Le Théâtre Guignol de Lyon confié pour trois ans à la compagnie M.A.

Théâtre Guignol de Lyon / Amorcé depuis l'an dernier avec la réouverture d'une partie du Musée des Arts de la Marionnette à Gadagne, un "réseau" dédié à cet objet bien vivant se met en place à Lyon. La compagnie M.A. vient d'être mandatée pour diriger durant trois ans le Théâtre de Guignol. Et il y a fort à parier que c'est par le prisme de ce patrimoine que la subversion est la plus prégnante.

Guignol, Gnafron et le bâton. Si ce triptyque est à la base de l'enfance de tout gone depuis deux siècles, il n'est pas enfermé dans la naphtaline. En confiant, après la réception de neuf candidatures, la gestion du Théâtre de Guignol de Lyon à la compagnie M.A., Loïc Graber, adjoint à la culture de Képénékian, dit à la fois vouloir « respecter le patrimoine et la tradition lyonnaise » et ouvrir la marionnette « à la création contemporaine et l'expérimentation de nouvelles formes ». Ainsi, dans un palais de Bondy fraîchement rénové, c'est la troupe qui a assuré l'intérim avec la compagnie des Zonzons qui s'installe durant trois années.

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Emma Utgès, à la tête de cette aventure collective, est venue à cet art en 2003 en rencontrant précisément les Zonzons et a acquis depuis des formations à la technique et à l'esprit de Guignol. Car cette comédienne qui a foulé les planches du Théâtre de la Croix-Rousse notamment (il y a presque vingt ans dans la trilogie sanguinolente et jubilatoire d'Emmanuel Meirieu, Les Chimères amères), insiste sur le fait que Guignol est « un objet poétique pour traiter avec humour de sujets lourds concernant la condition humaine. » C'est la grande force de ce petit personnage de bois : être le porte-parole du monde actuel avec une verve qui bien souvent est édulcorée lorsqu'elle est dite par de vrais acteurs.

Emma Utgès détaille que leurs spectacles vont se décliner en trois volets : le répertoire revisité (pour les enfants donc), du Guignol contemporain avec des compagnies invitées (Artoupans en février, Pap'Allamano en avril, pour petits et grands) et du Guignol pour adultes. Cette déclinaison-ci va se concrétiser par leurs créations, des soirées de politique et satire "Ça tirgnole", des soirées à thèmes (pour commencer, celle du 3 mars sera consacrée aux rapports homme/femme) et enfin "Rendons vie à nos archives" qui va se co-construire à partir des ressources des Musées Gadagne.

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240 marionnettes en réserve

En effet, si Loïc Graber parle de réseau, c'est bien que les institutions lyonnaises vont dialoguer d'une manière qui semble nourricière à en croire les ambitions de leurs différents directeurs. Xavier de La Selle mène en la matière une ligne novatrice et inédite : tenter de résoudre l'équation de faire exister l'art dans un musée, dont l'essence même est de présenter des objets figés dans des vitrines. « Il n'y pas ailleurs en France, note-il, de musée dédié au théâtre. » Avec la ré-ouverture en avril 2017 de trois salles du musée des marionnettes qui a abandonné son nom de "marionnettes du monde" pour celui des "arts de la marionnette", et sept autres nouvelles en novembre, il participe à cette réflexion de la place de cet objet dans la culture. C'est ainsi qu'après avoir introduit le parcours par une définition de la marionnette, il sera question de répondre à « d'où vient-elle ? » (et pas seulement par des dates, mais en interrogeant le besoin de l'être humain de s'exprimer à travers un dédoublement de lui-même), « à quoi elle sert ? » (rire, soigner...) et « comment ça marche ? » (les différentes techniques certes, mais aussi les dramaturgies qui la font exister).

Patrimoine de demain

Pour compléter ces approches, le Théâtre Nouvelle Génération continue à défendre la marionnette dans sa forme la plus expérimentale. Récemment Clairière, Artefact, [hullu] ou Wax ont permis de découvrir respectivement une fable enfantine émouvante, un théâtre déshumanisé, une autre vision de l'étranger et la personnification de la cire. Sur un temps plus long, la compagnie L'Ateuchus est accueillie en résidence en vue de sa création Buffalo boy en 2018-19, contant un enfant minotaure qui va devenir adolescent.

Les variations autour de la marionnette sont infinies et témoignent d'un avenir radieux. Le Ministère de la Culture lui a même inventé un label il y a tout juste un an. Et Guignol a encore de beaux jours devant lui surtout lorsque, face aux enfants, comme dans Guignol contre crasse paperasse, il stigmatise une bureaucratie toujours plus dure et injuste face aux migrants. De quoi répondre intelligemment à la violence des mesures en la matière prises par l'actuel ministre de l'Intérieur, qui a souvent brandi en étendard cette marionnette face aux touristes pour faire resplendir sa ville, sans vraiment l'écouter semble-t-il...

La programmation

Janvier

  • 19 et 20 : Monsieur Choufleuri restera chez lui le... à 20h
  • 21 : Monsieur Choufleuri restera chez luile... à 17h

Février

  • Du 10 au 24 : Geekgnol (création M.A 2018) à 15h30
  • Du 10 au 24 : La Grotte de la peur à 10h30

Mars

  • 3 : Soirée adultes sur le thème des rapports Hommes/Femmes à 20h
  • Du 19 au 25 : Accueil de la compagnie Les Présents multiples (marionnette contemporaine)
  • 21 : Les dessous de la marionnette (journée mondiale de la marionnette) à 15h
  • 23 et 24 : Mais pourquoi tu chutes papa ? à 20h et le 25 à 17h

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