La Mensch

Portrait / Vale Poher. Exilée à Paris depuis peu, la riot girl lyonnaise est pourtant de retour avec Mensch son nouveau projet musical. Un duo électro-rock dansant mais empreint de la rage sonique qui a toujours animé la chanteuse. Stéphane Duchêne

Pour beaucoup, il y a le rock et puis il y a le rock de filles, qui se voudrait forcément militant et féministe, cherchant même dans les décibels une forme de virilité dont la rockeuse aurait par essence été privée à la naissance. En réalité, il n'y a qu'un homme pour penser ainsi. En dépit d'un certain attachement à la scène riot girl, Vale Poher, elle, est à peine effleurée par la question : «Le côté être une fille et faire de la musique je n'y ai jamais pensé. C'est quand j'ai commencé à jouer avec des groupes que j'ai vu que c'était plus compliqué, je me retrouvais dans le rôle de la potiche. En fait, c'est le regard de l'autre qui te présente comme différent. Moi, quand je me lève le matin, je ne me dis pas que je suis une fille». Plutôt Dylan que PJ
Disant cela, Vale Poher est pourtant souvent présentée comme une figure de ce rock de filles, ce qui la flatte autant que cela l'agace. Parce qu'il faut toujours, comme ici, en passer par se sujet quand ce qui importe vraiment est la musique. Et aussi parce que les femmes, on a parfois tendance à l'oublier, représentent la moitié de l'humanité. Et donc, potentiellement, la moitié des guitares. Paradoxale, encore, mais logique dans son raisonnement, celle qui a été révélée par les Femmes s'en mêlent, un festival dont la raison sociale est de mettre des filles sur scène, applaudit l'initiative, mais souhaiterait qu'elle ne soit plus utile autrement que pour la blague : «je suis proche de S'étant chaussée (autre association programmant des filles), ou de la scène riot, mais j'aimerais qu'on n'ait plus besoin de ça pour se défendre». En réalité, Vale Poher n'a besoin de personne pour se défendre. Consciente vers 12 ou 13 ans que, dans ses mains, la guitare familiale ne reproduisait qu'approximativement les accords des chansons des autres, l'adolescente s'est mise à écrire les siennes, avec les moyens du bord et une farouche envie d'en découdre : «j'ai toujours voulu faire ça», dit-elle. Au petit jeu des comparaison, féminines (obligé), évoquez PJ Harvey, elle répondra : «je préfère qu'on me compare à PJ qu'à Olivia Ruiz mais dans le genre seule avec une guitare je me sens bien plus proche de Bob Dylan ou de Neil Young». Ne pas se méprendre en effet : cette rage qui affleure (et parfois explose) dans la musique spasmophile de Vale Poher est la même que celle qui anime les deux totems du folk-rock depuis toujours. Une langue vindicative, une sécheresse folk et une certaine forme de furia électrique. Tout cela, Vale Poher l'a d'abord mis, au début des années 2000, au service du duo Elka Asa, vite réputé puis séparé car arrivé «au bout de quelque chose, comme dans la vie, parfois». Le début d'une longue période solo, moins par choix que par obligation : «Quand j'ai commencé la musique, je n'imaginais même pas jouer seule un jour. Mais à ce moment là, je ne connaissais personne. C'est difficile de trouver des gens avec qui jouer. Il faut avoir la même motivation, les mêmes aspirations». Genre Humain
Seule, la musicienne apprend et s'épanouit, et surtout épanouit ses auditeurs avec "Mute", son premier disque en forme de coup de poing dans la rate, puis "Tauten", plus bruitiste, tourné vers le chaos. Tout en évoluant musicalement, Vale Poher fait aussi le choix, courageux, de la professionnalisation. «Pendant longtemps, j'ai bossé à côté. Mais à un moment ce n'était plus possible. Quand tu consacres tous tes jours de congés à la musique, c'est épuisant et ça n'aide pas à créer. La difficulté c'est la logique du succès : tu es obligé de réussir pour pouvoir manger, ce qui était moins le cas avant. Mais j'ai eu la chance de bosser sur d'autres choses qui m'ont permis de continuer professionnellement». Comme la composition de musiques de film en vue de ciné-concerts ou ses collaborations avec Doctor Flake ou Saâdane Afif pour l'installation "Blue Time vs Suspense". Mais rien ne remplace le frisson du groupe, retrouvé avec le Vale Poher Group, trio formé en vue de rendre à son dernier album "Tauten", la puissance sonique qu'il mérite sur scène. C'est d'ailleurs de là, et du départ de la batteuse, qu'est née l'idée de Mensch, partagée avec sa bassiste d'alors, Carine Di Vita : «Mensch c'est le projet dont je suis la plus fière, pourtant c'est allé très vite, avec beaucoup d'envie et d'évidence. Quand on s'est retrouvées toutes les deux avec Carine, on est parties sur ce projet, qui nous a amené vers ce côté un plus pop, alors qu'avec Vale Poher on est dans quelque chose de plus rugueux, moins dans la séduction». Quand à ce nom, en allemand, il signifie humain. Et, comme le précise Vale, c'est un mot qui n'a pas de genre. Mensch, ni masculin, ni féminin. Et pourtant pas vraiment neutre. Mensch
Au Sonic, jeudi 4 novembre
"Dance & Die". Disponible en téléchargement gratuit sur http://www.menschband.com ou en vinyle.

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