Nature Writing : La littérature des grands espaces

Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la Rocky Mountain Fur Company, abandonné vivant en 1823 par ses compagnons pensant qu’il ne survivrait pas à ses blessures infligées par une ourse, est authentique.

Elle appartient même à ces légendes fondatrices du continent nord-américain, circulant de bouche (édentée) de pionnier à oreille (déchiquetée) de maréchal-ferrant, colportées de péripatéticienne en tenancier de saloon. L’auteur évoque dans son ouvrage d’autres figures emblématiques de la conquête de l’Ouest — tel George Drouillard — ayant payé de leur vie leur soif de grands espaces, de fortune et d’aventures.

Disposant de sources lacunaires, Punke reconnaît avoir laissé son inspiration galoper : sa trame se révèle d’une tonalité plus noire, moins mystique et complexe que celle développée dans le film. Iñárritu a ajouté la concurrence de pilleurs de peaux, brodé sur le passé familial du trappeur pour lui donner des motifs de vengeance supplémentaires dépassant sa seule personne. Et justifié les attaques indiennes par de sombres antécédents, pour les exonérer de toute violence gratuite — impossible de représenter aujourd’hui un Indien criminel sans raison.

Dans le roman, Glass voit ses chairs gagnées par les asticots et ses pensées par des désirs de vengeance hors des tribunaux. Le rapport à la survie y est plus lancinant ; le lien à la Nature, source de vie comme de mort, accentué. Punke s’inscrit dans ce courant de la littérature américaine célébrant avec un mélange d’effroi et de fascination biotope et biocénose.

Oh, il n’incite pas à la communion comme Thoreau dans Walden, mais rappelle plutôt à l’Homme qu’il n’est plus un dominateur absolu : une proie potentielle dans Délivrance de James Dickey, un être aussi fragile que ses certitudes dans Into the Wild de John Krakauer — des pépites pour le cinéma. Si l’on apprécie ces textes aussi terribles que fascinants, on ne pourra que succomber à la grâce effroyable des romans du maître incontesté du nature writing contemporain, David Vann. Son admirable œuvre (Sukkwan Island, Désolations, Impurs, Derniers jours sur terre, Goat Mountain) est tout entier édité chez Gallmeister.

Le Revenant, de Michael Punke (Presses de la Cité, 22 €)

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