Soweto Kinch, l'interview

Foehn trio + Soweto Kinch

Théâtre Astrée

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Un Doua de Jazz / À quelques jours de son concert au festival Doua de Jazz, Soweto Kinch s'est livré. De ses inspirations à sa quête permanente d'histoires à raconter, le jazzman a décortiqué sa musique dans les moindres détails.

À quel moment avez-vous compris que le jazz était la musique que vous vouliez jouer et partager ?
Soweto Kinch : J'avais 13 ans. Je suis allé avec mon père au festival d'Edimbourg (NdlR : le père de Soweto, Don Kinch, est un dramaturge). Dans sa pièce, il y avait quelques musiciens de jazz. La même année, je suis allé voir mon père jouer à Birmingham. Ce sont deux événements qui ont changé ma vie. Quand j'ai vu ces gens jouer avec une telle passion et de telles compétences, j'ai compris que je voulais être comme eux en grandissant.

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Ce n'est pas commun qu'un enfant de 13 ans se passionne pour le jazz...
Ce n'est pas vraiment une question d'âge. Beaucoup de musiciens jazz actuels s'y sont intéressés tôt. C'est un langage et même si on ne peut pas le parler quand on est jeune, on peut l'apprécier. Mais vous savez, à 13 ans, j'étais aussi au courant de tout ce qui se passait sur la scène hip-hop. Les artistes que j'écoutais à l'époque, comme A Tribe Called Quest, De La Soul, The Pharcyde, avaient tous incorporé des éléments jazz dans leurs productions. Je comprenais leur musique. Je comprenais le langage jazz, je ne pouvais simplement pas encore le parler.

Voilà qui explique pourquoi on retrouve dans votre travail ce mélange de jazz et de hip-hop.
Oui... Vous savez, je n'ai jamais vraiment cherché à mélanger les deux. Ce sont simplement deux choses qui me passionnent. Je pense que chaque musicien doit se libérer des étiquettes marketing qu'on lui colle dessus. Il suffit d'être à fond dans ce qu'on fait. Être bercé à la fois par la tradition jazz et la tradition hip-hop a été extrêmement important pour le jeune british noir que j'étais.

Vos deux parents sont des artistes (votre mère, Yvette Harris, est actrice). Sont-ils des inspirations pour vous ?
Oui, bien sûr. Évidemment à un niveau personnel : ce sont mes parents. Mais leurs travaux et parcours m'inspirent beaucoup dans mes projets actuels. Pas seulement pour faire de la musique, mais pour organiser des festivals, par exemple. Ils sont le cadre intellectuel qui entoure ma création.

Au delà d'être un musicien chevronné, vous êtes un conteur hors pair. Vos albums racontent tous une histoire différente. Comment cultivez-vous ce pouvoir d'imagination ?
Je pense que tout repose sur l'observation du monde qui m'entoure. Je vois des choses que j'ai envie de commenter. Ça passe par de la parodie, des contes, des métaphores, des allégories. Parfois, on peut même se passer de ça et être très direct. J'essaie simplement d'emmener mes auditeurs dans une aventure. Quand j'écoutais des albums de jazz ou de hip-hop, je partais en voyage.

Vos paroles sont-elles un instrument à part entière ?
Oui, elles le sont. Mais vous savez, le lyricisme passe aussi par les notes qu'on joue. L'histoire passe par la musique, même s'il n'y a pas de mots dessus. C'est un travail conceptuel. Ça prend un peu plus de temps de comprendre l'histoire et le concept, mais quand vous y arrivez, vous vous sentez récompensé.

Vous êtes défenseur des concept albums à une époque où on en écoute de moins en moins. La dictature du hit et du single a cassé l'album en tant qu'œuvre globale. Comment l'expliquez-vous ?
Pour moi, c'est un challenge. Je veux créer des albums qui collent à des thèmes. J'adore ça. Je préfère ça plutôt qu'écrire ce qui me passe par la tête. Les concepts me poussent dans mes retranchements de parolier et de compositeur et je suis obligé de me surpasser. Parfois, je dois rester dans un thème, ou dans l'esprit d'un personnage. Mais je dois dire que je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. Il existe des albums géniaux, conceptuels et thématiques actuellement. J'ai même envie de dire que c'est une mouvance en extension. L'album de Kendrick Lamar, To Pimp a Butterfly, était un très bon album de hip-hop qui suivait une histoire.

Avec quel artiste souhaiteriez-vous partager une chanson ?
Oh, il y en a tellement... À chaque fois qu'on me pose cette question je change de réponse. Mais pêle-mêle : Kendrick Lamar, MF Doom, Wynton Marsalis. Il y a tellement de musiciens extraordinaires... J'ai la chance d'en croiser beaucoup sur ma route.

Justement, que gardez-vous de vos rencontres avec Wynton Marsalis ?
Ce n'était pas des discussions techniques. Il ne me disait pas : « essaie cet accord ou celui-là. » On abordait des questions profondément philosophiques. Avec lui j'ai appris à me questionner. Pourquoi je joue de la musique ? Ce sont des questions très personnelles et culturelles. Que signifie ma musique ? Qui ai-je envie de devenir ? Beaucoup de gens lui reprochent d'être très traditionnel dans son approche du jazz, mais il croit juste en ce qu'il fait. Et je ressens la même chose. Si tu te définis comme un jazzman, alors sois un jazzman ! Joue du jazz ! Pas du swing, pas du blues !

Soweto Kinch
Au Théâtre Astrée dans le cadre du festival Un Doua de Jazz le samedi 8 octobre

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