Le goût de Gadagne

Conservatrice des Musées Gadagne depuis janvier, Maria-Anne Privat-Savigny expose ses projets pour ce lieu double (musée de l'histoire de la Ville de Lyon et des marionnettes du monde) situé dans un somptueux palais Renaissance du 5e arrondissement, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Propos recueillis par Nadja Pobel

Petit Bulletin : Vous dirigiez jusqu'à l'an dernier le Musée des tissus de Lyon. Qu'est-ce qui vous a menée au Musée Gadagne ?
Maria-Anne Privat-Savigny : J'ai été attirée par le désir de Georges Képénékian, adjoint à la culture du maire de Lyon, de replacer ce musée dans la cité, de lui donner un vrai rôle. C'est un enjeu qui est, certes, assez propre à un musée d’histoire mais qui reste extrêmement intéressant.Vous dites vouloir faire de ce double musée un lieu que l'on puisse «goûter» de différentes manières. Pouvez-vous nous expliquer ce terme ?
La manière de visiter les musées depuis plusieurs années s'est extrêmement diversifiée et je trouve que le support histoire et marionnettes est assez propice à ce genre d'évolution. Traditionnellement, on déambule dans un musée en lisant des cartels et parfois un audio-guide, mais il y a mille autres manières de découvrir une collection. Je crois notamment beaucoup au spectacle vivant, au théâtre et à la danse. On parle beaucoup de multimedia mais il y a des choses beaucoup plus classiques et traditionnelles à développer pour s'approprier cette histoire, pour l'expérimenter. Par exemple, pour évoquer Louise Labé dans les salles, il pourrait y avoir un comédien qui récite des textes de façon impromptue. Vous voyez alors en salle la vie, l’œuvre et l’influence de Louise Labé, puis vous avez le texte en live si je puis dire. Cela change complètement l'approche des collections. Nous sommes en phase d'invention. Nous souhaitons aussi créer une vie au musée. Les musées anglo-saxons le font déjà. Mais nous faisons partie intégrante de la cité et nous voulons faire partie de la vie des gens. C'est un vrai enjeu pour les musées aujourd'hui : que les gens prennent du plaisir en venant. Nous avons la chance d'avoir un sublime jardin pour se délasser avec un café-restaurant. C'est bien aussi de pouvoir savourer un moment au musée, ailleurs que dans les collections.Vous souhaitez également sortir le musée de ses murs.
Le musée sort déjà de ses murs, mais nous allons accentuer cela selon trois axes. Nous allons mener des actions sur l’histoire de la Renaissance car elle n’est pas concentrée que dans les murs de Gadagne. Le deuxième axe est d'aller travailler dans différents quartiers de Lyon. Nous le faisons souvent avec les écoles. Différents programmes sont déjà en place et nous allons les poursuivre ou les renouveler pour donner envie aux gens de venir à Gadagne. Et puis, le troisième axe est de travailler avec des associations ou les mairies de quartiers, les bibliothèques et faire en sorte que les gens s'approprient leur zone d'habitation. C'est extrêmement important car, lorsque vous vous appropriez l'histoire du lieu où vous vivez, vous vous intégrez, quelles que soient vos origines géographiques. Comment allez-vous faire évoluer le Musée des marionnettes ?
C'est un musée extraordinaire que je redécouvre à chaque fois. Nous renouvelons la présentation tous les deux à trois ans, essentiellement pour des raisons de conservation des marionnettes. La prochaine programmation, sur laquelle nous commençons à travailler, sera la marionnette du XXe siècle (à partir de mai 2013) puis, en 2015, nous nous consacrerons aux marionnettes d'Asie. Il y aura toujours une place privilégiée pour Guignol qui fait partie intégrante de l'histoire de Lyon. À chaque nouvelle présentation seront associées des représentions car la marionnette est un art vivant avec un champ de création immense. Michel Laubu et sa compagnie Turak, exposés en ce moment, en est un exemple.Quels sont les projets immédiats mis en place à votre arrivée au musée ?
Il y aura les soirées XXL qui auront lieu trois fois par an avec la publication d’un livre, une exposition-découverte et une soirée consacrée à une personnalité qui a marqué Lyon. La première, celle du 19 mai, sera consacrée à la famille Gadagne et à l’histoire de la banque à Lyon. La suivante, le 22 septembre, mettra en lumière Claude Bourgelat pour les 250 ans de l’école vétérinaire de Lyon, la première ouverte au monde. Et puis, chaque année, en automne-hiver aura lieu une grande exposition temporaire. Nous commençons avec «la gastronomie lyonnaise» dès novembre. Et puis nous allons bien sûr continuer à collaborer avec nos alliés classiques que sont les Archives et la Bibliothèque municipale. Et nous allons nouer d'autres liens avec les musées de la ville. Tous les directeurs de ces institutions ont le désir de travailler intelligemment et c'est réjouissant. Je me permets d'insister car ce n'est pas toujours le cas. Il y a une vraie volonté de travailler ensemble.Gadagne en chiffres
1998 : Classification du quartier du Vieux-Lyon, et donc du palais Gadagne, au patrimoine mondial de l'UNESCO
2009 : Réouverture du Musée après d’importants travaux de rénovation répartis sur dix ans
723 K€ : Budget fonctionnel prévisionnel en 2011 :
90 000 : Nombre de visiteurs ayant fréquenté le Musée en 2010 (année spécifique sans exposition temporaire)

à lire aussi

derniers articles publiés sur le Petit Bulletin dans la rubrique Expos...

Mercredi 13 septembre 2023 Pour sa 5e édition, le festival de street-art Peinture fraîche quitte la halle Debourg pour investir sa voisine aux anciennes usines Fagor-Brandt. Du 11 octobre au 5 novembre, 75 artistes s'exposent sur 15 000m2.
Lundi 12 juin 2023 Le musée à l’architecture déconstructiviste accueille, jusqu’au 18 février, "Afrique, mille vies d’objets". Ces 230 objets africains, principalement datés du XXe siècle, collectés par le couple d’amateurs et marchands d’arts Ewa et Yves Develon,...
Mercredi 5 octobre 2022 Kashink détonne dans le paysage du street art depuis une quinzaine d’années. Sa pratique engagée se met au service d’un discours sur l’identité. À travers ses peintures de masques, elle nous raconte notre complexité, nous invite à l’embrasser avec...
Mardi 30 août 2022 Cinq belles expositions à découvrir en galeries ce mois-ci, pour s’échauffer le regard avant (ou pendant) le grand événement artistique de la saison, la 16e Biennale d’art contemporain, qui débutera mercredi 14 septembre.
Mercredi 27 avril 2022 Un mois de mai exceptionnel pour les amateurs d’expositions, avec des photographes qui sortent de leur zone de confort, une belle collection particulière d’art contemporain au MAC, un abstrait baroque, et un Jean-Xavier Renaud qui...
Mardi 12 avril 2022 Zoom sur Elie Hammond, tatoueuse nouvelle génération qui a débuté sous l'égide de Dimitri HK avant de se forger son propre style et de devenir l'une des artistes les plus en vue du moment : la globe trotteuse sera présente à la...
Dimanche 3 avril 2022 Voici notre sélection de cinq expos à découvrir ce mois-ci gratuitement en galeries, qui ose le choc des générations et des styles : de l’école lyonnaise de peinture au street-art, en passant par la photographie de William Klein. Un point...
Mardi 15 mars 2022 Enfant terrible du monde de la photographie, William Klein n’a eu de cesse d’en bousculer les codes et les pudeurs. Jetant son corps dans la bataille du réel, ses images en conservent l’énergie, la violence, la vie. Retour sur les apports et le...
Jeudi 3 mars 2022 Mars arrive et la création contemporaine repart dans les musées et les galeries avec quelques belles affiches : William Klein, Christian Lhopital, Tania Mouraud, Thameur Mejri…
Mercredi 23 février 2022 Très loin d’être un musée de cire façon Tussaud, la nouvelle expo de La Sucrière revêt une réelle démarche artistique et permet de naviguer dans le courant de la sculpture hyperréaliste, jamais réellement structuré mais créé par des artistes...
Mardi 15 février 2022 Deux expositions personnelles, une exposition collective… Tania Mouraud connaît une forte actualité à Lyon. L’occasion de revenir sur cette figure importante de l’art contemporain.
Vendredi 4 février 2022 Du street-art australien au travail rigoureux du photographe Philippe Bazin, en passant par les espaces réinventés de Georges Rousse, on mélange tout dans notre shaker, ce mois-ci, pour vous inviter à découvrir plusieurs belles expositions à Lyon.
Mardi 1 février 2022 Pour entamer cette année qui verra la célébration de ses trente ans d’existence, le CHRD tombe le masque et offre les visages enfouis dans ses collections dont le fascinant ensemble de portraits peints au camp du Stalag en Silésie.

Suivez la guide !

Clubbing, expos, cinéma, humour, théâtre, danse, littérature, fripes, famille… abonne toi pour recevoir une fois par semaine les conseils sorties de la rédac’ !

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies destinés au fonctionnement du site internet. Plus d'informations sur notre politique de confidentialité. X