En attendant Terrence...

Le 17 mai, "Tree of life" sera sur les écrans après trois ans d’attente, au lendemain de sa première projection publique à Cannes. Pour patienter, la Ciné-Collection du GRAC propose dans ses salles "Les Moissons du ciel" du même Terrence Malick. Christophe Chabert

Depuis Avatar de James Cameron, aucun film n’avait été aussi attendu que Tree of life, cinquième film en trente-sept ans pour Terrence Malick, cinéaste précieux et pas seulement parce qu’il est rare. Les raisons sont liées à la personnalité de Malick, à la légende qui l’entoure et qu’il ne cherche surtout pas à dissiper (il ne donne aucune interview et n’apparaît jamais en public), mais aussi à la nature de son cinéma, à ses ambitions philosophiques et métaphysiques, ce que Tree of life, vaste récit allant du big bang au dépassement de l’humain, risque de pousser vers de nouvelles hauteurs. Il y a des choses vraies sur Malick : il n’utilise le scénario que comme une base pour un tournage partiellement improvisé, ses films ne trouvent leur forme définitive qu’au montage, au risque de laisser de côté des personnages entiers (Mickey Rourke et Bill Pullman en ont fait l’expérience sur La Ligne rouge) ; il utilise systématiquement des voix-off, mais celles-ci ne sont écrites qu’une fois le montage finalisé ; et il adore prendre le temps de filmer la nature, sa flore et surtout sa faune. Mais chacune de ses affirmations a son envers, sa nuance…

Pensée céleste

Les Moissons du ciel, actuellement dans les salles du GRAC, est un bon exemple pour saisir cette complexité. Le film, malgré sa brièveté (95 minutes) est d’une densité romanesque exceptionnelle. Les événements sont nombreux mais ne donnent jamais lieu à de grandes séquences de dialogues, seulement des fragments pris entre de longues descriptions impressionnistes de paysages ou d’instants quotidiens. Malick y donne un rôle privilégié aux éléments et aux animaux, mais il magnifie aussi ses acteurs, beaux comme des Dieux et d’une spontanéité remarquable. Le côté contemplatif du film est lui aussi à relativiser, tant le cinéaste a un sens inné du spectacle (on voit, dans Les Moissons du ciel, une des premières utilisations de la Steadycam) et de la composition (on y trouve un des plus beaux plans de l’histoire du cinéma, celui du poisson tournant autour du verre dans la rivière). Enfin, si la voix-off est la plupart du temps méditative, comme une pensée séparée du corps et de la matérialité, elle sait aussi se faire descriptive, l’image retrouvant alors sa traditionnelle fonction illustrative. Rien de moins systématique que le cinéma de Malick, rien d’aussi ouvert et libre ; c’est aussi pour cela que son nouveau film est si attendu.

Les Moissons du ciel
Dans les salles du GRAC
Jusqu’au lundi 13 juin

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