Blog : Bâtards !

Jeudi 21 mai :

C’était la guerre aux alentours du festival pour accéder aux projections, certains inventant des pancartes plutôt marrantes pour attendrir le festivalier chanceux doté d’une invitation. La plus drôle : «Je suis un Juif solitaire, auriez-vous une invitation ?». C’était la guerre pour voir la guerre selon Tarantino, Inglourious basterds, sans doute le film le plus attendu de la compétition. Et sur l’écran, de guerre, il n’y eût pas. On a trouvé la formule passe-partout pour parler du film (et prévenir le désenchantement de certains fans) : on pensait voir un Leone, et on a eu un Lubitsch. Cette équation posée, autant vous le dire tout de suite, Inglourious basterds est un grand film, une surprise seulement annoncée dans la carrière de Tarantino par le virage à mi-parcours de Boulevard de la mort. Le film est une comédie, une vraie, mais aussi une déclaration d’amour fracassante au cinéma. C’est aussi l’œuvre la moins référentielle du cinéaste qui, à l’inverse d’un Johnnie To par exemple, remplace le fétichisme cinéphile par une approche de plus en plus théorique de son art, sans perdre de vue le fait qu’il est avant tout un créateur ludique. Une comédie sur le nazisme, donc. Qui débute par une séquence de plus de vingt minutes où un officier SS dialogue avec un paysan français autour d’une table. La scène est hallucinante, par son utilisation démentielle de la langue, des langues même (le film parle très peu anglais, mais beaucoup français et allemand, et un peu italien), et par la prestation de Christoph Waltz, génial en SS polyglotte et méticuleux (Prix d’interprétation d’office !). Surtout, elle tord déjà le programme espéré : plus que jamais, Tarantino se replie sur le verbe, et l’action ne l’intéresse pas, ou peu. Brad Pitt, en cours de film, expliquera ainsi à un soldat allemand le principe du "mexican stand up", figure qui fit la gloire du cinéaste pour la scène finale de Reservoir dogs. Le dire suffit, même pas besoin de le filmer. Il faut être très sûr de son talent pour prendre de telles libertés avec sa réputation. Mais la dernière réplique du film ne fait pas de doute : Tarantino sait non seulement où il va, mais précisément où il est. Le cœur du film est une mission conduite par une bande de mercenaires juifs particulièrement sauvages cherchant à exterminer des dignitaires nazis dans un cinéma qui projette un film de propagande nommé «La Fierté de la nation». L’opération kino sera cependant doublée par le courage sacrificiel d’une jeune Juive, qui tient le cinéma où la première a lieu. Stop ! On ne racontera pas les détails, seulement le ton de tout cela : burlesque et furieux, avec en ligne de mire l’idée magnifique qu’un film peut changer le cours du monde, en bien ou en mal. L’uchronie inventée par Tarantino évoque ainsi non pas un autre film, mais un livre, L’Arc en ciel de la gravité de Thomas Pynchon. Même période, mêmes digressions sans fin, même personnages déjantés, même volonté, derrière l’humour noir de façade, de dire la vérité du nazisme : un carnaval tragique de crétins ambitieux et obsédés.

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