un livre qui reste une référence malgré les nombreuses polémiques qu’il a soulevées. Plus de soixante après, la «question» est loin d’être réglée : l’antisémitisme est toujours présent, rampant même, et symbolisé par le tragique cercle vicieux que représente le conflit israélo-palestinien. L’historienne et psychanalyste Elisabeth Roudinesco (qui vient d’entrer dans l’histoire des idées avec la publication de son vivant, dans la pochothèque, de son ‘Histoire de la psychanalyse en France’) étudie cette question avec un livre dont le titre fait bien sûr écho à celui de Jean-Paul Sartre : Retour sur la question juive. Dans l’esprit des LumièresEn bonne historienne, Elisabeth Roudinesco revient d’abord sur les origines du mal, en insistant sur la distinction à f

Continuer à lire

En vérité…

CONNAITRE | Livre / Depuis quelques années, les cours donnés par Michel Foucault au Collège de France au début des années 80 sont édités par Gallimard. Poursuivant devant ses (...)

Christophe Chabert | Vendredi 3 juillet 2009

En vérité…

Livre / Depuis quelques années, les cours donnés par Michel Foucault au Collège de France au début des années 80 sont édités par Gallimard. Poursuivant devant ses étudiants le travail qu’il menait dans ses ouvrages, Foucault part de la question de la sexualité, qui devait donner lieu à une Histoire en six volumes, puis en réoriente la problématique en cours de route. À la généalogie du discours sur le sexe et ses interdits, il finit par préférer une réflexion plus vaste qui le ramène aux penseurs de la Grèce antique, et le conduit à interroger la notion de «sujet», loin de sa représentation moderne telle que les discours de Descartes, Kant et Hegel l’ont figée. Foucault reste jusqu’au bout fidèle à ses idées plus anciennes ; s’il s’intéresse à la «vérité», ce n’est pas pour viser l’idéal platonicien des «idées», aussi immuables qu’inaccessibles. C’est bien la vérité de soi qu’il cherche à dire, vérité plus proche mais finalement plus complexe à exprimer (au sens strict du terme : sortir de soi). D’où le titre de ce dernier cours — Foucault, déjà très affaibli par le Sida qui allait l’emporter quelques semaines plus tard, sait qu’il restera sans doute sans suite : Le Courage de la v

Continuer à lire

Foucault aujourd'hui

ARTS | L'exposition Archives de l'infamie s'empare d'un texte de Michel Foucault pour décrypter l'infamie d'hier et d'aujourd'hui, ces vies de peu, rejetées dans l'ombre de la société et révélées à travers les traces d'archives administratives, judiciaires, médicales... Jean-Emmanuel Denave

Dorotée Aznar | Vendredi 3 juillet 2009

Foucault aujourd'hui

En 1977, deux ans après Surveiller et punir, le philosophe Michel Foucault publie La Vie des hommes infâmes. Ce texte, concis et superbe, devait constituer la préface d'un livre à venir (projet finalement abandonné) rassemblant, à partir d'archives de l'enferment aux XVIIe-XVIIIe siècles, les histoires de ces «hommes infâmes» qui ont eu maille à partir avec le(s) pouvoir(s) de l'époque. Histoires de «soldats déserteurs», de «marchandes à la toilette», de «moines vagabonds» soudainement arrachés à la grisaille de l'anonymat pour se retrouver sous les «projecteurs» ou, plus exactement, entre les mots du pouvoir. Tel Jean Antoine Touzard, enfermé au château de Bicêtre le 21 avril 1701, et dont la notice indique : «Récollet apostat, séditieux, capable des plus grands crimes. Sodomite, athée si l'on peut l'être ; c'est un véritable monstre d'abomination qu'il y aurait moins d'inconvénient d'étouffer que de laisser libre». ! À partir du XVIIe-XVIIIe siècle, d'après Foucault, le pouvoir commence à s'infiltrer au cœur de la vie quotidienne, à surveiller et à punir les gestes les plus infimes, les petites déviances, et non plus seulement les grands crimes et transgressions. Ce

Continuer à lire

Freud bouge encore

CONNAITRE | Connaître / Professeur à la prestigieuse New School for Social Research de New York, Eli Zaretsky est un intellectuel singulier. Spécialiste d’histoire de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 22 février 2009

Freud bouge encore

Connaître / Professeur à la prestigieuse New School for Social Research de New York, Eli Zaretsky est un intellectuel singulier. Spécialiste d’histoire de la psychanalyse aux États-Unis, il ne s’est pour autant jamais allongé sur un divan et puise ses outils théoriques aussi bien dans l’œuvre de Freud que dans celle d’André Gorz, de Max Weber ou de Jacques Derrida. Ce militant de la Nouvelle Gauche américaine, féministe et défenseur de l’émancipation des minorités ethniques ou sexuelles, a publié en 2004 un ouvrage fleuve et passionnant, Secrets of the soul, qui vient d’être traduit chez Albin Michel sous le titre Le Siècle de Freud. Le livre porte un regard étonnamment neuf et transversal sur le(s) parcours de Freud et de ses disciples (anglo-saxons notamment) en inscrivant la psychanalyse dans le champ plus large de l’histoire des idées, de l’évolution socioculturelle du XXe siècle et des mutations du capitalisme en particulier. Parmi les hypothèses osées défendues par l’auteur, on découvre celles-ci : le freudisme serait le deuxième grand moment d’introspection après le calvinisme au XVIe siècle, pourrait aussi être rapproché du fordisme, libérant le «moi» pour mieux l’ouvrir à

Continuer à lire