Passe ton Bach d'abord

Que ma joie demeure !

Bourse du Travail

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

De la musique qu’il étudia au conservatoire et du théâtre où il fit ses armes avec ses parents, Alexandre Astier tire aujourd’hui une belle synthèse : "Que ma joie demeure", formidable solo où il se distribue dans le rôle de Jean-Sébastien Bach et revisite sous un nouveau jour ses obsessions d’auteur. Christophe Chabert

Alexandre Astier a un don, un vrai : il a l’oreille absolue. En musique, avoir l’oreille absolue, cela signifie être capable de retranscrire une suite de notes simplement en écoutant de la musique. Jean-Sébastien Bach, qu’il incarne actuellement sur scène dans Que ma joie demeure, l’avait aussi, et Astier ne se prive pas d’y faire référence dans le spectacle. Ce don-là aurait sans doute pu lui suffire pour lui assurer une belle carrière de musicien : diplômé très jeune du conservatoire, il maîtrise de nombreux instruments — à une époque, son appartement faisait figure de home studio rempli de guitares, de percussions et de claviers — et il possède un domaine de prédilection, le jazz-rock, où il officie avec son instrument fétiche, la basse électrique.

Mais l’oreille absolue d’Astier a trouvé un singulier prolongement avec son autre casquette, celle d’auteur-acteur-réalisateur. En effet, il a cette capacité, pour le coup peu scientifique mais avérée à l’usage, d’entendre jouer un comédien et de détecter immédiatement son registre idéal au point de pouvoir lui écrire une partition sur mesure qu’il n’aura ensuite aucun mal à exécuter. C’est pourquoi Astier ne fait pas de casting : il regarde et écoute les acteurs et cela lui inspire des couleurs de personnages, des ébauches de dialogues ; déjà une musique, en fait.

Entertainer

L’idée de faire «quelque chose» autour de Bach lui trottait dans la tête depuis de nombreuses années. Lors d’une invitation lancée par son camarade François Rollin au Festival du rire de Montreux, il choisit d’interpréter un sketch où il incarne le «cantor» ; pour la première fois, il synthétisait dans un même mouvement ses deux passions, la musique et la comédie. Jouer, aux deux sens du terme, sans jamais que l’un ne prenne le pas sur l’autre, mais avec une seule et même virtuosité.

On s’aperçoit alors que derrière l’amoureux du dialogue et l’acteur à l’expressivité digne de son maître De Funès, il y a un comédien nourri aux théories du jeu "actif" prôné par sa mère, Joëlle Sévilla. Pour les résumer grossièrement, cela revient à donner du naturel à un texte en le relayant sans cesse par des actions, infimes ou spectaculaires : dans Que ma joie demeure par exemple, Astier peut à la fois manger un sandwich qu’il a confectionné (et dont il a expliqué la confection, schéma à l’appui), chercher une mélodie au clavecin et lancer au mot près le texte qu’il s’est écrit. Le tout dans un geste d’une fluidité absolue, si bien que la performance est pratiquement invisible sur scène.

Ces morceaux de bravoure, Astier les affectionne ; on se souvient que déjà dans Le Jour du froment, le spectacle qu’il avait créé en 2002 au Théâtre de la Croix-Rousse, il transformait un fouet et une louche en nunchaku qu’il maniait avec la dextérité d’un expert en arts martiaux.

Passeur

La musique, comme le théâtre, est affaire de structures et d’obsessions. Dans Que ma joie demeure, Astier délaisse sa quête maniaque de structures scénaristiques parfaites pour une plus grande liberté temporelle, se fiant aux motifs plutôt qu’à leur sens ; structure musicale, donc.

L’obsession, elle, consiste à revenir à ce noyau mystérieux dont sort toute création personnelle ; on a envie d’appeler ça ronger le même os jusqu’à en atteindre la moelle, mais Astier préfère l’image des «poupées russes». Il est conscient toutefois que cette quête d’un art exercé de manière ultime «appelle la mort», selon ses termes.

Il cite ainsi la dernière œuvre de Bach, L’Art de la fugue : «C’est le croisement des mathématiques universelles et de la musique, et Bach ne prend pas la peine de le rendre digeste, il le dépollue de toute tentative de séduction. Toute discipline poussée à l’extrême arrive à ce vide, cette falaise. Au fur et à mesure, on trouve un truc extrêmement noir : notre absence d’importance. Notre nature est éphémère, récente, obscure, fragile. L’art peut faire illusion, mais si on l’exerce avec la plus grande honnêteté, on n’y trouve aucun réconfort, mais beaucoup de solitude».

On comprend mieux pourquoi l’idée de transmettre hante le travail d’Astier : dans Kaamelott, dans David et Madame Hansen, dans Que ma joie demeure, et demain dans Vinzia, la série qu’il prépare pour Canal +, revient cette nécessité d’une transmission, même difficile, même inachevée, même inaboutie. Bach forçait ses enfants à apprendre la musique ; Astier, à l’inverse, croit qu’on peut le faire par l’humour, le spectacle et le jeu. «Dès que j’apprends quelque chose, j’ai envie de le passer» dit-il. Comme s’il devait faire don de son don, en quelque sorte.

Que ma joie demeure
À la Bourse du Travail du 21 au 23 décembre.
DVD disponible chez Universal vidéo

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