Haut en couleurs

Zinnias, the life of Clementine Hunter

Théâtres romains de Fourvière

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Une maison, des lumières éclatantes qui disparaissent ou surgissent d’un fond de scène tantôt bleu ciel tantôt noir : d'emblée, dans Zinnias, the Life of Clementine Hunter, tout Bob Wilson est là. Plus heureux, moins conceptuel que la plupart de ses spectacles, cet opéra en un acte pour onze comédiens est un retour à sa première rencontre avec une artiste. Bob Wilson a douze ans lorsqu’en vacances en Louisiane, lui le Texan, visite la plantation de Melrose à Natchitoches. Il y croise Clementine Hunter, peintre autodidacte qui s’inspire dans ses toiles de son travail quotidien dans la solitude des champs de coton et dont les tableaux très colorés (un des plus fameux est justement intitulé Zinnias) sont aujourd’hui exposés dans de nombreux musées américains, dont le National Museum of African-American History and Culture qui ouvrira en 2015 à Washington – une reconnaissance que retranscrit la dernière partie du spectacle.

Au-delà de l’histoire singulière de cette femme, interprétée par Carla Duren, Bob Wilson en profite pour évoquer deux siècles de musique afro-américaine. Blues, rock mais aussi gospel habitent ainsi cette création donnée pour la première fois en janvier 2013 dans le New Jersey, le long d'une bande-son et de chants joués en live par un quintette et composés par l’historienne et musicienne Bernice Johnson Reagon et sa fille, Toshi Reagon, folkeuse. In fine, Zinnias est quasiment une comédie musicale, loin des œuvres muettes et ralenties des débuts de Wilson, lorgnant parfois avec malice vers la bande dessinée et dont l'énergie n'est pas sans rappeler une autre émancipation arc-en-ciel, celle de l'Afrique du Sud.

Cet hommage à son enfance et à la population noire stigmatisée qu’il n’avait alors pas le droit de côtoyer, Bob Wilson le truffe aussi de clins d’œil à sa propre carrière. On y retrouve bien sûr son esthétique épurée, les mouvements à la précision horlogère - toutefois ici moins mécaniques qu’auparavant... Et puis il y a cette femme muette, qui se balance sur un rocking-chair fabriqué par Wilson himself. Elle est un souvenir qu’il a gardé de ces dames observant le monde sous le auvent des maisons de style colonial. Elle est surtout le reflet de celle qui, dans la mise en scène qui l’a révélé au monde, Le Regard du sourd, avait un corbeau noir sur l’épaule.  Un troisième œil en somme, celui, dans les deux cas, de Sheryl Sutton, qui porte un regard bienveillant sur le travail colossal de cet artiste majeur et plus généreux que jamais.

Nadja Pobel

Zinnias, the Life of Clementine Hunter
Aux Nuits de Fourvière, jusqu’au samedi 14 juin

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