Anne-Sarah K : L'Amie prodigieuse

CONNAITRE | Avocat et écrivain, Mathieu Simonet poursuit avec Anne-Sarah K. une œuvre biographique qui emprunte des détours. Cette fois à travers le roman de son amitié de toujours avec la juriste et « avocate du handicap » Anne-Sarah Kertudo dont il dresse au passage un beau et simple portrait.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 mars 2019

Ce que Mathieu Simonet aime avant tout dans l'acte littéraire c'est écrire à travers les autres. C'est sa façon à lui de se raconter et d'investir la littérature. Ainsi l'avocat a-t-il consacré un livre à sa mère (La Maternité), un autre à son père (Barbe-Rose), mais aussi confié ses carnets intimes à d'autres pour cette drôle d'expérience littéraire que fut son premier roman Les Carnets Blancs, ou, au cours d'une résidence à l'AP-HP de Paris, fait écrire plus de 1000 patients sur leur adolescence.

Cette fois et, a-t-on envie de dire, enfin, Mathieu Simonet empoigne son sujet préféré : Anne-Sarah Kertudo. Dans Anne-Sarah K., qui reprend le titre du documentaire déjà consacré à la jeune femme en 2017, l'auteur dresse son portrait autant que celui de son amitié avec cette fille « aux yeux papillon », rencontrée à l'adolescence et devenue son âme sœur, « une excroissance féminine de [s]a personnalité » qui ne cessera jamais de le fasciner.

Une fille doublement pas comme les autres car Anne-Sarah est pratiquement sourde et perd la vue : « sa vue restait un mystère. (…) Elle voyait. Mais en même temps, elle ne voyait pas. C'était exactement comme avec ses oreilles. Elle entendait. Mais en même temps elle n'entendait pas. » Telle est l'énigme Anne-Sarah, « la fille que les gens regardent ».

Frontières

La jeune femme refuse de se considérer comme handicapée mais, juriste de formation, ouvrira la première permanence juridique en langue des signes. Comme elle imposera à la justice civile des interprètes pour les sourds.

Mais pour Mathieu Simonet, cette force de la nature, cet élan de vie ardente, « incroyablement belle, incroyablement gaie », qui ose absolument tout, est bien plus que cela : elle est ce double qui l'aidera, on le comprend au fil du livre, construit sur le mode du fragment, à se fonder lui-même, dans la différence de son homosexualité.

Avec ce texte-hommage qui dit aussi beaucoup de l'auteur, de ses amours, de ses parents encore, sous une autre focale, de son rapport obsessionnel à l'écriture, Mathieu Simonet brouille bien des frontières : celle des rapports amoureux justement – son histoire avec Anne-Sarah est au fond une histoire d'amour, celle des genres, mais aussi et surtout celle qui sépare normalité et anormalité, validité, à tous les sens du terme – lire le passage hilarant du ticket de métro « miraculeux » – et handicap.

La frontière enfin qui sépare le récit biographique et le carnet de souvenirs du roman. Car certaines vies en sont parfois. Et celle d'Anne Sarah K. en est un, assurément.

Mathieu Simonet et Anne-Sarah Kertudo

Au Grand Amphithéâtre de Lyon 2 dans le cadre des Rencontres autour du handicap.

Projection du documentaire Anne-Sarah K. suivie d'un débat autour du film et du livre.

Jeudi 28 mars

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