À la Librairie Descours, les passagers de la nuit signés Perrine Lamy-Quique

Littérature | Livre-enquête, cold case littéraire, récit choral, c'est dans une forme singulière que la professeure de lettres et de cinéma lyonnaise Perrine Lamy-Quique rouvre, avec Dans leur nuit, le dossier du drame de Passy. Une avalanche qui en 1970 emporta une partie d'un sanatorium haut-savoyard et une cinquantaine d'enfants. Aussi suffocant qu'édifiant.

Stéphane Duchêne | Jeudi 18 novembre 2021

Photo : © DR


Il y a des années comme ça, qui ressemblent à un calendrier de l'avent : où que l'on pioche, une catastrophe. C'était l'année, 1970, où la France perdit le 10 novembre son timonier, le grand Charles, rangé des affaires politiques un an plus tôt. Surtout, l'année où le pays sembla immoler sa jeunesse dans des catastrophes dictées par le sort.

Le 10 février, une avalanche emporte le centre UCPA de Val d'Isère et fait 39 morts. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, un incendie ravage le 5-7, une boîte de nuit iséroise – la proximité du drame avec le décès de De Gaulle inspirera la célèbre épitaphe de Charlie Hebdo « Bal tragique à Colombey : un mort ».

Avant cela, le 16 avril, un glissement de terrain emporte une partie du sanatorium du plateau d'Assy, en Haute-Savoie, où l'on soigne la tuberculose par le grand air parce que 1970 c'est déjà un autre temps. On déplore 71 morts, dont 56 enfants. C'est ce drame, partiellement tombé dans l'oubli – une stèle digne de ce nom n'y a été érigée qu'en 2019 – dont Perrine Lamy-Quique a choisi de raviver la mémoire. En convoquant le réel sans absolument aucune afféterie.

Montage

C'est sans doute un peu en documentariste que la cinéaste (La jeunesse refuse de dormir) a œuvré, choisissant non pas la forme du récit, qui se serait imposée dans pas mal d'esprits, mais l'assemblage de documents (procès-verbaux d'audition, plaintes, lettres, témoignages de survivants...) relatifs à l'événement, à l'enquête qu'elle provoqua et remontant jusqu'aux prémisses de la construction du sanatorium du Roc des Fiz dans les années 30.

Et c'est cette accumulation de paroles et d'échanges – vibrant exercice de montage plus que d'écriture, mais l'écriture, n'est-ce pas aussi l'art du montage – qui finalement tisse un récit au plus près de la catastrophe et de ses victimes, de l'amertume et de la tristesse que l'avalanche a laissé après avoir tout emporté. Qui dit aussi la lutte des familles pour désigner les responsables dans une atmosphère d'omerta générale (le directeur du lieu, Philippe Couve de Murville, frère d'un ancien Premier ministre de De Gaulle, qui n'a pas su tirer les leçons d'une première avalanche quelques jours plus tôt).

En vain : la procédure aboutira à un non-lieu qui ne fait que donner de l'écho à la douleur. Jusqu'aux générations suivantes et jusqu'à aujourd'hui : dans certaines des familles victimes on refuse de renvoyer ses enfants à la montagne. Redoutant sans doute la malédiction de cette solitude éternelle, celle des sanatoriums, ces prisons au grand air, et celle d'après le drame, dans laquelle on a plongé leurs aïeux à une époque pas si lointaine, dans une France à la fois familière et étrangère, qui est aussi le sujet du livre poignant de Perrine Lamy-Quique.

Perrine Lamy-Quique, Dans leur nuit (Seuil)
À la Librairie Descours le jeudi 18 novembre


Perrine Lamy-Quique

Pour son ouvrage "Dans leur nuit"
Librairie Descours 31 rue Auguste Comte Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 10 février 2012

Fragments d'un dialogue amoureux

À droite, les photographies noir et blanc de Perrine Lamy-Quique. À gauche, celles en couleurs de Sébastien Berlendis (à la Bibliothèque du 1er arrondissement, jusqu'au vendredi 17 février). Soit le dialogue amoureux de deux artistes ayant voyagé ensemble à travers l'Europe... Dialogue inscrit sous le titre des «limons» où l'on pourra entendre quelque terres et corps clairvoyants selon la formule du poète Jacques Dupin ; ou bien, pour s'amuser un peu, «mon lit», celui que partagent Perrine et Sébastien ou celui que ne peuvent partager Echo et Narcisse dans la fable pleine d'images d'Ovide. Car après tout, des lits nous en trouvons beaucoup : corps nus au milieu de draps défaits ou bien couches vides, voire grabat au milieu des gravats... L'absence, la disparition hantent le travail des deux photographes, comme l'esthétique de la ruine et du fragment. Flous, surexpositions, ciels prépondérants, trouées de lumière constituent la «palette» de Berlendis. Bougés, lèpres murales, ombres, grain, contrastes expressionnistes celle de Lamy-Quique. Le style de cette dernière semble tout droit sorti des œuvres de Michael Ackerman ou d'Antoine d'Agata qui

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