Underground Resistance, l'armée des ombres de la techno

Encore x Haste

Transbordeur

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Désincarnée la techno ? Pas pour le collectif Underground Resistance qui, depuis 25 ans, façonne le sound of Detroit avec une intégrité sans équivalent. Retour sur cette révolution invisible, avant la présentation de son projet "Timeline" au Transbordeur. Benjamin Mialot

«Le football, ce n'est pas une question de vie ou de mort. C'est bien plus important que cela» clama un jour l'entraîneur écossais Bill Shankly. Depuis vingt-cinq ans qu'il a vu le jour dans ce ghetto géant qu'est Detroit, le collectif Underground Resistance dit la même chose de la techno, composant ses tracks comme d'autres extériorisent leurs sentiments (au hasard, les jeunes gens qu'on vous présente en page 3) : comme si chaque son émis était le dernier.

Les premiers furent l’œuvre de Jeff Mills et de Mike Banks. Et ils faillirent bien n'être que de simples alternatives à la gentrification des dancefloors (oui, déjà). Il eut fallu pour cela que Juan Atkins réponde à leurs sollicitations. C'est en effet en réaction au silence du co-inventeur du genre que les deux camarades ont haussé le ton, fondant ce qui deviendra rapidement plus qu'un label, l'instrument d'affirmation d'une forme festive du nationalisme noir.

Ennemis publics

Inspirés par l'imagerie paramilitaire de Public Enemy et reclus dans une féconde autarcie – UR dispose dans un même immeuble de sa propre structure de distribution, de studios d'enregistrement et même d'un magasin de disques – Mills, Banks et ceux qui grossiront les rangs de leur milice sonore (d'abord Robert Hood, plus tard DJ Rolando, Drexciya ou Suburban Knight) l'affirment : ils ne sont pas tant là pour faire de la musique que pour ébranler les fondations de la très ségrégationniste industrie du disque.

Les morceaux seront à l'avenant : sombres, hostiles jusque dans leur titre (Riot, Sonic Destroyer, Kamikaze...) et de plus en plus conçus comme des chevaux de Troie de la Great black music made in Motown (funk, soul, jazz...). Ironie du sort, malgré l'engagement communautaire de leurs auteurs, c'est en Europe qu'ils auront la plus grande influence. A Lyon, où le collectif CLFT doit beaucoup à ce futurisme belliqueux, c'est ainsi la deuxième fois en deux semaines que Mike Banks, seul membre fondateur à poursuivre le combat – les autres ont estimé que la frontière entre ethos et carcan avait été franchie – se produit.

Vu à Nuits Sonores aux côtés de Carl Craig, il présente cette fois "Timeline", un projet live (saxophone, claviers, machines) qui fusionne primitivisme numérique et technicité jazz en un irrésistible post-swing (comme post-industriel et post-colonial). Dommage qu'il le fasse désormais à visage découvert.

Underground Resistance [+ Levon Vincent + Max Graef + Peter Van Hoesen + CLFT Militia + P.-Moore]
Au Transbordeur vendredi 5 juin

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