Verdier fête ses 40 ans à la Villa Gillet

Stéphane Duchêne | Mardi 9 avril 2019

Photo : © Marie Monteiro


Les amateurs de littérature identifient à cent mètres de distance les couvertures jaune orange des éditions Verdier, label de qualité qui abrite en son sein des auteurs aussi indispensables que, pour ne citer qu'eux, le Lyonnais Emmanuel Venet, souvent évoqué ici, l'historienne de la littérature et essayiste Marielle Macé (dont il faut lire Sidérer-Considérer et le récent Nos Cabanes), l'Autrichien Josef Winkler, le linguiste et philosophe Jean-Claude Milner et bien sûr les deux Pierre – on oserait presque dire "angulaires" – de la maison : Michon et Bergounioux, deux des plus importants écrivains français contemporains.

Pour fêter les quarante ans de Verdier, qui publie à l'occasion 40 ans d'édition : Une chronologie, 1979-2019, la Villa Gillet propose deux soirées les mercredi 10 et jeudi 11 avril. La première en présence de Jean-Claude Milner intitulée Ne pas laisser la langue dans l'état où on l'a trouvée, la seconde, pour un dialogue d'écrivains sur le thème Le travail des mots avec Michel Jullien et Pierre Bergounioux. Deux soirées à marquer d'une pierre bien jaune dans le calendrier des amoureux de Belles Lettres et de la pensée.

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Le Triomphe de Raskine

SCENES | Constamment jubilatoire, drôle, tendu et vif, "Le Triomphe de l'amour" signe les retrouvailles de Michel Raskine avec la si brillante écriture de Marivaux. Une très grande mise en scène, comme il en a déjà tant derrière lui. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2014

Le Triomphe de Raskine

Sartre, Manfred Karge, Duras, Dea Loher, Marie Dilasser, Strindberg, Lagarce, Bernhard, Pinget, Shakespeare, Marivaux… Le moins que l’on puisse dire est que Michel Raskine, depuis ses débuts de metteur en scène en 1984 avec l’inoubliable et maintes fois repris Max Gericke, s’est confronté à des registres tellement différents qu’il parait compliqué d’y déceler un fil rouge. Toutefois, si on se doute bien qu’il ne s’acharne pas à établir une continuité dans son travail, il n’en demeure pas moins que dès les premières minutes du Triomphe de l’amour, nous nous sentons autant chez lui que chez Marivaux par un savant décalage : les personnages sont costumés mais se trimballent avec un sac plastique Lidl ; le décor est massif, juste mélange de références antiques et modernistes, mais à jardin trône une table en formica avec bières, cagettes et vieille téloche qui sera le lieu de détente de l’un des comédiens à l’entracte. Chez Raskine, le spectacle ne s’arrête jamais vraiment, la vie et la comédie se mélangent, le factice et le réel ne font qu’un. Il en était notamment ainsi en 2009 avec Le Jeu de l’amour et du hasard, qu'il laissait en suspen

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Trois voix incontournables

CONNAITRE | Parmi les 80 invités des Assises internationales du roman, l’écrivain Peter Nadas, le cinéaste Frederick Wiseman et le linguiste Jean-Claude Milner seront sans doute, au regard de leurs œuvres «décapantes», parmi les plus passionnants à entendre. Trois exemples représentatifs aussi de l’ouverture des Assises à différentes disciplines et formes d’écriture. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 24 mai 2012

Trois voix incontournables

«En même temps, il eut comme l’impression de percevoir je ne sais quelles autres voix dans ce grand espace sombre sans issue. Les voix affleuraient, se frayaient un chemin entre les accords et les sons qu’égrenait la musique. Jamais auparavant il n’avait observé à quel point les histoires, les pensées et les sentiments les plus divers ou les plus singuliers s’entrecroisent et se déroulent à vrai dire en parallèle, concomitants les uns aux autres», lit-on sous la plume du Hongrois Péter Nadas. Ses Histoires parallèles, livre somme (1100 pages, 18 ans d’écriture) et à tous points de vue «énorme», tissent elles-aussi, au-dessus des abysses du sens et du monde (de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, à travers l’Europe), des récits, des sensations, des affects, des pensées et des paroles de multiples personnages. Des odeurs du prépuce d’Agost, traducteur pour une agence d’Etat dans la Hongrie des années 1960, à l’assassinat d’un soldat allemand pendant la guerre, d’une scène hilarante où, dans une boutique, un jeune étudiant berlinois en 1989 se prend d’intérêt pour les strings, à un huis clos dans un taxi où une femme et sa belle-fille se découvrent des attiran

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Lacan, 30 ans plus tard

CONNAITRE | Contrariée par un gouvernement qui voudrait contrôler sa pratique, mise à la corbeille par les influentes neurosciences ou les nouvelles psychothérapies (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 15 septembre 2011

Lacan, 30 ans plus tard

Contrariée par un gouvernement qui voudrait contrôler sa pratique, mise à la corbeille par les influentes neurosciences ou les nouvelles psychothérapies comportementales qui la trouvent inefficace, attaquée en dessous de la ceinture par le philosophe Michel Onfray qui fait de Freud une sorte de cocaïnomane frustré et réactionnaire, la psychanalyse traverse une période pour le moins difficile, loin de sa prééminence théorique et institutionnelle dans les années 1970-80. Sans oublier qu’elle est elle-même souvent son meilleur ennemi avec ses guéguerres intestines et ses subdivisions ésotériques… En 1981 mourait Jacques Lacan, dernier grand théoricien en date ayant renouvelé et revivifié la pensée psychanalytique à l’aide de la linguistique, de la philosophie et de la topologie. L’incontournable historienne Elisabeth Roudinesco retrace de manière condensée cette aventure intellectuelle dans son livre Lacan, envers et contre tout (synthèse actualisée de sa biographie de Lacan, avec ici et là quelques copiés-collés flemmards). Le linguiste et philosophe Jean-Claude Milner revient quant à lui sur l’ensemble de son œuvre hétéroclite, très influencée par Lacan, dans un passionnant livre d’

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