Old boy : 10 ans, toujours jeune !


Grande idée de l’Institut Lumière que de proposer pour cette fin d’année un digest du nouveau cinéma de genre sud-coréen, qui a produit un nombre important de grands films et de cinéastes majeurs — Bong Joon-ho, qui vient d’offrir avec Snowpiercer son premier succès français au cinéma de Corée du Sud, en est le plus éclatant représentant.

Mais s’il y a un film qui a popularisé le mouvement à l’international, c’est bien Old boy de Park Chan-wook, récompensé des mains de (tiens, tiens…) Tarantino par un Grand prix cannois plus que mérité, et qui fête actuellement ses dix ans. Park est un immense styliste, et Old boy, inspiré d’une BD, est une démonstration virtuose de ce que mettre en scène visuellement signifie. Chaque séquence, sinon chaque plan, repose sur une idée graphique puissante, qui imprime la rétine et produit conjointement du spectacle et du sens. On y trouve aussi ce mélange d’humour noir, de quotidienneté et de mythologie qui fait le prix du polar sud-coréen.

À travers la vengeance d’un homme, emprisonné pendant dix-huit ans par un ravisseur sans visage et dont il ne connaît pas les motivations, Old boy fait ainsi défiler une certaine histoire coréenne — qui prendrait sa source dans l’autoritarisme gouvernementale des années 80 et s’achèverait lors de la Coupe du monde de 2002 —, gigantesque blackout dans lequel pousse une tragédie contemporaine, dont l’issue douloureuse et désespérée est filmée comme un opéra de la violence. De la bagarre épique dans un couloir tournée en un seul travelling latéral jusqu’à la scène de l’avalage du poulpe, où l’acteur Choi Min-sik fait une démonstration de son investissement total dans le rôle, Old boy est, dix ans après sa sortie, toujours aussi scotchant, impressionnant, visionnaire…

Old boy
De Park Chan-wook (2003, Corée du Sud, 2h) avec Choi Min-sik, Ji Tae-yu…
Au Cinéma Lumière, jusqu’au 3 décembre

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