Georges Képénékian : "On a besoin de donner une place à d'autres formes de musique"

Arrivée d’une nouvelle salle à Vénissieux dans les murs de l’ancien Truck, création d’une première SMAC regroupant quatre lieux associés pour l’occasion : l’actualité des salles de concerts de l’agglomération lyonnaise est riche pour la scène locale. Mais se pose toujours la question de l’offre pour le public : face à la sur-représentation du rock et de la pop, quelle place pour le hip hop et la sono mondiale ? Tour d’horizon avec George Képénékian, premier adjoint au maire de Lyon en charge de la culture.

Cette première SMAC de l’agglomération, réunissant Le Périscope, le Marché Gare, l’Épicerie Moderne et Bizarre : comment va-t-elle s’intégrer dans votre politique autour des musiques actuelles ?
Il y avait déjà l’idée de faire un travail plus coopératif entre les différentes salles faisant vivre les musiques actuelles dans l’agglomération, venant renforcer ce que nous avions créé à Lyon, le programme « Scènes découvertes ». Dans ce dispositif, on trouve quatre salles dédiées à la musique, dont le Marché Gare et le Périscope, le Kraspek. Bref, il y avait l’idée de regrouper. Mais on ne trouvait pas le levier pour mettre tout ça en commun : ça fait huit ans que l’on tourne autour. On a accéléré quand la DRAC nous a demandé de mieux structurer, d’engager une réflexion. L’idée est de coordonner autour de ce premier noyau, autour duquel on pourra faire tourner tous les électrons. On s’est donné deux ans pour voir comment ça marche : chaque lieu doit garder sa ligne, son identité, son implantation sur un territoire.

En terme de budget ?
La ville a nettement augmenté sa participation : au Périscope avec 50 000 euros et au Marché Gare avec 75 000 euros. Sur ces deux salles, c’est vraiment la ville qui est porteuse. À Feyzin, à Vénissieux, chaque municipalité aide aussi ses salles. L’État ajoute 75 000 euros pour chacun des quatre lieux.

Que fait la ville pour les musiques dites actuelles ?
La classe de musiques actuelles au sein du Conservatoire, Le Labo, forme de nombreux artistes. On a créé un studio pour le Peuple de l’Herbe, aux Subsistances : ça a très bien marché. On a aussi renforcé au début de la nouvelle DSP du Transbordeur l’accessibilité du lieu aux artistes locaux, avec le Club Transbo. Il y a le programme « Scènes découvertes », processus réunissant musique, danse, cirque et théâtre au sein de lieux financés pour aider les jeunes artistes à mettre le pied à l’étrier. Ça s’inscrit dans la durée. Grrrnd Zero va s’installer à Vaulx-en-Velin et on a appuyé. Avec Médiatone, Jarring Effects, il y a un vrai écosystème suivi dans l’agglomération. On essaie d’avoir une vision la plus panoptique possible pour bien coordonner.

Et le Sonic ?
Le Sonic fait du bon travail. Ils se sont fait un peu tacler sur le bruit mais bon… Là il y a deux choses qui posent soucis. Un, l’ouverture tardive. Il apparaissait selon l’enregistreur qu’ils fermaient souvent 45 minutes ou une heure après l’horaire autorisé. Le problème c’est que leur limiteur était mal réglé. 50% du problème était dû à ce problème de réglage d’heure, ils l’ont changé. Second sujet, c’est le niveau sonore sur certains concerts. Là, le matériel indiquait des niveaux sonores beaucoup trop élevés pour le public. C’est en discussion. On a une grande sympathie pour eux : c’est une équipe qui a mis des billes dans ce projet. J’espère qu’on va trouver le bon compromis, intelligent, pour que ça reparte sans problème. Car il ne s’agissait pas d’une opération mains propres contre le bruit.

Quelle impact pour la ville à l’extérieur ?
Il faut que cette ville conserve sa capacité de création. Si on n’a pas les créateurs, si on n’est pas capable de les absorber, ils vont ailleurs. Outre le fait de leur donner un espace de création, il faut aussi qu’ils se croisent, que l’on fasse venir des gens de l’extérieur. Quand on aide le Grolektif à se rendre à Leipzig, quand on aide Nuits Sonores à s’implanter à Tanger, ce sont des échanges qui font que les créateurs d’autres villes ont l’envie de venir à Lyon.

Les musiques du monde sont-elles le parent pauvre des musiques actuelles à Lyon ? C’est une question très politique en ce moment. Certains publics sont écartés des salles.
Je suis d’accord. Le gros pôle pour ça, c’était Sixième Continent, qui flotte un peu, manque de se renouveler. On a la volonté de travailler avec eux. Il faut aborder la question autrement : une certaine manière de faire a bien fonctionné pendant dix ans, mais il faut repenser l’offre, la structurer et redonner un second souffle. On a besoin de retravailler avec Sixième Continent. Ce sujet doit aussi irriguer d’autres lieux. Là aussi, il va falloir que l’on réfléchisse à une mise en réseau. Je ne dirais pas que l’on ira jusqu’à créer une SMAC des musiques du monde, mais… il faut inciter. Il faut que l’on y réfléchisse vraiment : on a besoin de donner une place à d’autres formes de musique. Je suis archi d’accord. On a pas réussi cette partie-là.

Propos recueillis par Sébastien Broquet

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