Jacqueline Salmon, quarante ans de photographie

Photographie | La Bibliothèque Municipale de Lyon propose une rencontre avec la photographe Jacqueline Salmon, à l’occasion de la sortie d’une monographie, Futurs antérieurs, réunissant quarante ans de travail.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 novembre 2021

Photo : Jacqueline Salmon, Miroirs de Venise, 2009


La photographie de Jacqueline Salmon qui accompagne cet article est l'image d'un reflet de vieux miroir au tain au mercure, prise à Venise. Elle fait partie d'une série datant de 2009, Miroirs de Venise, qui était une manière pour l'artiste de « représenter la ville de Venise dans toute l'épaisseur de son histoire, figée dans un rêve qui la dépasse et qui l'éternise. »

C'est sans doute aussi la série d'images la plus plasticienne de Jacqueline Salmon, celle où l'image y est la plus trouble. Pour le reste, les œuvres de Jacqueline Salmon sont aussi diverses dans leurs motifs que dénuées d'ajouts subjectifs, de marque stylistique, de transformation plastique du réel. C'est ce que l'on peut vérifier tout au long des quelque 450 pages de sa monographie, réunissant quarante ans de travaux et un texte introductif de Georges Didi-Huberman.

Éthique de la sensibilité

Née à Lyon en 1943, vivant actuellement à Paris, Jacqueline Salmon a beaucoup exposé et travaillé dans sa ville natale : pour le Musée des Confluences, à la galerie Mathieu qui la représente, à l'URDLA, et récemment à la Bibliothèque de la Part-Dieu où elle était en résidence...

Ses séries d'images passent allégrement de la danse à des lieux désaffectés, des cryptes égyptiennes, des ventres de femmes, des prisons, des portraits d'intellectuels, des racines de légumes séchées… On remarque néanmoins un intérêt fort pour l'architecture et ses liens avec l'Histoire, ainsi que pour les espaces intérieurs vides et désaffectés. Jacqueline Salmon fait toujours œuvre de simplicité et de sobriété dans les sujets qu'elle approche, son art entretissant discrétion et respect du réel photographié.

Jacqueline Salmon, Futurs antérieurs (éditions Loco)
À la Bibliothèque Municipale de la Part-Dieu le samedi 11 décembre de 15h à 18h

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De la théorisation de la perspective par Leon Battista Alberti (1404-1472) à Windows ou aux appareils photo de nos téléphones portables, il existe une ligne continue et cohérente, que l'on pourrait résumer par cette phrase fameuse d'Alberti : «Je trace d'abord sur la surface à peindre un quadrilatère de la grandeur que je veux, et qui est pour moi une fenêtre ouverte par laquelle on puisse regarder l'histoire». Cette idée de peinture ou de photographie comme fenêtre ouverte sur le monde, cette idée de "réalisme", est en fait une vision de ce monde, une certaine manière de l'appréhender selon des lois optiques et géométriques précises. Dès la Renaissance, Léonard de Vinci notait avec une belle clairvoyance critique : «La perspective est le frein et le gouvernail de la peinture». Quelques siècles plus tard, Cézanne fera de la Montagne Sainte-Victoire un «paysage avec ses déformations, ses empiétements, ses ambiguïtés, ses divergences, tel qu'on peut le voir avant de le regarder, avant que la coordination orthogonale de ses lieux soit faite» (Jean-François Lyotard). Fenêtre, miroir, éc

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