Dialogues avec une jeune chanteuse

Dialogues des carmélites

Opéra de Lyon

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

L’Opéra de Lyon célèbre le 50e anniversaire de la disparition de Francis Poulenc avec "Dialogues des Carmélites", l'une de ses œuvres les plus mystique, sensuelle et profonde, ici mise en scène par le cinéaste Christophe Honoré. Pour l'évoquer, nous nous sommes mis à l’écoute d’Anaïk Morel, jeune et prometteuse interprète à la voix ronde et claire. Pascale Clavel

Comment se met-on dans la peau de Mère Marie de l’incarnation, dans les habits d’une religieuse âgée, quand on est comme vous en tout début de carrière ?

Anaïk Morel : Au départ, j’étais un peu anxieuse de jouer ce rôle. Mère Marie est une femme d’un certain âge, d’un certain rang, qui a beaucoup d’autorité. J’ai travaillé le personnage avec des idées assez précises mais lorsque j’ai commencé les répétitions avec Christophe Honoré, il nous a très vite dit à toutes, peut-être plus particulièrement à moi, qui suis la plus éloignée du personnage, de déconstruire nos idées et de ramener le personnage à quelque chose qui nous ressemblait plus. C’est à dire de ne pas essayer d’être une femme de soixante ans à l’autorité naturelle de par son expérience, mais de ramener tout cela à quelque chose de plus simple.

 

Comment avez-vous aborder le rôle ?

Je me suis longuement renseignée, d’une manière personnelle d’abord, puis Christophe Honoré nous a montré des documentaires sur les Carmélites, notamment sur la vie au carmel d’Ars. J'ai plongé dans un univers étonnant. Il a fallu aussi se familiariser avec ses propositions de mise en scène. Nous sommes dans un espace clôt sans arrêt, on ne sort jamais de la scène. C’est une sorte de huis clos constant, toutes les Carmélites ensemble, ça nous a mise de fait dans une ambiance très particulière. Scéniquement, c’est très fort parce que nous sommes vues en continuité sur toute l’œuvre. Les premières répétitions ont été assez éprouvantes, nous en sortions vidées à force d'être toujours ensemble, sans relâche. Dans une certaine mesure, nous avons pu éprouver la vie des Carmélites.

 

Vu la jeunesse de votre parcours, on se demande ce qui a amené la production à vous choisir, qui plus est pour un rôle si particulier...

(rires) Ca s’est fait assez naturellement. Pour ma part, j’adore la musique française, elle me plait et me va bien. Par rapport à ce rôle-là, Mère Marie de l’incarnation, c’est étonnant : quand je faisais mes études au Conservatoire, nous avions monté des extraits des Dialogues, je faisais déjà Mère Marie et je m’étais plongée jusqu’au cou dans l’œuvre. C’est vraiment une de mes œuvres préférées, dans mon top 5 des opéras ! Voilà quelques temps, j’ai passé le concours Anne Elisabeth et dans le jury, il y avait Serge Dorny, directeur de l’Opéra de Lyon, qui a eu envie de me faire venir. Il se trouve que cette production est axée sur les jeunes chanteurs. C’est une première prise de rôle pour beaucoup d’entre nous. On est tous jeunes, nous avons beaucoup de choses à chercher, à explorer, c’est une grande chance pour moi.

 

Christophe Honoré signe ici sa première mise en scène d'opéra. Dans une certaine mesure, il est aussi novice. Comment s'en est-il sorti ?

Je suis complètement bluffée et je ne suis pas la seule. Le travail avec lui est facile et fluide. Au départ, on se demandait tous ce que cela pouvait donner. Il ne vient pas du milieu de l’opéra, on attendait un peu de voir. Honoré, dès le départ, a eu une position très humble par rapport à l’œuvre, il n’a pas essayé de se placer au-dessus. On a vu arriver quelqu’un de très renseigné sur l’œuvre, sur le texte. Avec son scénographe, il a visité énormément de carmels, il s’est vraiment plongé dans cet univers et nous a tout de suite communiqué ce qu’il souhaitait. Son travail est toujours très bienveillant et précis. On ne se sent pas écrasé par un ego surdimensionné, notre travail est beaucoup plus serein qu’avec bon nombre d’autres metteurs en scène. De plus, entre le chef d’orchestre Kazushi Ono et Christophe Honoré, il y a une sorte d’harmonie, une fluidité, un équilibre qu’on trouve rarement dans ce milieu.

 

Et vous, comment trouvez-vous l’équilibre entre ce que vous demande le metteur en scène et votre propre envie d’en découdre avec ce rôle ?

C’est un dosage qui n’est pas facile à trouver. Cela dépend beaucoup des personnalités de chacun. En ce qui me concerne et sur cette production, j’ai mis deux à trois semaines pour trouver une position juste entre ce qu’Honoré me proposait et ce que je pouvais apporter. Une fois que le metteur en scène a fixé certaines choses, on peut proposer un geste, une attitude, un ressenti. Christophe Honoré est très à l’écoute de tout ce que l’on peut suggérer.

 

En quoi cette œuvre vous fascine t-elle autant ?

Poulenc est dans mon cœur depuis toute petite. Dialogues des Carmélites en particulier, ça a été un gros choc pour moi. Musicalement, c’est une œuvre sincère, directe et en même temps profonde et subtile. On parle d’amour au sens large, de la place des femmes dans la société, de la foi, de la peur, de la lutte des classes… C’est une musique qui me bouleverse, je ne sais pas comment le dire mieux. Chez Poulenc, j’aime particulièrement sa musique religieuse, je me sens très proche de cet univers.

 

Dialogues des carmélites
A l'Opéra de Lyon, du samedi 12 au samedi 26 octobre

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