Les Nuits blanches du facteur

Un docu-fiction sur un bout de Russie abandonnée à elle-même, où Kontchalovski renverse les codes visuels du genre.

Où l’on fait la connaissance de la petite communauté vivant autour du lac Kenozero : entre autarcie et précarité, tout le monde tente de survivre à sa manière. Andreï Kontchalovski s’y choisit un héros : le facteur Aleksey qui, tous les jours, fait le tour du lac sur son bateau pour apporter le courrier mais surtout les pensions des habitants. Alcoolique repenti, célibataire et chaleureux, il est le lien essentiel de ce docu-fiction qui, plutôt que de laisser les gens raconter leur histoire, préfère leur en inventer une, aussi mince soit-elle — grosso modo : une affaire de moteur volé.

Ce genre d’exercice n’est pas nouveau ; on se souvient que l’an dernier, Danis Tanovic avait signé un film sur des bases similaires, La Femme du ferrailleur. Mais Kontchalovski pousse les choses beaucoup plus loin en refusant tous les clichés visuels habituels dans sa mise en scène : pas de caméra à l’épaule, mais une composition rigoureuse des cadres, même lorsqu’il s’agit de filmer les détails les plus quotidiens. Le résultat est assez étrange : les"comédiens" se soumettent, parfois un peu gauchement, aux exigences cinématographiques du cinéaste, dont on ne sait trop s’il cherche à glorifier ses personnages en leur offrant un "vrai" film ou s’il en profite pour se mettre en avant et rappeler qu’il n’est pas le premier pékin du world cinema venu.

Les échappées poético-oniriques de la fin sont encore plus bizarres, comme si Kontchalovski avait à tout prix besoin de s’élever au-dessus du réel, ne se contentant pas de rendre hommage à cette humanité qui refuse de se complaire dans la souffrance mais lui offrant une ouverture cosmique qu’elle ne semblait pourtant pas vraiment réclamer.

Christophe Chabert

Sortie le 15 juillet

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