L'oeuvre au noir

Rétro / En quatre films, Abdellatif Kechiche a créé une œuvre marquée par un regard désespéré mais vivant sur la nature humaine. CC

2001 : "La Faute à Voltaire"
Avec ce récit d’un clandestin cherchant un paradis social à Paris et n’y trouvant qu’exclusion et pauvreté, Kechiche semble encore à la conquête d’un style qui transcenderait le réalisme qui domine le début des années 2000 dans le cinéma français. Avec le recul, on peut toutefois noter une réelle envie de faire durer les séquences et de travailler la fiction comme des blocs de temps réel. Mais l’essai reste encore à transformer…

2004 : "L’Esquive"
Où comment Kechiche effectue un reboot spectaculaire de son cinéma. Revenant à une forme d’arte povera (tournage en DV avec des acteurs inexpérimentés ou carrément amateurs), le cinéaste se concentre sur l’environnement, la langue et les personnages. Dans un collège de banlieue, Krimo veut séduire Lidya, et pense y arriver en jouant dans "Le Jeu de l’amour et du hasard" de Marivaux. Malgré l’ingratitude de la forme, Kechiche réussit de saisissants moments de cinéma et n’affiche aucun angélisme : les règles du jeu social sont posées, et les perdants désignés — ceux qui ne possèdent pas les codes et le langage.

2007 : "La Graine et le mulet"
En pleine maîtrise de son cinéma, Kechiche signe son premier chef-d’œuvre : l’odyssée d’un employé viré des chantiers navals de Sète qui décide d’ouvrir un restaurant avec l’aide de sa famille, réunie par l’aventure. Composé de grands blocs de temps reliés entre eux par des ellipses fulgurantes, "La Graine et le mulet" imagine une utopie vouée à l’échec, où la bonne volonté de tous se heurte aux caprices d’une administration frileuse, aux petites lâchetés individuelles et, surtout, aux foudres d’un destin implacable qui frappe au cours d’un final terrible, 40 minutes de danse du ventre et de course-poursuite dérisoire, le véritable envol du cinéma de Kechiche.

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