Retour en arrière

Danse / Les biennales de la danse passent et se ressemblent… Comme les précédentes, «Retour en avant» s’est révélé un crû sympathique et hétéroclite. Manquant néanmoins sensiblement de grandes surprises ou de pièces marquantes… Jean-Emmanuel Denave

D’un certain point de vue, la Biennale de la danse reste un événement «inattaquable» : 70 000 billets vendus, un taux de fréquentation de 88%… D’un autre point de vue, artistique, le bilan est plus mitigé. «Retour en avant» se voulait la mise en relation du passé récent de la danse avec la création actuelle. Si l’aspect rétrospectif s’est montré réjouissant, l’aspect innovant fut plus maigrichon. Egrenons d’abord quelques bonheurs… Les Petites Pièces de Berlin de Dominique Bagouet reprises par le Ballet de Lorraine nous ont rappelé l’étrangeté du vocabulaire du chorégraphe, sa liberté gestuelle et sa capacité à mêler rire, angoisse, trivialité et émotion. La recréation par Anne Collod de la performance mythique d’Anna Halprin, Parades & Changes, fut une véritable leçon d’histoire nous replongeant au cœur des problématiques des années 1960 : comment casser la machine trop bien huilée du divertissement et de la virtuosité pour y insuffler de la vie, de la chair, du risque, de l’hétérogène. Et le travail superbe d’Anne Teresa de Keersmaeker, D’un soir un jour (2006), poursuit, libre et léger, ses recherches épurées sur les résonances entre danse et musique.

Déceptions, interrogations
Côté déceptions, la liste est assez longue avec les créations ratées de Montalvo&Hervieu, de la Cie Chatah, d’Abou Lagraa, d’Annabelle Bonnéry, de Ted Stoffer, de Tero Saarinen… Mais aussi et surtout de Suzanne Linke reconstruisant son fameux solo Schritte Vervolgen au sein d’une bulle narcissique de lumière blanche et de bande son assourdissante, et d’Angelin Preljocaj qui avec Blanche Neige n’a proposé qu’une grosse production bien ficelée pour jeune public (ce qui n’a rien de scandaleux, mais encore faudrait-il prévenir les spectateurs !).
L’une des rares découvertes est venue du méconnu Pierre Rigal et de son très inventif solo Press… Et de deux grands coups d’adrénaline pure avec les spectacles à couper le souffle de Wayne McGregor et de la Cie Urbana de Dança. Last but not least, il nous faut parler du cas complexe de Maguy Marin et de Turba. Nous attendions un chef-d’œuvre, nous avons vu une œuvre forte, fragile et non exempte de défauts. Soit du théâtre musical et visuel faisant corps avec la poésie et la philosophie de Lucrèce (le mouvement et le désordre comme foyers de vie), et s’intéressant de près à sa notion de «simulacre». Suite de tableaux vivants quasi picturaux, cette pièce fait en effet circuler en tous sens la parole, les masques, les illusions, les cadrages, demandant : qui parle, d’où ça parle, qui décide, qui désigne ? Certains tableaux sont un peu ennuyeux et didactiques, d’autres d’une grande beauté et intelligence. Une création à débattre donc, et qui pourrait représenter le minimum requis pour figurer au programme d’une biennale.

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