High Cool Musical

Qui a eu cette idée folle, un jour d'inventer School is Cool ? Une bande de jeunes anversois aux ambitions musicales démesurées, déjà prophète en son pays et qui pourrait bien faire office de révélation musicale de l'année dans pas mal d'autres contrées.

Si l'on sait pertinemment, à force de l'entendre, que « La montagne ça vous gagne ! » ou que « le cheval c'est génial !», on n'a en revanche encore trouvé personne, de quelque côté de l'estrade que ce soit, pour affirmer qu'« A l'école qu'est-ce qu'on rigole ! ». Surtout en cette période où l'on voit défiler sur les plateaux télés des chapelets de profs qui, en guise de goûter, ont mangé du bourre-pif à la récré.

 

Fort heureusement, dès qu'il est question de prendre les chose à la « cool », il y a la Belgique : un pays, berceau du surréalisme, passé maître dans l'art de l'autogestion humoristique et de la dérision. C'est là qu'est né un groupe dont le seul nom, School is Cool – choisi un peu par défaut et parce que ça sonne bien –, nous redonne à lui tout seul foi en l'institution scolaire. Et musicale.

 

Car la pop du quatuor ne fait rien d'autre que de mettre un bon coup de tatane dans la fourmilière rock d'Outre-quiévrain.

 

Au point qu'on voit en eux les successeurs de dEUS – statue du Commandeur du rock belge. Déjà célèbre et célébré au pays d'Eddy Mercxx, School is Cool a déjà raflé un disque d'or. Et même connu l'honneur de sonner le coup d'envoi, au Stade Baudouin, d'un match de cette nouvelle génération de Diables Rouges (l'équipe nationale belge) qui, emmenée par Eden Hazard (nouvelle perle de Chelsea) et Vincent Kompany (capitaine de Manchester City), parvient presque à faire renaître un sentiment de belgitude dans un pays divisé. Ce à quoi le groupe originaire d'Anvers pourrait lui aussi parvenir tant il fait l'unanimité.

 

Entropology

 

Comme dEUS, School is Cool cultive son atypisme avec une délectation certaine : leur groupe de référence est Arcade Fire ? Ils décident de tout faire pour ne pas sonner comme lui (même si la filiation reste évidente, y compris pour l'auditeur doté d'une audition à peine supérieure à 5). Et parce que la meilleure chanson est forcément la prochaine, le groupe opte pour les petits formats, parfois inférieurs à 2 minutes – un coup à l'estomac et puis s'en va – mais aussi pour le remplissage à ras-bords : 16 morceaux tous plus riches les uns que les autres.

 

Car, si l'on met de côté quelques interludes plus posés (dont le sublime Algorithms) et merveilleusement orchestrés, School is Cool est allé à l'école du chaos, comme l'indique le titre de ce premier album, Entropology – contraction anglaise d'anthropologie et d'entropie. Manière de rendre hommage aux travaux de Claude Lévi-Strauss – ce sont eux qui le disent – et sans doute aussi au bordel général qui nous mènera à la fin du monde. Un événement sur lequel s'ouvre d'ailleurs le disque avec le titre The World's gonna end tonight, sa rythmique rouleau-compresseur façon "Quatre cavaliers de l'Apocalypse" et ses violons – en lieu et place des proverbiales trompettes – qui font souffler le vent mauvais. Ces mêmes violons qui tout du long accompagnent ce chaos rythmique d'une frénétique mélancolie (O! Delusions, passé à tabac par des percussions qui le poussent... dans les cordes).

 

N'empêche que si la fin du monde ressemblait à un tel enchaînement de tubes joliment mis en scène et faisait chanter en choeur les bonnes et les mauvaises âmes comme sur Car, Backseat, Parking Lot, on l'accueillerait sans doute avec plus de sérénité.

 

Warpaint

 

Il est évident que les tristes facéties et les complaintes scandées (« it was just like you were glad ») de ces Belges ne sont pas sans rappeler la référence qu'ils cherchent à peine à cacher derrière leur petit doigt – Arcade Fire, donc – et auquel ils empruntent ces rythmiques spasmophiles en cinémascope et dolby surround, comme d'ores déjà promises aux stades (The Road to Rome, On the Beach of Hanalei, New Kids in Town). Sans compter toute une armée de groupes pop islandais (Of Monsters & Men), anglais (Tunng, Cheek Moutain Chief – membre de Tunng, ayant connu la révélation en... Islande – et à peu près toute la filière « fanfare pop ») et brooklynites (de Yeasayer – Troubles in the Engine Room, The Underside – à Vampire Weekend).

 

Et, peut-être parce que la Belgique est notre voisine, il y a également quelque chose des Caennais de Concrete Knives dans cette énergie inépuisable, dans cette créativité sans fond, dans cette énergie punk qui, façon Pixies (Dawn, And a Newly Hatched Damselfly), pousse sur un terreau pop. Les Concrete Knives, aujourd'hui signés sur le classieux label Bella Union, avaient justement été révélés à Lyon dans les mêmes conditions : via l'un des concerts « Coup de cœur » du Ninkasi Kafé.

 

Chez les deux groupes on retrouve cette farouche envie d'en découdre avec quoi que ce soit qui puisse se mettre en travers de leur route – « I'm wearing warpaint, already blood stained » s'époumonne School is Cool sur Warpaint – cette persuasion un peu arrogante – et nécessaire – d'être le meilleur groupe du Monde et de vouloir accélérer sa course vers la gloire façon Fous du volant. Bref, de jouer comme si chaque morceau était le dernier.

 

Pas par crainte de la fin du monde, non. Mais parce que, si par hasard elle survenait, ce serait toujours ça de pris. Pour eux, comme pour nous.

Stéphane Duchêne

School is Cool + Joe Bel

Au Kafé

Vendredi 5 octobre

« Entropology » (Pias) 

 

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