Originaux et avatars

Cinéma / Une rentrée cinématographique riche en auteurs : consacrés, en voie de le devenir, de retour au premier plan ou depuis longtemps au sommet. Christophe Chabert

Mois après mois, on le répète : à rebours de la sinistrose ambiante, le cinéma se porte bien. L’été record qui s’achève en est la preuve ultime, même si ledit record est lié à une déferlante de blockbusters américains à la qualité discutable. En général, septembre transforme cet assaut quantitatif en réelle envolée qualitative ; la sortie la semaine dernière d’Un prophète, chef-d’œuvre total de Jacques Audiard, a donné le la des réjouissances à venir.

Quatre étoiles pour trois gros

Cette rentrée, c’est d’abord le débarquement en force des grands auteurs consacrés, avec des projets souvent ambitieux, parfois aux antipodes de leurs films précédents. Jim Jarmusch n’avait rien tourné depuis le beau Broken Flowers. Avec The Limits of control (le 2 décembre), il donne un prolongement à sa réflexion distanciée sur le film noir entamée dans Ghost Dog en suivant un tueur à gages (Isaach de Bankolé) sur les routes espagnoles. Le casting (Garcia Bernal, Hurt, Swinton, Murray…) est plus qu’alléchant. Si Jarmusch semble monter en puissance depuis son retour flamboyant avec Dead man tout en cultivant un territoire cinématographique très singulier, Francis Ford Coppola, après l’étrange Homme sans âge, revient définitivement aux sources artisanales d’un cinéma autobiographique et autofinancé avec Tetro (le 9 décembre). On y retrouve enfin sur un écran le trop rare Vincent Gallo. Quant à Terry Gilliam il traîne comme un boulet sa réputation de cinéaste maudit ; il a failli la voir définitivement confirmée après la mort d’Heath Ledger, qui interprétait le rôle principal de L’Imaginarium du Docteur Parnassus (le 11 novembre). Au prix d’une pichenette scénaristique et grâce au dévouement de trois acteurs classieux (Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell), le film a pu tout de même se terminer. Bonne nouvelle : c’est sans doute le meilleur du cinéaste depuis longtemps. Il s’y livre à un autoportrait mélancolique en magicien berné par un pacte inégal avec le Diable, figure transparente du costard-cravate des studios hollywoodiens.

Épicerie fine

Les fans hardcore de Southland Tales et de Donnie Darko savent que Richard Kelly est un des jeunes cinéastes américains à suivre. The Box (le 4 novembre) est certes une commande, l’adaptation d’une nouvelle de l’écrivain Richard Matheson, mais on fait confiance à ce tourmenteur de la culture geek pour se l’approprier et en faire une grande œuvre de SF parano. Déjà en orbite depuis quelques années, l’immense Wes Anderson surprend son monde en tournant un film d’animation pour enfants, Fantastic Mister Fox. Un cadeau de noël idéal (il sort le 23 décembre…) pour les grands et les petits cinéphiles. Une semaine avant, les spectateurs du monde entier auront ouvert le gros paquet surprise de fin d’année : Avatar, le nouveau James Cameron, dont la révolution autoproclamée a été calmée par les 15 minutes diffusées le 21 août dernier. Ce conte de science-fiction à la mythologie inédite arrivera-t-il à doser technologie hi-tech et enjeux dramatiques (sinon théoriques, car c’est pour l’instant la piste la plus intéressante de ce que l’on en a vu) ? Même si Caché marquait une nette reprise en main de son cinéma, rien ne laissait présager que Michael Haneke signerait avec Le Ruban blanc (le 21 octobre) son meilleur film — et sa première palme cannoise. C’est pourtant le cas, tant cette œuvre exigeante ouvre de troublants abîmes de sens dans une forme implacable et magistrale. Katrhyn Bigelow semblait s’être noyée depuis son blockbuster sous-marin avec Harrison Ford, K19. Démineurs (le 23 septembre), son dernier film, est une réussite incroyable et pourtant pas évidente, puisque la réalisatrice y utilise les codes du film d’action pour faire éprouver le quotidien des soldats américains en Irak. Cette absence de distance est ce qui, en définitive, rend le film si politique et impressionnant. Une autre grande cinéaste est en train de creuser son trou : l’Anglaise Andrea Arnold. Après le déjà remarquable Red Road, elle passe la vitesse supérieure avec l’excellent Fish Tank (le 16 septembre), récit de la dérive poético-réaliste d’une ado mal dans ses baskets. Elle a partagé à Cannes le prix du jury avec le Coréen Park Chan-Wook qui, après deux films mineurs, fait un come-back étourdissant avec une comédie gore, baroque, excessive et réjouissante, Thirst (le 30 septembre). L’année se terminera par un petit événement qui fait déjà saliver : après la réussite incontestable du premier volet, Paco Plaza et Jaume Balaguero ont donné une suite à Rec, petit miracle du fantastique espagnol. Feront-ils mieux ? Ou juste aussi bien ? On ne sait pas pourquoi, mais on le sent bien, nous, ce Rec 2

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