Beauté convulsive

Joseph Cornell et les surréalistes à New York

Musée des Beaux-Arts

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

«Dorothea Tanning est surréaliste par sa capacité de mettre le rêve en images, de culbuter la réalité, de ne pas craindre les associations audacieuses, de mettre en pratique l'adage d'André Breton : "la beauté sera convulsive ou ne sera pas", de laisser l'humour surgir au détour du lyrisme. Peintre surréaliste, Dorothea l'a été naturellement, fixant ses rêves sur la toile avant même de connaître les surréalistes» écrit Gilles Plazy dans sa belle monographie de l'artiste américaine (1910-2012). Celle-ci partage avec Joseph Cornell un parcours très similaire : d'abord surréaliste (et non sans distance critique) puis plus personnel et singulier, proche de l'expressionisme d'un Francis Bacon en ce qui concerne Tanning. Ces deux grands artistes ont aussi la malchance d'être très peu connus en France, à tort. Enfin, si Cornell a dédié nombre de ses œuvres à des danseuses, des actrices ou des chanteuses, il partagera avec Dorothea Tanning (quatrième épouse de Max Ernst !) un lien encore plus étroit à travers une correspondance abondante et une complicité artistique au long cours.

 

Dans l'exposition Cornell, on pourra voir une œuvre de Tanning réalisée avec son mari Max Ernst. Elle est intitulée Toy Theater et date de 1948, soit peu avant que son travail ne prenne un virage radical : «Vers 1955, mes toiles ont littéralement éclaté... J’ai brisé le miroir, pourrait-on dire». L'érotisme s'y octroie une place de choix, n'hésitant pas à se faire l'écho des fantasmes féminins les plus crus et les plus dérangeants pour leur époque («Chaque tableau est une crise, une convulsion... toute la vie est un affrotement désespéré avec des forces inconnues»). On pourra le vérifier parmi les collections du XXe siècle du musée des Beaux-Arts, qui recèlent l'un de ses chefs-d'oeuvre, au titre somptueux  : Et Dieu passa aux aveux (1965). Le critique Alain Jouffroy y percevait «une violence particulière : celle du corps qui s'insurge, celle du corps qui se soulève». Nous y ajouterons qu'il pourrait être le point d'appui d'une future exposition consacrée à cette formidable artiste.

 

Jean-Emmanuel Denave

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