Le court, mort ou vif

Pour sa 33e édition, l’excellent Festival du film court de Villeurbanne va faire, contre vents et marées, le panorama d’un genre en perpétuelle mutation et en pleine expansion. Avec déjà un gros coup de cœur dans sa compétition :«American Football»… Texte : Christophe Chabert

L’an dernier, c’était le big bang du passage au numérique qui avait bousculé le festival du film court de Villeurbanne. Il avait donc assisté à un déluge de films pour sa présélection, sans pour autant voir la qualité moyenne augmenter — au contraire, foi de Laurent Hugues, vaillant directeur et membre du comité de sélection.

On pouvait penser que cette révolution (solaire) passée, le festival allait retrouver son rythme de croisière et profiter de l’aubaine nouvelle née d’une technologie qui a quand même beaucoup d’avantages (à commencer par une plus simple "circulation" des copies, et une facilité pour sous-titrer les œuvres non francophones). Patatras ! Voilà qu’à l’âge du Christ au tombeau, la manifestation, comme beaucoup d’autres festivals de cinéma rhodaniens, se retrouve amputée de sa subvention allouée par le Conseil Général. La vie n’est décidément pas un long fleuve tranquille pour Villeurbanne, mais plutôt que de jouer les veuves siciliennes, le festival a décidé d’aller de l’avant en fusionnant une fois pour toutes ses deux compétitions, francophones et européennes, donnant naissance à six programmes mélangeant les films indifféremment de leur provenance géographique.

Enfin, pour faire un pied de nez aux oiseaux de mauvais augures, il consacrera sa Longue nuit du film court à l’Apocalypse, réunissant avec un œcuménisme qui l’honore deux associations clés pour la défense d’un cinéma différent, AOA production et Zonebis.

Virtuellement dominateur

Si cette 34e édition ne sera sans doute pas la dernière avant la fin du monde, elle marquera sans doute un pas supplémentaire dans la métamorphose d’un genre dont l’unité, désormais, est clairement à interroger. Depuis cinq ans, la compétition numérique, devenue "Images virtuelles", a pris de l’ampleur mais surtout, les films qui y sont présentés taillent de méchantes croupières à ceux de la compétition "phare" (en termes d’exposition et de dotation, s’entend).

Plus courts, plus inventifs, plus expérimentaux, plus audacieux, ils représentent pourtant une réalité elle aussi hétéroclite, mélangeant films d’écoles (du côté de Valenciennes, qui fait la loi depuis quelques années en la matière, même si Montpellier est en train de la rattraper discrètement) et projets personnels, alternant animation traditionnelle et techniques révolutionnaires.

Au cœur de ce mouvement, le distributeur Autour de minuit et sa tête chercheuse Nicolas Schmerkin, qui fournissaient déjà les courts les plus novateurs avant qu’il ait eu le flair de s’engager sur le génial Logorama, ce qui l’a conduit jusqu’aux oscars hollywoodiens. Cette année à Villeurbanne, plus d’un film sur deux dans cette compétition sera estampillé Autour de minuit ; cela pose une domination, mais c’est aussi un sacré gage de qualité.

Un garçon, une fille, plein de possibilités

Autre fait notable, alors que les courts régionaux se contentaient les années précédentes de servir de vitrine lors de la soirée d’ouverture, les voilà qui débordent désormais dans la compétition. C’est le cas des Chiens verts des frères Rifkiss et du formidable American football de Morgan Simon, tellement emballant que l’on a décidé d’aller en causer avec ce jeune cinéaste extrêmement prometteur.

American football montre que sur un schéma mille fois arpenté, des auteurs peuvent sortir des sentiers battus par la seule force de leur regard sur leurs personnages, sur leur époque et sur le cinéma. Un garçon rencontre une fille, ils s’attirent, se repoussent puis tombent amoureux ; comme un jeune peintre qui partirait des fondamentaux (le nu, le paysage) et tenterait d’y greffer sa propre sensibilité, le bon réalisateur de court en France est celui qui sait mettre l’originalité là où il faut, sans en barbouiller la totalité du tableau.

De ce que nous avons vu du reste de la compétition, ce n’est pas toujours le cas, malheureusement. Les références sont parfois écrasantes dans ces films (Bilge Ceylan ici, Bresson là, Rohmer au fond à gauche) et les écueils sont connus (des acteurs pas toujours bien dirigés, des intentions souvent trop en avant, des choix de mise en scène un brin dogmatiques).

Mais un festival comme Villeurbanne sert aussi à ça : non pas à montrer des films parfaits (il y en a toujours quelques-uns, cependant), mais à faire un état du genre, aussi varié et honnête que possible, avec son lot de révélations et de déceptions. À suivre, donc, et la formule est plus que jamais légitime !

Festival du film court de Villeurbanne
Au Zola, du 16 au 25 novembre

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