Maps to the stars

Maps to the stars
De David Cronenberg (ÉU-Can-Fr-All, 1h51) avec Robert Pattinson, Julianne Moore...

David Cronenberg signe une farce noire et drôle sur les turpitudes incestueuses d’Hollywood et la décadence d’un Los Angeles rutilant et obscène. Un choc ! Christophe Chabert

La «carte des stars» du titre fait référence à ces dépliants indiquant l’emplacement des villas appartenant aux célébrités hollywoodiennes à Los Angeles ; la carte du dernier film de David Cronenberg se résume en revanche à un cercle d’une demi-douzaine de personnages portant des prénoms impossibles, gravitant dans l’univers du cinéma et unis par des liens scénaristiques mais aussi par de tortueux liens du sang.

Il y a un jeune acteur de treize ans arrogant et cynique, star d’une franchise ridicule (Bad babysitter) et déjà passé par la case réhab', son père moitié gourou, moitié thérapeute new age, une comédienne vieillissante obsédée par le fantôme de sa mère morte dans un incendie, un chauffeur de limousine qui se rêve scénariste et acteur… Et, surtout, une fille mystérieuse qui s’incruste dans leur vie, un peu folle et portant sur son corps les stigmates de graves brûlures.

Film choral ? Pas vraiment, car Maps to the stars tisse assez vite une toile réjouissante où chacun va illustrer la décadence dans laquelle s’enfonce un Los Angeles corrompu au dernier degré, réplique vulgaire et morbide de celui décrit par John Schlesinger dans son crépusculaire Jour du fléau.

Folie consanguine

Comme souvent chez Cronenberg, c’est l’humour d’un scénario percutant et brillant qui assure la part la plus jouissive de son jeu de massacre. Dans Cosmopolis, la mise en scène érotisait et rendait tactile le texte très littéraire de Don DeLillo. Rien de tout ça ici, puisque les dialogues de Bruce Wagner consistent en un génial name dropping où tout le monde en prend pour son grade, où les personnages de fiction viennent se télescoper avec des stars bien réelles — surréaliste apparition de Carrie Fisher dans son propre rôle mais aussi dans celui, qu’on espère inventé, de marchande d’esclaves.

Le film rebondit avec une insolente santé de situations scabreuses en instants vaporeux et fantastiques, mises en abyme hantées par des spectres narcotiques et par l’angoisse de l’inceste et du vieillissement. Car ce qui guette les personnages, c’est leur disparition et leur remplacement par des clones plus jeunes qu’eux ; tels des vampires modernes, ils doivent se livrer à une consanguinité qui leur permet de se reproduire tout en les conduisant au bord de la folie. Folie douce qui irrigue un film aussi puissamment drôle que réellement complexe et profond…

Maps to the stars
De David Cronenberg (ÉU-Fr-Can, 1h52) avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, Robert Pattinson, John Cusack...

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