The Woman

Lucky MacKee (Emylia)

Malgré son prénom, Lucky MacKee est plutôt le genre de cinéaste à avoir la poisse. Révélé par le très beau et perturbant May, celui-ci a vécu sur son deuxième film, The Woods, l’humiliation de se voir confisquer le final cut par ses producteurs, et ce qui devait être un hommage au fantastique d’Argento s’est transformé en série B le cul entre deux chaises. Son épisode de la première saison de Masters of horror (Liaison bestiale) prouvait toutefois qu’il n’était pas prêt à rentrer dans le rang.

La vision de The Woman confirme que MacKee en a dans l’estomac — le spectateur, lui, en aura un peu moins après le film, tant celui-ci cherche clairement à lui retourner le bide. Tourné rapidement, dans un décor unique (une cave recréée sur un terrain de basket, cf le making of), avec une image vidéo que les jeux de focales ne camouflent que partiellement, The Woman va fouiller les tréfonds de la monstruosité humaine. Non pas celle de cette femme sauvage qui vit à moitié nue dans la nature, proche de l’animalité, mais celle de son geôlier, un type a priori bien sous tous rapports, père de famille et chasseur à ses heures perdues. Il la séquestre dans son cellier, et va essayer de la «domestiquer».

Au fil d’événements de plus en plus atroces, non seulement ce brave WASP s’avèrera un bourreau d’une cruauté sans limite, mais MacKee nous informe qu’il n’en est pas à son premier forfait, et que l’ensemble des femmes de son entourage ont dû subir ses perversions. L’idée n’est pas neuve (Wes Craven dans ses survivals 70’s en avait fait sa matière première), mais le cinéaste va très loin dans sa peinture d’un enfer tapi derrière la banalité des pelouses bien tondues et des fêtes de quartier dominicales. L’accusation, débile, de «misogynie» adressée à The Woman tombe assez vite : la hargne de MacKee et le déchaînement de violence qu’il finit par orchestrer à l’écran, se focalisent sur cette domination masculine, obscurantisme d’un autre âge qui, d’Éric Zemmour aux néo-conservateurs américains, a encore de fervents défenseurs aujourd’hui.

Christophe Chabert

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