Ryan Reynolds : « Deadpool est libérateur ; c'est un clown »

Deadpool 2
De David Leitch (ÉU, 2h) avec Ryan Reynolds, Josh Brolin...

Entretien / Derrière le masque de Deadpool, figure celle de Ryan Reynolds, beau gosse aux traits d’esprits aussi caustiques que le personnage immortel à qui il a donné vie au cinéma. Vous suivez ? Justement, il parle de la suite, Deadpool 2.

Ce deuxième épisode se présente davantage comme une surenchère qu’une suite du premier : l’humour et l’action sont ici amplifiés…
Ryan Reynolds
: Tout à fait. En étant programmé pour sortir aux beaux jours, il se devait de comporter plus d’action. Mais il fallait conserver le côté décalé du premier, et la dimension “anti-héros“ du personnage. Par ailleurs, il y plus d’histoires à raconter, des nouvelles têtes (Domino, X-Forces, Cable…). Bref, cela faisait beaucoup de matière pour enrichir cet opus.

Quels points communs revendiquez-vous avec le personnage de Deadpool ?
J’en ai beaucoup ! (rires) Dès l’instant où je l’ai rencontré voilà onze ans, j’ai insisté pour que le premier film existe, et j’ai dû aller voir tous les studios possibles pour cela. Mais finalement, cela a été un mal pour un bien : le temps ayant passé, il se trouve qu’il était beaucoup plus adapté à l’époque à laquelle nous l’avons sorti.

Sinon, c’est vrai que je pense un peu comme Deadpool, mais à sa différence, j’ai un filtre — dans ma vraie vie, certaines des choses qu’il dit ne seraient pas appropriées. Lui dit tout ce qu’il ressent, et qu’il pense. C’est loin d’être le super-héros que l’on imagine : il pense qu’on peut toujours être meilleur que la veille. Il est parfois impétueux et immature… Bon, moi aussi…

Quelle a été votre part personnelle dans l’écriture du film ?
C’est une œuvre commune avec Rhett Reese et Paul Wernick. Cela fait dix ans que nous travaillons ensemble : on est un peu comme des frères ; même nos vies personnelles sont assez entremêlées. Pour le premier Deadpool, il nous a fallu huit ans d’écriture, et une fois que nous pensions l’avoir terminé, on ne trouvait personne pour le faire ! Le scénario du premier était pratiquement intact avant que le film ne se tourne. Pour le deuxième, nous n’avions plus dix ans mais dix mois, et d’une histoire qu’on avait déjà imaginée pendant le tournage du premier Deadpool. Alors nous avons travaillé “par morceaux“ : Wernick, Reese et moi-même prenions des parties de cette histoire et nous les travaillions chacun de notre côté. Puis on réécrivait et examinait les parties de chacun — c’est vraiment une œuvre d’équipe. Ce processus à trois voix était très beau. Parfois on redoute des problèmes de circulation, mais là pas du tout : nous étions trois personnes qui nous amusions à être Deadpool. Nous partageons la même sensibilité, les mêmes goûts ; nous nous faisons mutuellement rire… Ce système d’écriture a été très harmonieux.

Y a-t-il quelque plaisir masochiste, quand on est beau gosse, à se voir avec une figure toute grêlée ?

Si cela avait été mon visage, ça aurait sans doute moins bien marché !

Et puis, c’est complètement libérateur. Deadpool est un personnage dingue, plus grand que la vie ; c’est un clown. Et quel plaisir d’être caché, d’avoir sa propre personnalité cachée… Il fallait laisser vivre ce côté complètement dingue. J’ai adoré vivre derrière ce masque — même si, au départ, c’était assez difficile pour un acteur. Pour le tournage du premier, on m’avait laissé un peu jouer avec la caméra pour que je m’habitue, parce qu’au début, je me disais que ça ne marcherait pas, que ce serait un désastre : comment exprimer de l’émotion avec un tel masque ? À ma grande surprise, c’est très efficace : il suffit d’avoir l’impression d’être surdimensionné derrière le masque. Un peu comme Marcel Marceau qui, à travers le mime, exprime beaucoup d’émotions.

Il est ici question de paradoxe temporel, d’une manière dramatique, auto-réflexive et humoristique, puisque Deadpool intervient sur le film et même sur la saga. Si vous aviez le pouvoir de reconsidérer le film précédent, changeriez-vous quelque chose ?
On parle bien de Deadpool de 2016 et pas de X-Men Origins : Wolverine ? Il y a une très vieille expression qui dit que si vous ne finissez pas un film, vous l’abandonnez. Si je pouvais retourner en arrière, je changerais tellement de choses — parce que je suis un petit peu obsessionnel quant à ce personnage et cette histoire ! Mais, à un moment il faut aller de l’avant… Il faut laisser les choses se faire.

Dans la séquence post-générique du premier Deadpool, vous annonciez la venue de Cable, en évoquant comme interprètes possibles Mel Gibson, Dolph Lundgren ou Keira Knightley. Qu’est-ce qui vous a fait opter pour Josh Brolin à la place de Keira ?

(rires) Je suis un grand fan de Keira, mais je suis très heureux que ce ne soit pas elle qui joue le rôle de Cable. Il fallait le meilleur Cable possible… par rapport au budget dont on disposait.

Disney a racheté la Fox. À titre personnel, souhaiteriez-vous que Deadpool intègre l’univers Marvel et pensez-vous que son humour badass du personnage y survivrait ?
Je ne sais pas… Il y a quelque chose de fun découlant de la restriction. Pour reprendre un vieux dicton, « nécessité fait loi ». C’était le cas ici : on n’avait pas les budgets dont Disney disposait, il fallait donc que le film repose sur la force des personnages. Quant à Disney, ils n’ont jamais fait de films interdit aux moins de 18 ans. Mais quand on y pense c’est complètement dingue, parce qu’ils tuent tout le monde dans leurs films : Le Roi Lion, Bambi… Parfois, mon enfant se demande quand je vais mourir !

C’est vrai qu’on pourrait peut-être trouver là une espèce de compromis, avec une scène entre deux adultes, une scène de baise, et puis on boirait un coup de vin blanc et puis après on dirait « voilà, pour le reste du film, on sera sage ».

Il y a une certaine tristesse à ce rachat, parce que la Fox a une histoire — celle d’un studio prolifique. Mais je n’en sais pas plus et légalement, on ne peut pas en parler, on ne sait rien…

Pensez-vous que Deadpool est un film sans limites ?
C’est sûr que je me sens plus libre en Deadpool que je ne l’ai jamais été, et pour de nombreuses de raisons. Comme lui, quand j’ai de la peine dans la vie, mon filtre c’est l’humour. Et Deadpool, plus il souffre, plus il y a de l’humour chez lui. C’est un personnage immense, plus grand que la vie et les comics, avec des moments plus légers met un côté plus sérieux, plus dur. Il est bon au fond de son cœur, mais il est aussi son pire ennemi. Deadpool a un univers tellement particulier que lui seul peut l’habiter. Il parle au public, à ses spectateurs, il est étrangement sans limites, en effet. C’est vraiment un bonheur de jouer cette liberté dont il dispose. Et je crois que le public le ressent. Sur le tournage, malgré le cagnard, je me disais que j’étais entrain de vivre mon rêve.

Si Deadpool n’a pas de limites, vous en fixez-vous en tant que scénariste et acteur lorsqu’il s’agit d’interpréter ce personnage ?
Bonne question… Je ne pense pas, non. L’histoire est prioritaire et elle justifie que l’on puisse dépasser quelques limites.

Deadpool est un film double : il se situe à la fois dans l’émotion totale, tout en étant dans la satire du genre. Alors oui, il n’y a pas de limites mais après c’est une question de goût — et de bon goût. On peut pousser quelques-unes, il faut savoir faire plier, mais sans jamais casser.

Personnellement, je suis un peu sur une corde raide, question ton : Deadpool est un personnage impétueux, immature qui peut être complètement horrible mais en même temps, il est tellement à part qu’on a envie de l’aimer. Donc, j’ai suffisamment de marge pour m’amuser sans limites. Enfin… Juste ce qu’il faut.

Avez-vous la sensation que ce personnage vous a donné une place, une puissance particulière dans l’industrie du cinéma ?
En un sens oui, car jouer ce personnage fut un cadeau pour moi. Et j’ai aussi la chance que les gens qui regardent le film ne fassent pas trop la différence entre Deadpool et moi. Mais j’ignore si les Deadpool resteront dans le panthéon du cinéma… Mais j’aime l’idée qu’il restera comme un personnage destructeur — comme le film, d’ailleurs — et en ce sens, il a changé le genre. Même s’il y a déjà eu beaucoup de grands films, il fait la différence. Mais est-ce que le 7e art le reconnaitra comme tel ? Je l’ignore.

Quel est votre bande dessinée préférée ?
Deadpool ! (rires).

Quand je l’ai lu pour la première fois en 2004, je suis tombé sur des personnages qui disaient : « Mais à quoi tu ressembles derrière ton masque ? » Et Deadpool leur répondait : « ben, je suis un mélange entre Ryan Reynolds et un shar-peï ».

Je me suis dit qu’il y avait sûrement une sorte de destin qui était en marche. En réalité, je ne lis pas vraiment de comics. Je lis des contes de fées à mes enfants — en fait, je reprends parfois des vieux contes à ma sauce dans le but qu’ils grandissent le plus vite possible (rires).

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