Quais du Polar : noir comme le soleil

Festival | Après une semi-éclipse et une version numérique l’an passé, Quais du Polar confirme la tenue de sa 17e édition du 2 au 4 juillet prochains. En décalage par rapport à ses dates habituelles ; avec aussi une translation dans l’espace…

Vincent Raymond | Samedi 24 avril 2021

Photo : © Movistar+


« Sous le soleil exactement », promet l'équipe de Quais du Polar. Pas à côté, mais pas n'importe où non plus : contraintes sanitaires obligent, les lieux habituels doivent en effet s'adapter, quitte à accueillir moins de visiteurs simultanément pour répartir les flux. Impossible en effet pour un événement drainant ordinairement 100 000 festivaliers de concentrer l'essentiel de son public sur ses sites principaux — Palais de la Bourse, Hôtel de Ville, Chapelle de la Trinité. La Grande Librairie va donc migrer en plein air sur les berges du Rhône — à la façon des bouquinistes des quais de Saône ? — et nombre de rendez-vous ou rencontres investiront parcs (dont la Tête d'Or), terrasses et espaces de plein air, matérialisant le cas échant des partenariats inédits — parmi lesquels les Nuits de Fourvière (dans l'Odéon), ou encore Les Bateaux Lyonnais (pour des promenades en péniches).

Plus de cent (auteurs) à la Une

Une semaine après les élections régionales, le week-end sera à nouveau éminemment politique avec notamment l'Europe, la justice, l'environnement parmi les thématiques au menu. Quant à la liste des autrices et auteurs invités, elle donne le tournis : de Florence Aubenas à Arnaldur Indriðason, de Caryl Férey à Gilda Piersanti, de Paul Colize à R.J. Ellory, de Iain Levison à Jean-Christophe Rufin, en passant par Hannelore Cayre, Dominique Sylvain, Lucas Harari, ce sont plus d'une centaine de plumes et/ou d'illustratrices et d'illustrateurs qui viendront bronzer à Lyon en ce début d'été.

Comme toujours, des dizaines de bibliothèques, musées et lieux culturels associés feront vibrer de concert les nuances du polar, ainsi que les salles de cinéma. Le programme n'est pas encore définitif, mais il compte déjà quelques gemmes. Citons un hommage à Ennio Morricone à travers un concert inspiré par Le Clan des Siciliens de Verneuil signé Anthropoide au Théâtre Comédie Odéon, ou encore une soirée polars coréens au cinéma Lumière Terreaux et surtout la venue de l'un des maîtres contemporains du cinéma espagnol, Rodrigo Sorogoyen, à l'occasion de la présentation de sa série Antidisturbios — avec Roberto Álamo, qu'il avait dirigé dans Que dios nos perdone. On en a déjà des frissons…

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Vacances aux bords de la mère : "Madre" de Rodrigo Sorogoyen

Thriller | D’un court-métrage multi-primé, Rodrigo Sorogoyen fait le point de départ d’un long homonyme captivant, dérangeant et violemment psychologique. Une histoire de mère orpheline et d’une ado en rupture de famille, une histoire d’amour raccommodé…

Vincent Raymond | Mercredi 22 juillet 2020

Vacances aux bords de la mère :

Dix ans après la disparition subite de son fils sur une plage des Landes, Elena a quitté l’Espagne et sa vie ancienne pour travailler dans un restaurant sur cette maudite plage. Un jour, elle aperçoit Jean, ado dont l’âge et le physique lui évoquent son enfant. Elle le suit ; il s’en rend compte… L’exercice consistant à dilater un court-métrage en un long est souvent l’apanage des débutants pour qui le format bref constitue, aux yeux des producteurs, une promesse. Mais les deux disciplines étant ontologiquement différentes — autant que le demi-fond l’est du marathon —, l’entreprise s’avère souvent un redoutable casse-gueule. Pour y échapper, certains optent pour une simple prolongation de leur court à l’instar de Xavier Legrand (avec Avant que de tout perdre, puis Jusqu’à la garde dont on connaît le double succès) ou ici Rodrigo Sor

Continuer à lire

Carnets de campagne : "El Reino"

Policier | De Rodrigo Sorogoyen (Esp-Fr, 2h11) avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Nacho Fresneda…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Carnets de campagne :

2007. Cadre politique régional en pleine ascension nationale, Manuel est brutalement écarté à la suite de la mise au jour d’affaires de corruption au sein de son parti. Traité en fusible alors que l’exécutif entier était au courant, Manuel refuse de se laisser abattre. Au figuré comme au propre… Après le choc Que Dios Nos Perdone (2017), moite thriller virtuose combinant (entre autres) sexe, sang, brutalité et religion, Sorogoyen et son comédien Antonio de la Torre se retrouvent comme promis pour cette fiction susceptible de refléter certaines facettes de la vie politique espagnole. Une fois encore, il s’agit d’un mélange des genres : avec leurs costumes bien coupés, leurs évocations de “dividendes“ et de vacances autour d’une belle table, les protagonistes ressemblent davantage à des hommes d’affaires (ou des mafieux) qu’à des politiciens ; ils tiennent en réalité un peu des trois, se repaissant de magouilles et de collusions avec un appétit décuplé

Continuer à lire

Rodrigo Sorogoyen : « Madrid l’été, c’est génial, c’est l’enfer ! »

Que Dios Nos Perdone | Le jeune et affable Rodrigo Sorogoyen a signé avec Que Dios Nos Perdone l’un des thrillers les plus enthousiasmants de l’années. Rencontre avec un cinéaste qui compte déjà en Espagne.

Vincent Raymond | Lundi 14 août 2017

Rodrigo Sorogoyen : « Madrid l’été, c’est génial, c’est l’enfer ! »

Avez-vous eu des problèmes avec votre mère ? Rodrigo Sorogoyen : Pas jusqu'à ce que je la tue (rires) Non, je l’adore. Mais c’est vrai qu’on a une relation particulière. Elle était séparée de mon père, je suis fils unique, donc on a une relation très étroite. C'est curieux, parce qu'après ce film, j’ai fait un court-métrage qui s’appelle Madre (rires). Je devrais aller en psychanalyse (rires). Évidemment, il y a des références inconscientes et conscientes. Chaque fois qu’on parle d’un psychopathe qui l’est devenu en raison d’un traumatisme lié à sa relation avec sa mère, on pense à Psychose. Avec ma coscénariste Isabel Peña, on a essayé de ne pas copier… Elle est votre partenaire d’écriture depuis toujours… Notre premier scénario a été pour un film avec seulement deux personnages, qui a été important dans notre histoire personnelle. Isabel me donne des choses qu’on n’obtiendrait pas avec deux hommes ou deux femmes. Pas parce qu’elle est femme, mais parce que c’est elle. Y-a-t-il eu beaucoup d’évolutions entre votre scénario et le monta

Continuer à lire

C'est LE film de l'été : "Que Dios Nos Perdone" de Rodrigo Sorogoyen

Polar | Polar moite au scénario malsain, à l’interprétation nerveuse et à la réalisation précise, le troisième opus de Rodrigo Sorogoyen a tout pour devenir un classique du genre. En attendant, c’est LE grand film à voir dans les salles cet été 2017.

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

C'est LE film de l'été :

Été 2001. Alors que la canicule assomme Madrid, que les Indignés manifestent, que Benoît XIII est annoncé, des vieilles dames sont violées et massacrées par un tueur en série. Alfaro (une brute épaisse expansive) et Velarde (un cravaté introverti et bègue) sont chargés de l’enquête… On va bien vite oublier la petite déception de La Colère d’un homme patient, accident de parcours dérisoire dans la récente contribution espagnole au genre polar : ce qu’accomplit ici le jeune Rodrigo Sorogoyen pourrait en remontrer à bien des cinéastes chevronnés — au fait, comment se fait-il que ses deux précédents longs-métrages soient encore inédits en France ?! Judicieusement placée dans un contexte historique particulier lui offrant d’intéressants rebonds politiques ou religieux, son intrigue sombre et retorse est peuplée de personnages à plusieurs dimensions : il n’y a pas de simple silhouette, mais de la complexité dans le moindre caractère, de l’ambiguïté à tous les étages, y compris chez les héros. D’ailleurs, la définition de la causalité première du mal se transforme en casse-tête,

Continuer à lire