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Piers Faccini, à pas de loup

Piers Faccini

Épicerie Moderne

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Après la création de son propre label, Beating Drum, le vagabond musical anglo-italo-cévenol Piers Faccini est de retour avec "Between Dogs & Wolves". Le voyage intérieur et sans concession d'un loup désormais solitaire se délectant avec grâce et dépouillement de sa liberté artistique. Rencontre. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Le titre de votre dernier album, Between Dogs & Wolves, fait référence à une expression française qui désigne un moment particulier de la tombée du jour... Quelle signification symbolique vouliez-vous lui donner ?

Piers Faccini : Je voulais un titre à la manière du Songs of Love & Hate de Leonard Cohen, qui joue sur la dualité de manière poétique. Puis le titre Between Dogs & Wolves m'est apparu, après beaucoup de tâtonnements. Ce n'est qu'après que j'ai réalisé que j'avais traduit cette expression française. Or cette notion de crépuscule était parfaitement cohérente avec l'ambiance et la thématique des morceaux : l'« entre-deux » de ce moment de la journée est une belle métaphore de la fugacité et du caractère volatile de l'amour. Et comme c'est une expression qui n'existe pas en anglais, c'est aussi un clin d'œil à la France où je vis depuis dix ans.

 

Malgré ces attaches très fortes en France, on parle toujours de vous comme d'un chanteur apatride, à la fois à cause de votre double origine anglo-italienne et de votre vagabondage parmi de nombreux styles musicaux. Vous reconnaissez-vous encore dans cette définition ?

Oui. Au fond, c'est quelque chose que j'ai toujours ressenti. Je suis né en Angleterre où nous étions considérés comme des Italiens, et quand on partait en vacances l'été en Italie, on était les Anglais. Quand je suis retourné en Angleterre après trois ans en France, pendant un ou deux ans, on me considérait comme un Français. La notion de patrie m'est donc assez étrangère. Mais la langue et la culture sont des notions très importantes pour moi, que j'ai voulu mettre en avant avec cet album. C'est donc à la fois mon disque le plus anglais, en écho à l'âge d'or du folk anglais de Nick Drake, Bert Jansch, Richard Thompson, John Martyn... Mais le fait d'y chanter une chanson en italien et une en français est aussi une manière de boucler la boucle d'une histoire, la mienne, dont ces langues font partie intégrante.

 

Comment avez-vous abordé, avec Reste la Marée, l'écriture d'une chanson en français, langue réputée difficile à mettre en musique ?

Ce qui est intéressant, c'est de jouer avec les possibilités de chaque langue. En gardant une espèce de naïveté, de par ma position d'« étranger », j'ai choisi d'utiliser les couleurs de la langue française à ma façon. Comme j'ai toujours adoré les musiques traditionnelles, j'ai imaginé qu'il s'agissait d'une vieille comptine, quelque chose d'un peu hors du temps. J'aime beaucoup la sonorité de ces mots répétés comme une forme de mantra, ce qui d'ailleurs est un procédé assez anglo-saxon. Un Français ne l'aurait sans doute pas écrit comme ça. Ca marche mais il demeure quelque chose d'assez « étranger ». Ce titre qui tourne autour de la notion de marée qui nous emporte, qui nous ramène, nous renvoie ailleurs, ce mouvement constant, est aussi une métaphore clé dans la continuité des chansons de l'album.
 

 

 

Un album qui fonctionne comme un voyage, l'un de vos thèmes favoris, mais un voyage intérieur, intime. Est-ce pour cela qu'au regard de vos disques précédents, il est musicalement aussi dépouillé ?

Je lis beaucoup d'interprétations à ce sujet. Beaucoup trouvent que c'est un disque sans arrangements, ce qui m'amuse beaucoup parce que j'ai passé énormément de temps, peut-être plus que sur le autres albums, à justement tisser des petits arrangements avec du dulcimer, de la kora, du xylophone, du balafon, des pulsations d'harmonium. À broder tout ça comme une sorte de tapisserie. Pour certaines oreilles, ça reste subliminal, ce qui n'est pas une mauvaise chose. Je le prends même comme un compliment. Sur My Wilderness (2011) ou Two Grains of Sand (2009), je mélangeais les dynamiques, les couleurs, avec des morceaux lents et d'autres plus formatés radio, plus dansants. Sur Between Dogs & Wolves, je ne pouvais pas faire ça. C'est aussi pour cela que j'étais content d'avoir mon propre label. Aujourd'hui, c'est très difficile pour un label de produire un album qui véhicule une certaine douceur et lenteur du début à la fin en sachant que son artiste a le potentiel d'écrire des morceaux susceptibles de passer plus facilement à la radio. Or, je voulais vraiment assumer l'idée de ce disque jusqu'au bout et je n'aurais vraiment pas supporté d'y mettre autre chose.

 

C'est donc ce disque qui vous a poussé à créer votre propre label, Beating Drum ?

Non, j'y pensais depuis un moment. J'étais arrivé à un moment de ma « carrière » – même si je n'aime pas ce mot – où je voulais sortir du climat déprimant de l'industrie du disque, pour pouvoir positiver et affirmer mes choix. Je n'ai plus à gaspiller d'énergie à essayer de convaincre les gens. En un an, on a sorti des choses que je n'aurais jamais pu sortir autrement : un livre-disque, Songs I Love, autour d'un projet de reprises entamé il y a deux ans sur mon site internet, qu'on est d'ailleurs en train de rééditer, et un DVD, A New Morning, autour de performances musicales live dans des églises des Cévennes. Le label Tôt ou Tard n'en voulait pas. Leur raisonnement c'était « vous allez en vendre 400 ? 500 ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? » Eh bien, pour moi, oui ! D'ailleurs, on les a tous vendus. On est sur de la micro-économie mais ce n'est pas grave, on s'y retrouve. Quand je parle avec des amis poètes en Angleterre, pour eux un recueil de poésie vendu à 500 exemplaires, c'est un best-seller ! (rires)

 

Au départ, vous avez une formation de peintre plus que de musicien... Le fait de réaliser vos pochettes, vos clips, ce livre, à base de peintures, de dessins, de collages est-il une manière de réunir ces deux arts et de donner un contour global, une cohérence, à votre œuvre ?

C'est exactement ça. Et encore une fois, le fait d'avoir mon propre label me permet ça. C'est une démarche qui est tellement naturelle, et j'ai toujours attendu de pouvoir défendre un album en utilisant ce que j'ai appris en art plastique. D'autant plus que là où, à 20 ans, il y avait une sorte de dichotomie entre ma peinture et ma musique, aujourd'hui, ces deux univers se sont rejoints.

 

À une époque vous viviez de votre peinture, votre première passion. Pourquoi avoir choisi de faire carrière dans la musique ?

Je ne l'ai jamais vraiment voulu. À 14 ans, j'étais certain de devenir peintre. Et puis, adolescent, j'ai commencé à écrire des chansons mais je les gardais pour moi. Étant autodidacte, je pensais qu'on ne me prendrait jamais au sérieux jusqu'à ce que des copains me poussent à monter sur scène. Puis j'ai joué dans le groupe Charley Marlowe et ai fini par assumer de sortir mes propres chansons. Tout en continuant à peindre tous les jours : j'avais un atelier, je gagnais ma vie avec la peinture et pas la musique. Ce n'est qu'avec mon premier album Leave No Trace et la signature avec le label français Label Bleu que je me suis retrouvé à gagner de quoi vivre un peu de la musique. Je pensais vivre cette expérience et continuer à peindre, je n'envisageais même pas un autre album. Je pensais que ça allait durer un an et en fait, 10 ans après, je suis toujours là (rires).
 

 

 

Piers Faccini
A l'Epicerie Moderne, mercredi 6 novembre

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