Rentrée cinéma : va y avoir de l'animation…

"​Le Petit Prince", discutable adaptation de Saint-Ex’ qui a ravi du public à "Vice-Versa", ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir : la fin 2015 s’annonce riche en productions animées enthousiasmantes.

Le temps où "film d’animation" avait pour étroit synonyme "dessinanimédeoualdisney" (en un seul mot) est définitivement révolu. Si la concurrence a fait son œuvre et créé de l’émulation là où le studio aux grandes oreilles vivait confortablement de sa rente, il serait illusoire de croire que les seules majors ont permis à l’animation de connaître son boum actuel : l’évolution des techniques, les alternatives soumises par les indépendants (en particulier en Europe et en Asie) ont fait naître chez les spectateurs le désir de voir d’autres images.

Depuis, la mondialisation des talents a rempli son office ; une relative uniformisation contamine Hollywood, qui lorgne sur le modèle esthétique et narratif (gagnant) développé par Pixar. La pompe aspirante californienne recrute à tout-va, consacrant les animateurs qui s’assimilent à son modèle. Dernier exemple en date, le Français Pierre Coffin, réalisateur des Minions, tombeur du Mission Impossible de Tom Cruise cet été. Mais la Nature a horreur du vide, et les départs outre-Atlantique favorisent l’émergence de nouvelles générations. Mieux : une démarcation plus nette s’opère entre les publics. L’offre se diversifie, se densifie en fonction des âges, ce que tend à prouver cette rentrée.

Tout court, tout-petits

Testés lors de projections estivales (notamment au Comœdia de Lyon à l’occasion du cycle "Ma T’Août première avant-première"), les programmes courts d’une heure environ, à destination des 3-6 ans, se taillent une belle place sur les écrans, en visant un public jusqu’alors privé de réel choix. Ils ont pour eux de proposer des assortiments thématiques de courts métrages — un format adapté à la capacité d’attention des plus jeunes mais dépourvu de viabilité commerciale lorsqu’il est exploité isolément. Déconnectés de la stricte actualité, comme des chapelles cinématographiques, ces programmes peuvent aussi bien rassembler des nouveautés nordiques que des classiques d’Europe centrale époque Rideau de fer, voire un florilège des studios régionaux (Folimage a ainsi, par le passé, distillé les nombreuses merveilles figurant dans son volumineux catalogue).

D’ici les vacances de la Toussaint, les plus jeunes seront gâtés avec au moins une sortie par semaine : Les Fables de Monsieur Renard (16 septembre), Petites Casseroles qui contient La Petite Casserole d’Anatole, Grand Prix au festival du film court de Villeurbanne 2014 (le 23) ; Les Salsifis du Bengale et autres poèmes de Robert Desnos, avec les voix de Romane Bohringer et Jacques Gamblin sous la bannière Gebeka et Le Voyage de Tom Pouce (le 30), Les Animaux farfelus et Minopolska 2 (7 octobre), Sametka la chenille qui danse (le 14)…

Une fois rodés, les jeunes spectateurs pourront passer au long : il se trouve que Petit Corbeau revient dans La Course du siècle, co-réalisé par l’Allemande Ute Münchnow-Pohl et Sandor Jess (21/10). Bonne transition avant la tranche supérieure.

Familial

Déjà couronnée par le Cristal du long métrage au festival d’Annecy, Avril et le monde truqué de Franck Ekinci et Christian Desmares figure d’emblée parmi les candidats au César l’an prochain. Il faut dire que les premières images de cette alléchante uchronie rétro-futuriste mâtinée de steampunk à la française, inspirée par l’univers du dessinateur Tardi, sont somptueuses (4 novembre).

Son principal challenger, qui le précédera dans les salles de quelques semaines, est signé par une paire bien connue dans la région, Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli (auteurs de Une vie de chat), à nouveau à la manœuvre pour Phantom Boy. Coproduite par les Valentinois de Folimage, cette histoire nous fait suivre les aventures d’un gamin capable de quitter son corps (14 octobre). Du fantastique appétissant, plus attrayant que le malheureux Adama de Simon Rouby (21 octobre) : ce conte ayant un pied sur le continent africain, l’autre dans les tranchées de 14-18 semble graphiquement inachevé ; même le flow d’Oxmo Puccino (qui compte parmi les voix et interprète le single final) semble sous narcose. Dommage. Plus consensuel, Hotel Transylvania 2 de Genndy Tartakovsky : la suite des aventures de Dracula, du loup-garou et de la créature de Frankenstein recyclés en tenanciers d’hôtel, devrait faire le job. À coup sûr, rien d’effrayant dans cette désormais série ; pas même une mention de AirBnB ! (7 octobre).

On surveillera également avec curiosité une première co-réalisation française, Mune le gardien de lune de Benoît Philippon et Alexandre Heboyan (14 octobre), construit comme une légende onirique et porté par les voix de Omar Sy, Michael Gregorio et Izïa Higelin. Enfin, Noël verra débarquer un chien et des cacahuètes : Snoopy et les Peanuts, dans une version modélisée des personnages de Charles M. Schultz (16 décembre). Sans vouloir faire de procès d’intention au réalisateur Steve Martino, on redoute que le gain d’épaisseur des personnages n’ait entraîné, par un jeu pervers de vases communicants, une perte de cette mélancolie faisant leur charme — si peu compatible avec l’esprit guilleret que l’époque tend à nous vendre.

Enfin, si Miss Hokusai donne le ton cette semaine d’un cinéma enclin à l’abstraction (très très fugacement), on devra attendre les ultimes jours de 2015 pour apprécier la biographie d’Adam Jacek Winker que raconte La Montagne magique (23 décembre). Par le sujet historique, mais aussi les techniques mixtes utilisées (collages, rotoscopie, peinture, compositions numériques…), le film de Anca Damian est l’un des plus riches qui nous soient promis. Son dernier atout n’est pas le moindre : c’est l’ami Christophe Miossec qui en est le récitant.

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