(Télé)Visions de Cronenberg

Hourra ! C’est le retour de L’Épouvantable vendredi cette semaine à l’Institut Lumière, dans une formule allégée à deux films au lieu de trois. Pour cette nouvelle saison, c’est David Cronenberg qui a l’honneur de lancer les hostilités, avec deux films donc, et pas des moindres.

D’abord La Mouche, son œuvre la plus célèbre, qui fait aujourd’hui encore l’unanimité même chez les détracteurs du cinéaste. Pourtant cette commande de Mel Brooks autour du remake d’une série B fantastique (La Mouche noire avec Vincent Price), avait tout de la fausse bonne idée. Cronenberg y décrit le calvaire de Seth Brundle (Jeff Goldblum), physicien geek ayant inventé une méthode de téléportation révolutionnaire mais qui, lors d’un test sur sa personne, voit son génome mélangé à celui d’une mouche ; plutôt qu’à une métamorphose gore, on assiste à l’avancée réaliste et tragique d’une forme virulente de cancer, à laquelle Cronenberg ajoute une déchirante histoire d’amour entre Brundle et une jolie journaliste (Geena Davis), façon La Belle et la bête.

Ensuite, flashback quelques années auparavant avec Videodrome, grande œuvre culte où Max Renn (James Woods, génial), patron d’une chaîne locale spécialisée dans le porno et la violence, est victime d’une machination qui va le transformer en homme magnétoscope que l’on (r)embobine à volonté jusqu’à ce qu’il devienne l’agent d’une «nouvelle chair», alliance entre le vivant et la machine, le désir humain et le signal télévisuel. Videodrome est de ces films visionnaires qui ont anticipé le devenir virtuel de l’humanité, mais qui le fait dans un récit peuplé d’images saisissantes, comme ce ventre-vagin où Renn range son pistolet-pénis. Allo, docteur Freud ?

Christophe Chabert

L’Épouvantable vendredi : David Cronenberg
À l’Institut Lumière, vendredi 23 novembre

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