Ramadan Bozhlani : « je suis un poète sans papier »

Poésie | Dan Bozhlani, poète et écrivain publié en Albanie, a trouvé refuge à Lyon, mais n'a toujours pas de papiers. Demandeur d'asile en sursis, il continue d'écrire sans répit. Pour être vivant.

Sébastien Broquet | Lundi 11 juin 2018

Photo : © Anne Bouillot


Une force éclatante qui s'empare de la pièce, un regard clair et perçant posé sur vous et le ton décidé d'un homme qui sait ce qu'il veut, malgré tout : Ramadan Bozhlani dégage une présence peu commune, planqué sous sa casquette qui ne le quitte jamais ; « je la garde pour la photo, les gens ne me connaissent qu'avec ma casquette ».

De son passé, on ne saura que peu, sinon que le jeune homme est né à Vushtrri, au Kosovo, pays qu'il a quitté suite à la guerre. Dan, comme on l'appelle, préfère parler d'avenir, qu'il imagine fertile pour mieux oublier le présent, accaparé par les turpitudes de l'administration française qui lui a refusé par deux fois l'asile, c'était à Bourg-en-Bresse où il est arrivé en septembre 2012.

À chaque fois, j'ai été déçu : réponse négative. Je vais déposer un nouveau dossier, cette fois à Lyon, en juillet. Je pense qu'ici ils peuvent accepter un poète. Lyon est un épicentre de culture et je suis dans cette ville depuis deux ans.

Lyon est devenue « ma ville de cœur et la France, ma seconde patrie. Les gens me demandent parfois pourquoi j'aime autant un pays qui ne me donne pas de papiers. Ce n'est pas grave ! Même si on m'expulsait, j'aimerais la France : c'est le pays de Victor Hugo, de Jean-Jacques Rousseau, de Camus… Cette nation ne peut pas être, sans écrivains ni poètes. La France a toujours accueilli beaucoup d'écrivains, j'espère que ce sera mon cas. Ismaïl Kadaré, un écrivain albanais, a eu l'asile politique ici en octobre 1990. » Un exemple qui lui donne espoir, lui qui a publié en Albanie son premier roman, écrit en 2016 dans les bibliothèques de Lyon, où il trouve le calme dont il a tant besoin : Le Cri de Conscience. Une fiction pleine d'amour pour le Kosovo, « un peuple magnifique ». Il rêve de le faire paraître ici, a déjà fait traduire quelques pages, mais ça coûte cher, très cher, et les éditeurs voudraient pourtant en lire plus...

Et il y a la poésie, que Dan parfois publie dans les revues comme celle de Singa. Ou dans un recueil, Devant la tempête, paru au Kosovo, c'était en 2011. « J'essaie d'écrire simple pour dire de grandes choses, je n'aime pas compliquer mes poèmes, pour qu'ils puissent toucher tout le monde ». Sans cesse, il est ramené à la dure réalité du quotidien :

sans chambre pour écrire, je ne peux pas travailler. J'essaye, pour être en vie. Mais je vis comme un fantôme. Si un Français était à ma place, il deviendrait client pour psychologue : pas de travail, pas de logement. »

À Lyon, au moins, Dan a rencontré beaucoup d'amis et s'investit énormément dans la vie associative, œuvrant pour les Restaurants du Cœur, pour Singa : « je fais beaucoup de choses dans les domaines littéraires, écologiques. Bénévolement. Je suis venu pour continuer mon parcours et être au calme. Mais moralement, physiquement, je suis épuisé. Le mot "attendre" me fait un effet terrible : quand j'entends ce mot… ça fait cinq ans que j'attends ! »

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Studio Hirundo : le monde en "Faces"

Sono Mondiale | Le vendredi 12 mars a paru "Faces" de Studio Hirundo, un album 6 titres disponible sur Soundcloud, Bandcamp et YouTube, réunissant une poignée d'individualités en exil. Un projet porté par un quatuor d'étudiants de Lyon 2 avec le soutien de l'association Singa et du Jack Jack. Une belle initiative qui a su se muer en projet artistique à la découverte à la découverte de voix fortes.

Stéphane Duchêne | Lundi 15 mars 2021

Studio Hirundo : le monde en

Au commencement est un projet académique dans le cadre du Master développement de projets artistiques et culturels internationaux à Lyon 2. Quatre étudiants tous musiciens et désireux de faire leur trou dans ce milieu autant qu'intéressés par les liens qu'entretiennent le social et l'artistique projettent une idée un peu folle : créer et enregistrer en cinq mois, à partir d'octobre 2020, un album multiculturel qui puisse être un vecteur d'expression et de visibilisation des personnes exilées, musiciens ou pas. Les quatre se rapprochent alors de l'association Singa, « association et mouvement citoyen qui propose des espaces de rencontres et d'échanges avec des personnes nouvellement arrivées et des membres de la société d'accueil », nous détaille Leïla, l'une des quatre étudiantes à la racine du projet. Rapidement, ils deviennent porteurs de projets pour Singa dans l'idée « de se regrouper autour de la musique et des textes et de montrer notre diversité. » L'association se fait notamment le relais de l'appel à candidature qui voit affluer les participants. Parmi eux, Camara qui

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Margot Chevignard : « Notre bénéficiaire, c’est la société »

Initiatives | L'association Singa, dont une émanation est active à Lyon depuis 2015, n'œuvre pas pour les réfugiés. Elle agit avec. Et c'est toute la différence, cette inclusion, permettant à chacun d'apprendre à connaître l'Autre, de découvrir comment construire ensemble en combinant les compétences. Précieux.

Sébastien Broquet | Lundi 11 juin 2018

Margot Chevignard : « Notre bénéficiaire, c’est la société »

Singa ? Margot Chevignard : C’est une association née en 2012, à Paris, fondée par trois amis, Nathanaël Molle, Guillaume Capelle et Alice Barbe. Leur constat : les personnes réfugiées ont énormément de barrières bloquant leur intégration socio-économique dans leur société d’accueil. Pourquoi ? La plupart des Français qu’ils connaissaient sont payés pour les accompagner. Bizarrement, ils vivent en France, mais c’est difficile pour eux de rencontrer la société qui les accueille. En parallèle, il y a une image très négative des personnes réfugiées, les médias confondent les termes, on parle de vague, de flux… Alors que les réfugiés sont des personnes, avec des compétences, des expériences. Des envies. Toute cette partie est souvent éludée. Ils se sont dit : comment faire pour permettre une meilleure intégration ? L’idée : la rencontre. Les deux entendent beaucoup parler l’un de l’autre, mais ne se connaissent pas. Donc, créer des espaces pour permettre les rencontres et permettre aux personnes réfugiées une meilleure compréhension de la société dans laquelle ils vivent. Et offrir un autre regard aux accueillants. C’est de là que Singa est né. À Ly

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Nasruddin Gladeema : « l’art est toujours sans frontières »

Documentaire | À 38 ans, Nasruddin Gladeema s’apprête à présenter le premier documentaire issu de sa société Nuvoscale Productions. Accompagné par Singa, il travaille à la Cordée Valmy (Lyon 9e) où ses co-workers l’appellent du diminutif Glad — heureux. Heureux, il l’est aujourd’hui.

Vincent Raymond | Lundi 11 juin 2018

Nasruddin Gladeema : « l’art est toujours sans frontières »

À quel moment avez-vous choisi de vous exprimer dans le champ artistique ? Nasruddin Gladeema : Officiellement, je suis un artiste depuis l’an dernier, 2017, quand j’ai créé Nuvoscale Productions, une entreprise spécialisée dans le domaine de la production audiovisuelle. Je la présente toujours comme une plateforme d’échanges créatifs entre des artistes “accueillants“ et d’autres qui arrivent et dont la situation administrative ou le statut varie entre réfugiés et migrants. Mais en fait, dès mon arrivée en France en 2011, alors que j’étais demandeur d’asile, j’ai cherché un chemin artistique pour me stabiliser. À quel endroit viviez-vous ? J’ai commencé ma vie en France à Grenoble — une ville incroyable pour moi, car entourée de montagnes. Je n’en avais jamais vues de pareilles puisque je suis né et ai grandi à Khartoum (Soudan) ; il n’y a pas de montagnes là-bas. Cet espace blanc en face de moi a donc été un premier grand changement. Et d’une certaine manière, mon premier projet artistique après mon arrivée à Grenoble a été de trouver un sens à ma présence en France.

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Paroles de réfugiés

Conférence | Des réfugiés racontent leur parcours créatif.

Lisa Dumoulin | Samedi 24 juin 2017

Paroles de réfugiés

Une soirée pour découvrir le parcours de huit personnes réfugiées mais avant tout pleines de projets. Rwandais, syriens, bangladais, français, gabonais, et afghan, ils ont décidé de monter leur association, leur entreprise, de reprendre leurs études... Sur le format d'une conférence TED, ils présenteront leurs parcours atypiques. L'humoriste Karim Duval animera la soirée.

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