La parole est à l'adversaire

Rumeur et petits jours

Théâtre de la Croix-Rousse

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Théâtre de la Croix-Rousse / Fidèle à lui-même, le Raoul collectif questionne les grands maux de l'époque (propriété, consommation, politique) mais reste à la surface de ses sujets dans un décor trop strict. Avant une envolée finale enfin belle et absurde.

Ne pas s’attendre à un spectacle formaté, linéaire et récitatif : le Raoul collectif souhaitait même ne pas parler dans cette création. Résultat, ils ne font que ça. Muets, bavards... ils n'ont pas le goût des choses simples mais une idée fixe : comprendre comment il est possible de grandir en ce monde mis sous cloche du capitalisme, du libéralisme assassin.

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Avec Le Signal du promeneur, les cinq membres issus du Conservatoire de Liège proposaient en 2009 une série de portraits de figures en marge (le faux médecin et vrai meurtrier Jean-Claude Romand, le navigateur Mike Horn, le héros d'Into the wild...) ayant dérapé, recrachant à la société ce qui la rend indigeste (la compétition, la destruction de la nature).

Ici, le même quintet s'est donné rendez-vous pour la 347e et dernière émission de radio avant que leur direction ne les vire : l'heure des règlements de compte et des batailles d'ego, jusque là étouffées. Mais le plateau de radio laisse peu de latitude à l'imagination et d'un point de vue formel, Rumeur et petits jours (en opposition aux éclats du Grand soir révolutionnaire) peine à tenir en haleine, en dépit de ce jeu constant entre lumière et pénombre, d'apartés musicaux et d'objets aussi loufoques que Dada comme les cactus déjà très exploités dans leur premier travail.

Le soleil, la glace et Michaux

Le propos a tout pour plaire, s'il n'était pas seulement esquissé. La notion de propriété est évoquée à travers la qualité des rivières (si elles étaient privatisées, ne seraient-elles pas moins polluées ?) ou des animaux en voie de disparition, énumérés au cours d'une séance de diaporama incongrue.

Tout se monnaye : même Tina, celle du slogan de Margaret Thatcher fréquemment résumé par ces initiales (There Is No Alternative), débarque en rappelant qu'elle nous a bien emprisonnés. Le fascisme n'est plus une affaire d'idées, mais de volume sonore avec lequel il est proféré. Les puissants manient un langage volontairement ultra technique pour ne pas le soumettre à la contradiction.

Cette gangrène lente et sournoise de la démocratie par le Mal est affichée clairement par ces Belges, qui ne sont jamais aussi bons qu'en s'autorisant in fine à inventer une scène onirique, bien plus explicite quant au crépuscule de cette société que les discours précédents, fussent-ils bien pensés.

Rumeur et petits jours
Au théâtre de la Croix-Rousse jusqu'au samedi 15 octobre

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