Eva Offredo : un Japon graphique pour petits et grands

Kids | Voyage en circuit court au lointain. C'est que propose la maison d’édition lyonnaise Maison Georges avec ce merveilleux ouvrage d'Eva Offredo pour enfants, pour tout savoir du Japon via les femmes qui font ce pays.

Nadja Pobel | Mardi 16 février 2021

Photo : © Maison Georges


Higasa est ensableuse, Kodomo artiste chingogu, Chawan restauratrice kintsugi. Le vocabulaire n'est pas un verrou mais un délicat mystère qui se résout au fil des pages et des dessins d'Eva Offredo dans Yahho Japon (Yahho étant le « salut que s'adressent les petites filles japonaises »).

À travers le portrait de huit femmes se révèle un Japon à la fois ancestral et archi contemporain, pratique et plus contemplatif. À hauteur d'enfants (dès 7 ans), l'autrice et illustratrice n'oublie pas de glisser quelques fondamentaux d'aujourd'hui, sans en faire des slogans : l'écriture inclusive qui ne concerne que quelques mots ici, une attention particulière à un personnage qui préfère moquer plutôt que déifier la surconsommation — en faisant des œuvres muséales d'une capuche à hublots ou d'un refroidisseur de nouilles.

Chaque récit — une couleur monochrome attribuée à chacun d'eux — se décline en dix planches qui frayent parfois avec les poupées russes tant l'une entraîne l'autre. Ainsi, en marron, via Tsuyu, meunière et maîtresse soba, il est question de la culture du sarrasin, d'un lieu (les hauts-plateaux au-dessus de Nagano), de saisons (il y en a 24 au Japon !), de savoir-faire (rouler la pâte de soba), de fêtes, de repas, de cigale et de ver de terre.

Plus surprenante encore, en vert, Uchimizu — bryologue — nous mène de l'analyse des mousses (son métier) au bruit de la bouilloire, des champignons à la recette du tamagoyaki puis aux haïkus. Truffé de mots japonais, souvent expliqués par une note de bas de page, Yahoo Japon nous rappelle qu'un pays c'est aussi une langue, des sons que parfois on connait déjà et bien d'autres qui ici résonnent avec douceur auprès de l'artificière ou de la peintre de cerfs-volants géants.

Kanji et pictogrammes

Dans des cases rectangulaires, apparaissent un appartement, la densité de Tokyo (mégapole la plus peuplée du monde) avec ses appartements minuscules et ses gratte-ciels mais aussi l'importance de la forêt (qui revêt 70% de la superficie de l'archipel) et ces bans de sable figurés par une nuées de points d'où émergent des châteaux d'enfants, une forteresse rêvée et l'ensablement que pratique Higasa. La simplicité et la justesse du dessin sont maximales pour évoquer cette pratique nippone qui amène des patients à se glisser nus dans un yukata (léger kimono en coton) et à se coucher dans un trou de sable. « L'ensableuse recouvre à la pelle les corps de sable chauffés par des eaux souterraines, elles-mêmes réchauffées par les volcans voisins, jusqu'à 50° », cela faciliterait la digestion et soulagerait les maux de dos.

Avec une parfaite clarté et une véritable douceur envers ses personnages, Eva Offredo, formée au design graphique à l'Ensaama à Paris puis en illustration à l'EnsAD, s'inscrit dans la lignée de la Maison Georges (7-12 ans), ce magazine lyonnais ingénieux, intelligent (et si beau !) pour enfants qui fête ses dix années d'existence et édite (en Isère) cet ouvrage ainsi que la revue Graou pour les 3-7 ans.

Eva Offredo, Yahoo Japon (éd. Maison Georges, 18€)
Sortie le 5 mars 2021

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Ces Japonais qui ruent dans les marmites lyonnaises

Food | Depuis une dizaine d'années, des cuisiniers nippons formés à la cuisine française s'installent à Lyon et décrochent les étoiles.

Adrien Simon | Mardi 22 mai 2018

Ces Japonais qui ruent dans les marmites lyonnaises

Si l'on en croit la rumeur culinaire et la presse spécialisée, le plus épatant des nouveaux restos lyonnais, cuvée 2018, se trouve du côté de la cathédrale Saint-Jean. La Sommelière est un micro-bistrot, douze places assises, où l'on sert un unique menu dégustation, en huit parties. On parle à son propos d'une grande « maîtrise », de « grâce » aussi, et de distinctions qui ne devraient pas tarder à pleuvoir. À sa tête on trouve deux jeunes gens. L'une, côté bouteilles, s'est formée chez Antic Wine et dans un établissement gastronomique d'Indre (Saint-Valentin). L'autre a affuté ses couteaux à La Rochelle (au Japon) puis dans un double-étoilé du Beaujolais (à Saint-Amour). Ils revendiquent de pratiquer une gastronomie « française », dans une version certes « simplifiée » – il faut comprendre "sans esbrouffe", pure. Takafumi Kikuchi et Shoko Hasegawa sont pourtant arrivés en France il y a quelques années seulement, en provenance du Japon. Les Lyonnais, logiquement, ne doivent plus s'étonner de voir un chef nippon maîtriser à ce point la cuisine française (l'inverse : qu

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"Noma au Japon" : comment réinventer le meilleur restaurant du monde

ECRANS | de Maurice Dekkers (P-B, 1h33) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Couronné plusieurs années consécutives meilleure table du globe, le Noma de Copenhague se voit confier une carte blanche durant six semaines par le Mandarin Oriental de Tokyo. Pour l’équipe menée par le chef René Redzepi, le défi est de taille : il s’agit en effet de composer une carte nouvelle respectant l’esprit Noma tout en se nourrissant des particularités du terroir japonais. Une course contre la montre et pour les papilles s’engage… On ne saurait mieux expliquer le processus créatif de la haute cuisine, naissant d’une fusion de talents individuels et d’une symbiose d’inspirations sous la houlette d’un chef d’orchestre aux intuitions audacieuses. Capable de tirer le meilleur de chacun, de fuir les évidences gastronomiques et de se remettre en question sans concession, Redzepi apparaît comme un catalyseur et un liant. Sa curiosité et son perfectionnisme contagieux, respectueux de la nouveauté, des cultures, des saveurs ou de l’esthétique, rappellent la démarche de Benjamin Millepied dans l’excellent documentaire

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Hana et Alice mènent l’enquête : le renouveau de l'anime nippon

ECRANS | L’animation connaît en ce moment un regain bien loin de se limiter à l’Hexagone. En témoigne ce polar nippon à prendre en filature serrée, de même que son réalisateur — le chevronné Shunji Iwai.

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Hana et Alice mènent l’enquête : le renouveau de l'anime nippon

Inconnues pour la plupart des spectateurs occidentaux, Hana et Alice ont pourtant vu le jour sur les écrans il y a une dizaine d’années au Japon en chair, en os et en uniforme. Créées par Shunji Iwai pour agrémenter des spots à la gloire d’une barre chocolatée portionnable bien connue, ces lycéennes s’en sont (presque) affranchies en devenant en 2004 les héroïnes d’un long-métrage éponyme narrant leurs complicité ainsi que leurs aventures sentimentales. Le temps a passé, mais Iwai n’en avait pas pour autant fini avec elles. Et c’est par la voie de l’animation qu’il a choisi d’offrir un prolongement en forme de préquelle à leur exploits. À partir de cette pierre dessinée avec grand talent, le cinéaste effectue un nombre impressionnant de ricochets : il se révèle à une plus large audience en France (où curieusement, ses films n’ont jamais beaucoup été relayés) et s’affirme comme un excellent réalisateur de film d’animation, investissant le segment “réaliste”— celui de l’imaginaire étant déjà largement quadrillé par les héritiers de Takahata et Miyazaki, tels que Hosoda ou la foule des auteurs de nekketsu. Précis et sans hentaï Shunji Iwai s

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Le Cœur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) Avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Le Cœur régulier

D’un certain point de vue, Vanja d’Alcantara signe une adaptation conforme au roman d’Olivier Adam : Le Cœur régulier étant l’un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres — sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l’auteur de Je vais bien ne t’en fais pas rebat les cartes — et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d’un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché. Or, Le Cœur régulier-film ressemble à une Biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l’attente d’une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran. VR

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