Brèves histoires d'amour

Cinéma / 31 ans à proposer le meilleur de la production française et européenne en matière de court-métrage, cela relève de l’amour. Rien d’étonnant à ce que cela devienne le slogan et le thème du festival du film court de Villeurbanne, dont l’intégrité et la qualité ne seront pas démenties en 2010. Christophe Chabert

La facilité pousserait à dire qu’un festival de court-métrage est un reflet des tendances et des réalités de la production ; trop simple, cependant. Car un festival se construit aussi en réaction aux scories les plus voyants et aux modes les plus apparentes qui envahissent le genre. Un rapide coup d’œil dans le rétro des dix dernières éditions du festival du film court de Villeurbanne en témoigne : quand les cinéastes s’intéressaient au réalisme social, Villeurbanne tentait des embardées vers le cinéma de genre ; quand les comédies occupaient l’espace au prix d’une certaine médiocrité d’écriture et de mise en scène, le festival faisait le choix de l’austérité et de l’audace formelle ; lorsqu’à l’inverse cette austérité a viré pontifiante, la programmation a ouvert ses portes à des films ludiques, drôles et légers. On en était resté là l’an dernier, et même si le Grand prix (commun, rappelons-le pour la frime, avec le prix attribué par nos lecteurs) attribué à "Corpus / Corpus" n’était pas exactement un parangon de gaudriole, les diverses compétitions avaient été marquées par un retour à des œuvres moins radicales (exemplairement, "Logorama", l’autre grand gagnant de 2009, a fait le tour du monde jusqu’aux oscars hollywoodiens).

Baisers volés

Toutefois, 2009 avait un angle mort : l’amour. Au cours de son trentième anniversaire, Laurent Hugues et son équipe ont constaté que l’histoire du festival, célébrée en grande pompe, mais aussi son actualité, n’étaient pas très peace, et pas franchement love. Du coup, un énorme cœur orne l’affiche de cette 31e édition et dès son ouverture, où la Cinémathèque du Groland s’associe au festival pour proposer une carte blanche, c’est bien d’amour dont il sera question. Deux autres rendez-vous du festival sont placés sous le signe de Cupidon. D’abord le rituel marathon de la Longue nuit, avec un programme renversant parsemé de classiques anciens et récents du court-métrage. Citons parmi eux le mythique "Le Baiser" de Pascale Ferran, où des couples de tous âges et de tous genres s’embrassent en noir et blanc pendant dix minutes, l’oscarisé "J’attendrai le suivant" de Philippe Orreindy et sa brève rencontre factice dans une rame de métro, l’éternel "Tous les garçons s’appellent Patrick" de Godard, étendard d’une Nouvelle Vague en gestation, le génial "Une robe d’été" de François Ozon où la circulation du désir défie les sexes et «s’incarne» dans une robe enlevée, enfilée, déchirée et recousue, ou encore la délirante parodie d’Artus de Penguern "La Polyclinique de l’amour" et sa réplique culte : «Ce serait… maaaaal !». Pour les spectateurs diurnes, le festival propose une sorte de digest là encore remarquable avec Histoire de courts n°6. Amour toujours, donc, avec quelques bombes bien connues ("Le P’tit bal" de Découflé, "Pacotille" d’Éric Jameux, "La Lettre" de Michel Gondry) et d’autres un peu moins, mais tout aussi formidables, surtout "Love you more" de Sam Taylor-Wood, rencontre pendant les années 80 entre deux ados so british sur fond de Buzzcocks (les bites qui vibrent !) avec une des plus excitantes scènes de sexe vues ces dernières années sur un écran. Le festival garantit donc à ses spectateurs une belle montée de libido, ainsi que quelques surprises (mais ce sont des surprises, donc motus).

Compétition poids lourds

Et les compétitions, alors ? Elles se portent bien, merci. Dans la compétition française et francophone, on assistera au réjouissant télescopage entre cinéastes aguerris (Gustave Kervern avec "Ya basta", Serge Avédikian avec "Chienne d’histoire", déjà palmé au dernier festival de Cannes dans la catégorie court), acteurs fameux passés derrière la caméra (Louis Garrel et son "Petit tailleur", l’autre hit du court cette année, Jackie Berroyer, qui coréalise avec Bertrand Lenclos "Mission Socrate"), espoirs du cinéma rhonalpin (Daniel Metge et "Ornières", Nicolas Brault et "Le Cirque", Sylvère Petit et "Les Ventileuses") et mavericks à la filmographie déjà appréciable (Hendrick Dusollier, Jean-Gabriel Périot). On annonce aussi une compétition numérique 2D / 3D encore meilleure que celles des éditions précédentes, ce qui est alléchant quand on se souvient de la pléthore d’excellents films découverts dans cette sélection en 2008 et 2009. Bref, s’il n’y a peut-être pas d’amour sur l’écran dans ces programmes-là, il est à peu près sûr qu’il y en aura dans les yeux du public à la sortie des salles…

Festival du film court de Villeurbanne
Au Zola, au CCO et à la Rotonde de l’INSA
Du vendredi 19 au dimanche 28 novembre

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