Le court au corps

Festival / Christophe Loizillon et son film 'Corpus / Corpus' sont les grands vainqueurs du 30e festival du film court de Villeurbanne au sein d’une compétition inégale, avec néanmoins quelques très bonnes surprises. Christophe Chabert

La double récompense (Grand prix du jury et Prix des lecteurs du Petit Bulletin) obtenue par Christophe Loizillon au 30e festival du film court de Villeurbanne est réjouissante. Elle couronne un auteur discret au parcours atypique : on l’avait découvert avec une série de courts entre fiction et documentaire, puis un premier long formidable (Le Silence de Rak, avec François Cluzet), et un second qui connut un grave échec public (Ma caméra et moi). Loizillon revient donc au format court avec Corpus / Corpus, qui interroge les rapports de l’homme à l’homme à travers une série de plans-séquences où les corps n’ont pas de visage. Une pédicure et un homme âgé, une prostituée et son client, une psy et sa patiente, un bébé et un pédiatre, un cadavre et un thanatopracteur : qu’est-ce qui passe dans ces relations ? Les fluides corporels et les sécrétions, mais aussi, hors champ, l’argent, grand fantôme de ces rapports humains. Le soir du palmarès, Loizillon annonça que ce film très fort était le premier d’un triptyque dont on pourra voir le deuxième volet samedi 28 novembre au Comœdia dans le cadre du festival Docencourts. On en reparle, donc…Pétrole contre blockbuster
L’autre vainqueur de la compétition fut l’indiscutable Logorama de François Halaux, Hervé De Crécy et Ludovic Houplain (deux prix, une mention). Un film d’animation où objets et personnages sont figurés par des logos de marques célèbres, qui réussit l’exploit de développer avec les codes du cinéma d’action américain une intrigue percutante au propos très acide : et si le blockbuster n’était qu’une vitrine de la guerre du pétrole menée par les États-Unis, dont la publicité serait le bras armé ? Pour le reste, il y eut des déceptions : une série de films d’animations venus du Chnord sans intérêt, de lourdes œuvres sociales et politiques, de gauche comme de droite (à l’exception du plaisant Phone Story), des comédies gadgets (à part Climax, où Patrick Chesnais se parodie en acteur tyrannique)… En revanche, le beau Dos à dos de Camille Bialetowski retenait l’attention par sa capacité à faire surgir de deux corps hors normes une fiction joyeuse et tendre. Enfin, reste le cas Eric Guirado. Le Début de l’hiver a plus que divisé ; et c’est une formidable nouvelle. À la fois sec et très sophistiqué, le film raconte un viol pédophile dans une voiture à la campagne, mais utilise toute la puissance du cinéma pour en faire ressentir la cruauté. On ne voit presque rien du viol lui-même, mais les plans sont chargés d’une tension insoutenable, redoublée par le bourdonnement subliminal de la musique. Ni juge, ni démissionnaire, Guirado regarde ce fait-divers en cinéaste adulte et confiant dans la puissance de sa mise en scène. Du coup, on attend son prochain long, en préparation, avec impatience…

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