Le Nom des gens

Ne serait-ce que parce qu’il invente un genre, la comédie politique, le film de Michel Leclerc est déjà recommandable. Mais comme en plus il est drôle, touchant, joyeux et incarné, il s’avère une des meilleures surprises françaises de l’année. Christophe Chabert

Il s’appelle Arthur Martin, c’est un quinquagénaire spécialiste du principe de précaution, autopsiant des oiseaux pour voir s’ils sont touchés par la grippe aviaire. Elle s’appelle Bahia Benmahmoud, elle est dans la vingtaine et couche avec des gens de droite pour les convertir à ses idées de gauche, héritage d’une complexe ascendance familiale. Ils se rencontrent au cours d’un direct sur "France Inter", ils ne se quitteront plus et les années qu’ils passent ensemble à l’écran sont celles que nous, spectateurs français, avons traversées. C’est l’énorme qualité, de celles qu’on n’attendait plus dans le cinéma hexagonal, du "Nom des gens" : parler d’une époque à travers le destin de deux personnages qui épousent (mais pas complètement, Michel Leclerc ayant l’intelligence de ne rien rendre mécanique dans son scénario) les soubresauts politiques du pays. Dans sa confession initiale, Arthur dit qu’il est «jospiniste», autrement dit coincé, modéré, austère, croyant dans les idées plus que dans la communication. Pour Bahia, être de droite, c’est être un «facho», mais personne n’est irrécupérable tant qu’on sait utiliser les bons arguments. Leclerc va fouiller dans leur passé les racines de cette névrose politique (car l’engagement est, d’une façon ou d’une autre, névrotique), sans pour autant banaliser leurs idées et surtout, l’amour tordu qui va naître entre eux.

La liberté guide leurs pas

Si "Le Nom des gens" se présente comme un concentré des thématiques alimentant les débats d’actualité (l’omniprésence de la prévention, l’identité nationale, la religion, l’immigration, le devoir de mémoire), le film est traversé par un souffle romanesque et un désir de faire un point lucide et drôle sur toutes ces questions. La mise en scène mélange les formats, les temps, les modes de discours (on sent l’influence de Woody Allen, notamment dans les monologues face caméra), laisse du champ aux acteurs (Gamblin est une fois de plus excellent, mais c’est Sara Forestier qui emporte le morceau par son culot et son énergie) et prépare la grande montée d’émotion finale. Où il est question de deuil, de secrets à jamais enfouis, de réconciliations douloureuses… De liberté aussi, et c’est peut-être en cela que le film est si enthousiasmant : Leclerc, en théorie, en pratique et dans les corps qu’il manie à l’écran, nous appelle à nous libérer des diktats moraux, sociaux et esthétiques pour simplement être. Message indispensable par les temps qui courent.

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