Les écrits vains de Gaëlle Obiégly

Loïc Merle et Gaëlle Obiegly

Hippodrome de Parilly

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

«Accomplir quelque chose (…) même en étant nul». C'est ce qu'essaie de faire Gaëlle Obiégly tout au long de son dernier roman, Mon prochain. «Mon prochain», le sien donc, c'est nous, c'est un kurde croisé dans un avion, c'est daniel, son amoureux – tous les noms propres sont en minuscules pour mettre les Prochains à égalité –, c'est le fils d'adam, c'est son «amie gaëlle», projection délurée de l'auteur, c'est chacun des personnages rencontrés dans ce drôle de roman.
 

La narratrice s'y essaie en vain à l'écriture de reportages, ne parvenant qu'à accoucher de ce livre, fragmentaire, décousu, qui dit ce que ne disent pas les articles dont elle sait qu'elle ne les écrira pas : «le directeur du journal serait prêt à me salarier pour écrire des reportages pour rendre compte du monde (...). Ce que je préférerais c'est obtenir le financement de l'échec». Car cet échec est ce qui la met en contact avec son propre génie, du moins avec sa propre définition, quasi-littérale, du génie : «ce qui nous convoque à nous même».
 

D'où il ressort que l'échec serait au fond une ruse de la littérature. Un chemin de traverse vers soi. Quand, comme la narratrice, on n'aime pas voyager, c'est même le seul. Gaëlle Obiégly le dit d'entrée : elle n'est pas de ce monde, elle se cogne dedans, le laisse passer par ses propres «fissures», n'en fait l'expérience que dans l'incarnation du «prochain». Et via l'écriture, l'ordonne au lieu de le subir.
 

Mais pour ordonner le monde il faut trouver le désordre de l'écriture : «écrire, ça ne peut être émancipateur que si on emmerde les normes». Quitte à se frotter au paradoxe et même au comble de la littérature, ce qui est toujours mieux que de ne pas s'en approcher.
 

C'est en creux la thèse de ce roman : «quand je suis chez moi occupée à mon livre interminable, je m'appartiens. En dehors de l'inconnu dont je suis dépositaire, je ne m'approprie rien, je rends compte. Mon travail de reportages, mes écritures pour le journal me contraignent à ne pas vivre réellement. Ma capacité à écrire m'abaisse. Tandis que mon impuissance me fait gagner tout (…). Mon expérience d'écrivaine c'est aussi de ne pas pouvoir écrire». Dans écrivain, il y a "vain", ce n'est sans doute pas pour rien.
 

Stéphane Duchêne
 

Gaëlle Obiégly et Loïc Merle
"Extension du domaine de la lutte"
A la Fête du livre de Bron, dimanche 16 février à 12h30
 

Gaëlle Obiégly – Mon Prochain (Verticales)

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