Benson toujours deux fois

On ne sait trop s'il faut y voir pour l'intéressé une injustice ou une bénédiction. Toujours est-il que la première chose qui envahit le cerveau moyen à l'évocation de George Benson est un petit refrain discoïde entendu un million de fois et qui a usé plus d'une paire de mocassins brillants, des clubs chics de New York aux plus infâmes dancing de province : Gimme the night. Rencontre d'un homme avec la musique de cette époque (nous sommes en 1980, le disco règne), instinct naturel pour le goupillage de tube (emballé à l'époque par l'incontournable Quincy Jones), c'est un peu l'éternelle histoire du hit qui réduit, aux yeux du grand public, la carrière d'un géant à la dimension d'une pastille – fut-elle avalée goulûment par le monde entier. La plupart de ses autres grands succès publics (On Broadway...) sont d'ailleurs liés à cette période. Sans doute l'homme s'est-il plu à ce rôle de crooner disco à costume de soie et regard félin : quand dans les années 70 il commence à chanter et se prend au jeu en se tournant vers un son commercial qui lorgne à la fois vers le disco et vers le Stevie Wonder période dégoulinante. Mais Benson a eu une autre carrière, étant avant tout un jazzman. Un virtuose de la guitare dont les talents, outre une carrière de soliste entamée au début des années 60, le verront officier auprès de Miles Davis. Et qui s'affirmera ainsi comme l'un des grands maîtres de l'ère hard-pop. Une fois la gloire tubesque un peu éteinte, passée ou rassasiée, les années 80 enterrées, Benson reviendra à ces racines musicales là. Toutefois, il conservera toujours quelque part en lui ses recettes pop, nées d'une vieille marotte (au début des 70's, il livrait déjà des reprises jazz instrumentales de Jefferson Airplane ou des Mamas & Papas). Comme lorsqu'il enregistre en 2006 avec Al Jarreau, un album, Givin' it up, où il laisse la parole et les vocalises à cet autre apôtre du mélange de genre et de la vulgarisation. Un album sur lequel on retrouve également Herbie Hancock. Les trois sont présents cette année à Jazz à Vienne, preuve qu'on est là sur une terre de géants. SD

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