À Lyon, ça tourne !

Les rues que vous traversez, les quais que vous arpentez ont peut-être été les décors d’un film plus ou moins récent. Lyon, qui a vu naitre le cinéma en 1895, accueille de nombreux tournages.

1895, rue du Premier-Film : La Sortie des usines Lumière
Premier film de l’histoire du cinéma, ces sorties de l’usine Lumière se déclinent en trois versions tournées en hiver, au printemps et en été à en croire les tenues des ouvriers et ont été tournées pour être présentées au Congrès des photographes qui se tenait à Lyon cette année-là. La consigne était donnée de ne pas regarder la caméra mais tout le monde n’a pas su la respecter ! Le lieu qui était encore la rue Saint-Victor (devenue rue du Premier-film en 1929) est intact au-devant de l’Institut Lumière qui propose désormais aux stars, enfants, entreprises de rejouer ces images historiques.

1956, prison de Montluc : Un condamné à mort s’est échappé
1943, un résistant est arrêté et cloîtré à la prison de Montluc. Elle existe toujours, il est possible de la visiter, elle a fermé en 2009 après avoir été une maison d’arrêt pour femmes. Plus que le bâtiment-même, on voit surtout les barreaux — et quelques couloirs — de la geôle du lieutenant Fontaine. Dans ce film de Robert Bresson, Lyon est une ville fantôme et fermée dans laquelle erre des tramways et des chevaux, notamment sur la place des Cordeliers. Les sonorités des sabots, des roues sur les rails ou des cris glaçants de l’armée allemande contribuent à rendre la ville hostile.

1964, gare de Perrache : L’Insoumis
Un panneau de gare à Perrache. Voilà comment Alain Cavalier — qui a vécu ici — nous informe que Thomas Vlassenroot (Alain Delon) vient d’arriver à Lyon. Il a quitté l’Algérie et la guerre. Profession déserteur. Blessé, il est épaulé par une avocate habitant sur les pentes du Vieux-Lyon, conférant à la ville une impression de dangerosité. Tout comme les nombreux virages de la colline qui prie donnent une impression de vertige.

1969, quai Saint-Vincent : La Sirène du Mississipi
La Femme d’à côté habitait Corenc, sur les hauteurs de Grenoble ; douze ans plus tôt, Deneuve et Belmondo arrivaient à Lyon, aux trois quarts du film, après avoir quitté La Réunion. Ils voulaient gagner Paris, mais en cavale, mieux valait éviter : « on va s’arrêter dans une grande ville… À Lyon tiens, ce sera très bien » lui dit-il. Et les voilà dans un appartement du quai Saint-Vincent, en quête d’anonymat. Les trolleys sillonnant les pentes de la Croix-Rousse, la place du Change, la rue de la Ré sont quelques indicateurs que ce long-métrage est tourné partiellement ici.

1969, Vieux-Lyon : L’Armée des ombres
Haut-lieu de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, c’est ce Lyon que filme Jean-Pierre Melville avec Gerbier (Lino Ventura) qui prépare un voyage dans la France libre vers Londres avec son bras droit Félix. On le voit arpenter les rues désertes du Vieux-Lyon jusqu'au guet-apens au cours duquel il sera arrêté, au 56 rue Tramassac. Une voix off (celle de Ventura) donne la topographie de la ville dans ces années noires. Parlant de celle qui repère le cachot de Félix, il dit « elle étudie chaque jour, pendant des heures, la topographie de l’Ecole miltaire de santé de Lyon, devenue siège de la Gestapo. »

1974, toute la ville : L’Horloger de Saint-Paul
Maître en son royaume, Bertrand Tavernier a filmé plusieurs fois sa ville (Une semaine de vacances, Autour de minuit, le documentaire Lyon, le regard intérieur) mais c’est L’Horloger de Saint-Paul qui symbolise le mieux sa symbiose avec la capitale des Gaules. Son producteur lui avait proposé de doubler son salaire s’il reconstituait le film à Paris. Niet. Tavernier plante sa caméra partout (Saint-Jean, Terreaux, place Rouville, marché Saint-Antoine, Tête d’or, les Jacobins, les Halles…) en prenant volontairement soin d’éviter les lieux trop clichés : Fourvière et Bellecour. Il va même jusqu’à installer le personnage de Madeleine dans sa propre maison, celle où son père avait abrité Aragon et Elsa Triolet pendant la guerre.

1983, gare de Perrache : L’homme blessé
Co-scénarisé par le réalisateur Patrice Chéreau et Hervé Guibert, L’Homme blessé conte la vie d’Henri, 16 ans (joué par un Jean-Hugues Anglade qui n’en parait pas dix de plus) fuyant sa famille morne et Paris pour la province. Ce sera pour Lyon et la gare des Brotteaux, qui devient un lieu de théâtre. Au dehors : une vogue, une boite de nuit, tel que cela est devenu. Au moment d'aller séduire d'autres hommes, d'expérimenter l'homosexualité, c'est sous les voûtes de Perrache qu'il se dirige. Comme le confirme l'affiche du film.

1988, Vieux Lyon et Pont la Feuillée : L’Insoutenable Légèreté de l’être
Quatre ans après la parution en France du roman homonyme de Milan Kundera, voici l’adaptation cinématographie. Lyon est priée de ressembler à Prague, où se passe l’intrigue. Les ponts sont revêtus de statues baroques, notamment celui de la Feuillée qui évoque le pont Charles en ex-Tchécoslovaquie. Des tanks pénètrent dans le quartier Saint-Jean pour signifier l’invasion soviétique de 1968. Juliette Binoche et Daniel Day-Lewis font alors de Lyon leur lieu de travail !

1997, Terreaux : Lucie Aubrac
C’est Claude Berri qui s’est attelé au biopic sur la grande résistante que fut Lucie Aubrac. Le film ne pouvait pas trouver d’autre décor que la ville de Lyon où l’épouse de Raymond s’est refugiée dès 1940. La rue Joseph Serlin et la place des Terreaux ont retrouvé leurs aspects des années de guerre en se drapant notamment des fanions du nazisme ou en étant parcouru par les rails des tramways qui circulaient alors sur la Presqu’île. De nombreuses devantures de boutiques ont été fabriquées sous la grande verrière des Subsistances.

2009, pentes de la Croix-Rousse : Gamines
Adapté par Eléonore Faucher du livre de la comédienne Sylvie Testud, Gamine est une balade sur la Croix-Rousse où cette dernière a grandi avec ses deux sœurs en l’absence de leur père qu’elles cherchent joyeusement ici. Et qu’elles ont retrouvé via le théâtre. Il était venu voir Sylvie Testud jouant dans La Pitié dangereuse mis en scène par feu Philippe Faure au théâtre… de la Croix-Rousse, où Sylvie Testud portera elle-même son roman à la scène.

2015, quartier États-Unis : Fatima
Triomphe des derniers Césars, ce film de Philippe Faucon a eu l’intelligence de se pencher sans condescendance sur la vie d’une femme de ménage issue de l’immigration, élevant seule ses filles adolescentes nées en France. Tourné à Lyon, ce long-métrage a capté notamment le 8e arrondissement, la Confluence, le cours Charlemagne et la Croix-Rousse. Quelques images ont été faites dans le quartier de la Soie à Vaulx-en-Velin la Soie.

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