Mutatis mutandisque

Avant d’être cette somme caricaturale de sirène boréale, d’elfe panthéiste, d’étoile polaire et autres noms exotiques dont les journalistes issus d’ex-puissances coloniales l’ont souvent affublée, Björk peut d’abord et surtout prétendre au titre de mutante. Elle l’a chanté haut et fort sur Pluto : «I just have to explode, explode this body». Et elle l’a fait, systématiquement, que ce soit dans ses clips (merci Michel Gondry) ou sur ses différentes pochettes de disques. On l’a connue femme enfant mutine sur Debut, geisha cybernétique sur Homogenic, femme cygne au tournant de Vespertine, puis revenant de plein pied à ses foudres animistes sur Volta. Grimée comme une sorcière, danse du feu et peintures de guerre, l’explosif prédécesseur de Biophilia annonçait un «necessary voodoo». Mutatis mutandis, alors que les paroles de Pluto concluaient sur un «Wake up tomorrow, brand new», revoilà Björk qui renaît de ses cendres, toute ravalée en rousse orangée, perruque de façade pour imbroglio d’applications iPad. Plastiquement parlant, c’est parfait, les visuels des graphistes M/M sont au sommet de leur art. Le cygne astral de la nébuleuse Biophilia renoue avec celui de Vespertine, bouclant la boucle d’un phénix à son zénith.

Musicalement, c’est plus compliqué, on s’empêtre autant dans ce dédale interstellaire que dans la masse capillaire. On mesure alors les décennies qui se sont écoulées depuis le temps béni où Björk clamait «I wish simplicity». L’esthète qu’elle a toujours été a cependant trouvé son plus beau rôle mutant non sur disque, mais sur grand écran. À la fin du sublime film de son boyfriend Matthew Barney, Drawing Restraint 9, les deux héros-amants se coupent les jambes pour se transformer en cétacés. La métamorphose est à l’image de son obsession pour l’océan… En osmose avec le maître élément d’une sirène qui a toujours considéré les continents comme de simples îles, et l’Humain comme un être qui se doit d’aller de l’avant.

Stéphanie Lopez

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