Plus que parfaite

Californienne installée à Paris, Brisa Roché est au Marché Gare cette semaine. Elle y présentera Takes, un deuxième album qui a la fraîcheur des premières fois. Stéphane Duchêne

Difficile d’oublier une première fois, surtout quand elle vire à la farce. S’il y en est une qui n’est pas près d’oublier sa première grande scène, c’est Brisa Roché.En novembre 2005, cette illustre inconnue habituée des clubs de jazz est conviée par un festival parisien à boucher un temps mort pendant le changement de plateau entre la new wave luthérienne d’Editors et le folk équitable de Devendra Banhart.
Tandis que les techniciens s’affairent derrière le rideau rouge de l’Olympia, Brisa, chevelure cactus et guitare Flying V en bandoulière, doit faire patienter un public plutôt blasé en livrant quelques chansons plantée en bord de scène. Ce qu’on appelle aller au casse-pipe.Pour détendre l’atmosphère, elle risque un speech du genre : «le rock n’roll n’est pas une chose parfaite, je voudrais donc que vous repreniez tous en chœur avec moi : «Rock n’roll pas parfait ! Rock n’roll pas parfait !».
L’assistance ne moufte pas tandis que les mouches volent en escadrilles, à peine perturbées par le genre de quintes de toux qu’on croirait inventé pour profaner les silences gênants. Sans sourciller Brisa entame les premières notes d’une chanson qu’un incident technique change en un vague «prrrffft» sans lendemain. Et le public d’entonner alors un cruel «Rock n’roll pas parfait !» soudain fort à propos.
Le genre de baptême du feu olympien dont peu se serait remis, môme Piaf comprise. Brisa, elle, s’en dépêtre avec la grâce inouïe du chat. Chat sauvage
Elle fait de même quand il s’agit de passer outre The Chase, premier album aux accents jazz sorti chez Blue Note, qui, de son propre aveu et malgré l’enthousiasme critique, ne lui ressemblait pas.
Sur Takes, Brisa casse ainsi le moule d’un destin de crooneuse molle à la Norah Jones pour se foutre à poil (dans tous les sens du terme, avis aux collectionneurs de pochettes).
De retour dans les Redwoods californiens, elle replonge dans une enfance passée dans une communauté de hippies (elle vit aujourd’hui à Saint-Germain-des-Prés, comme tout le monde).
Folk, country, pop, toute la topographie californienne des décennies 60-70 y passe sans jamais tomber dans le piège du vintage. Car Brisa a un talent évident pour l’innovation mélodique, qu’elle habille, comme elle le ferait pour elle-même, du strict minimum, et une voix protéiforme qui oscille entre la nostalgie sexy d’une déesse bluegrass et l’effronterie d’une Debbie Harry (Blondie) qui aurait mangé un couguar.
Mini-barnum passé au ralentisseur de particules country, le sommet du disque, Whistle, sera sans nul doute celui du concert. Brisa n’aura cette fois pas à convaincre le public de reprendre en chœur le sifflement morriconien qui nourrit le refrain. Et personne ne sous-entendra quoi que ce soit sur l’impossible perfection du rock n’roll.«Takes» (Discograph)

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