Branché sur Wire

Groupement coopératif de plusieurs salles lyonnaises (Clacson, Épicerie Moderne et Sonic) autour d'une poignée d'événements rock, voici que débute l'Indie Week. Avec en guise d'entrée, un morceau de choix : Wire, monument du post-punk, raide comme la justice. Stéphane Duchêne

Après Gang of Four à Nuits Sonores, c'est au tour d'une autre figure du post-punk britannique de venir traîner ses guêtres noires du côté de Lyon : Wire. Une procession qui symbolise sans doute la place (re)prise par ces deux groupes dans le concert mondial. Eux-aussi, comme leurs collègues, ont été en quelque sorte ressuscités par le retour du rock. Et notamment par tous ces groupes à l'élégance froide et à la rage savante qui se réclamaient de leur saint-patronage. Une considération avec laquelle le groupe de Londres est un peu gêné aux entournures, sans doute un peu déstabilisé de retrouver quelques unes de ses recettes dans la cuisine des autres. C'est que Wire s'est bâti sur une toute autre philosophie que la revisitation postmoderne du musée du rock et des ses fantômes du passé. Quand Wire s'est mis à la musique, il ne s'agissait de copier personne, de n'adopter aucun style. Juste de faire du Wire. Même le punk auquel ils étaient censés appartenir y perdit son argot : fondé en 1976, en plein mouvement, Wire appartient pourtant à la fin de la vague punk, celle qui délaissa le grand-guignol pour achever le travail, comme une deuxième lame passée sur la désillusion, en route vers l'avant garde.

Punk dissout

Entre le premier album Pink Flag (1977) et le troisième 154, en passant par Chairs Missing (1978), l'évolution est saisissante. En deux ans, Wire a dissout le punk, l'a rongé jusqu'à l'os pour éviter qu'il ne se cannibalise dans un excès de caricature. Et c'est sans doute ce qui rend leur musique si singulière, à la fois essentialiste et sophistiquée, mélodique et martiale, addictive et bizarre. Comme cet étrange tube de 1978, I'm the fly, où la rythmique quasi militaire joue la mouche du coche au long d'une mélodie qui pénètre le cerveau par effraction. Ou encore The 15th où la voix radoucie de Colin Newman se retrouve brossée à rebours du poil par une guitare revêche. Dans la catégorie des morceaux tristes à pleurer qui font danser jusqu'au bout de la nuit, The 15th n'a sans doute qu'un concurrent de taille : le Love will tear us apart de Joy Division. À l'image des concerts de l'époque où il était de bon ton que les musiciens délivrent leur message froid comme le glaive sans le moindre mouvement, ni la moindre expression, Wire fait partie des rares groupes à n'avoir jamais dévié d'un pouce (l'album Object 47 sorti en 2008 est digne de leur héritage). Le sillon tracé, il était écrit que le groupe, en dépit de quelques (longues) interruptions, irait jusqu'au bout. Et comme pour tous les revenants, c'est un peu comme s'il n'était jamais parti.

Wire + Apse
À l'Epicerie Moderne, mardi 25 mai.

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