Chronique d'une biennale 3/4

Danse / Après un début éclatant, la Biennale déçoit et patine sur des spectacles superficiels. Avec une danse qui gesticule et parade, sans propos, enjeu, ni même recherche purement formelle... Jean-Emmanuel Denave

Alors que Catherine Diverrès, Pina Bausch et Maguy Marin ont mis en doute, renversé, fragmenté, pour ne pas dire fracassé, l'espace scénique en début de biennale, d'autres continuent à occuper les plateaux comme si rien ne s'était passé dans la petite histoire de la danse comme dans la grande du monde contemporain. Comme si aucun fil ne s'était rompu. Comme si une scène restait un terrain de jeu pour grands enfants, en vue d'un divertissement «classe» ou «cool». Scène où l'on se raconte de petites anecdotes entre soi, échange de belles images, et où l'on fait briller les chromes des scénographies. Le pompon revient à Bill T. Jones qui a livré un hommage au président Abraham Lincoln (1809-1865) sous forme d'une comédie musicale bien huilée (danseurs et musiciens de haut vol, effets vidéo parfaits), mais aux propos courus d'avance (la démocratie, l'abolition de l'esclavage, la guerre...), et dénuée du moindre enjeu sensoriel ou intellectuel. Un «show» aussi lisse et aseptisé que celui d'Olivier Dubois, incarnant la figure de Frank Sinatra en compagnie d'une danseuse. Les chansons sont belles, les danseurs virevoltent admirablement bien, le spectateur s'assoupit avec un petit sourire béat.Écrans plats
Et même le brillant Nasser Martin-Gousset a sombré, corps et biens, dans "Pacifique", sa création pour 13 danseurs. S'emparer des images d'Épinal du cinéma d'action et de ses bandes-son (James Bond surtout, avec un soupçon de Kill Bill, Matrix, Robocop...) comportait évidemment un risque : le cliché. Le chorégraphe a, peut-être, voulu donner vie, ironie et corps à quelques personnages habituellement réduits à deux dimensions, mais ne propose en réalité qu'une suite de saynètes ludiques, de poses figées parfois humoristiques, de scènes de combats traînant en longueur... Un grand gâchis de talents pour un spectacle finalement potache et régressif. Contrairement à nos espoirs, le plus jeune et encore méconnu Alban Richard n'a pas réussi à sauver les meubles cette semaine. Le chorégraphe a certes travaillé (sur les thèmes de l'érotisme, de l'hystérie, de la mystique), lu Georges Bataille, et tenté de mener la danse hors des sentiers battus. Mais l'emphase ampoulée de son duo sur "Tristan et Isolde" de Wagner, sa série de mimiques hystériques sur du Bach remixé, ou une vidéo représentant quelques fantasmes homo-érotiques et sado-masochistes tombent vite des yeux. Alban Richard cherche mais ne trouve pas encore, tandis que ses collègues ont depuis longtemps abandonné le laboratoire chorégraphique pour la confiserie.14e Biennale de la danse, jusqu'au dimanche 3 octobre.

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